‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 56 sur 207 · DELÉMONT, a 8 AOÛT · texte numérisé non relu

DELÉMONT, a 8 AOÛT

LES COMMISSAIRES AU PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE

Ail quartier général de Deléinoot, 1<! 98 août 1793, l'an iv* de la liberté, i*' de T^lité.

Monsieur ic président ,

11 est important que l'Assembiée nationale connaisse, le plus tôt possible, le résultat de la négociation qui a eu lieu hier entre nous et les députés de la république suisse de Bienne, à laquelle appartient le passage de Pierre-Pertuis. Sur l'avis qu'avait reçu cette république, et qu'elle avait communiqué à celle de Berne, que les Français devaient

^') Lo G soptonibro 179a le ministre ot ic ]3 il lui réitéra cet ordre. (Arcb. Servan enjoignit au général Biron de ne de la guerre, armée du Rhin, reg. n* 1 plus employer ni Martignar, ni d^Aiguillon , fol. 91.)

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s emparer de ce passage, celle-ci avait, sur-le-champ, fait marcher deux cents hoimnes du régiment d'Ernest, avec deux pièces de canon pour le défendre; cependant, la crainte de donner lieu à la France de croire que les Suisses approchaient avec des intentions hostiles avait changé cette première détermination , et au lieu des deux cents hommes du régiment d'Ernest, on se contenta de placer au rocher de Pierre- Pertuis trente-deux hommes des milices de Bienne^^^ sans canon. Ces dispositions étaient une suite nécessaire de la neutralité armée, conclue et arrêtée par le peuple helvétique, et de la ferme résolution de repousser indistinctement quiconque tenterait de violer son territoire.

Nous avions écrit la veille au bourgmestre de la ville de Bienne,pour l'engagera nous envoyer deux députés chargés de leurs pleins pouvoirs, à l'effet de concerter avec eux des mesures conciliatoires. Ils arrivèrent hier et nous firent part de la crainte qui les avait déterminés à mettre une garde au rocher de Pierre-Pertuis; ils nous parlèrent avec franchise et sensibilité du désir sincère qu'eux et toute la nation helvétique avaient de ne jamais voir s'altérer l'amitié qui les unit depuis tant de siècles à la nation française; ils nous dirent qu'ils avaient lieu de croire que si leurs véritables sentiments eussent été mieux connus de l'Assemblée nationale, elle n'aurait conçu aucune défiance contre eux ; que les Suisses étaient très attachés aux nouveaux principes de la constitution française; que si Ton avait pensé autrement, c'est qu'on avait pris le vœu d'une très petite caste aristocratique qui existe parmi eux pour le vœu général; que les événements du lo avaient été jugés très impartialement, et que les mesures prises à l'égard des régiments suisses par l'Assemblée nationale étaient regardées par eux , aussi bien que par nous , comme une conséquence nécessaire de nos grands principes de liberté , et n'avaient excité que le mécontentement de quelques familles , mais aucun de nation à nation ^^\

Les députés ajoutèrent qu'ayant connaissance intime, par leur séance à la diète helvétique, de la disposition générale des louables cantons et Etats confédérés , ils s'offraient pour garants des assurances qu'ils venaient de donner aux représentants de la nation française, et que, pour preuve de leur sincérité, ils allaient, à leur retour vers leurs commettants, faire retirer aussitôt les troupes envoyées pour s'emparer du passage de

(*) Ces mots des miUceê de Bienne sont en ^'^ Les mots à nation sont de la main de

surcharge do la main de Carnot. Cnmot.

112 i:cmRKsiH)M)vNc:K <;k\kbvle i>k <:\knot. liMiofr.;*^,.

IVrn'-IVrtiiÎH, i»n \ l«'iiss.'int MMiltMiiml ht Kiinl«' onliriain» <!•• Minfîllarirt*, rinf| on six lioiiiiiii*^ , poiinii f|iif> f|«* notn* rôu* nous |«>iir «iontinssions assnrnnrp. un nom (i<* 1* Assi*nilii«'*«* nationaii*, f|n** !•*«« (nMi|N*% franrais*»H nVntnTai«*nt pas sur !•» li»rriloin» snisM»; «|n*an r^^U* ils non** jurai«Mit ipip non MMilmiont ils n«* |>n*n<lrai«*nl rontn* nons anrnn«*H ni«*sun*4 liostil«*s, mais (|n*ils 4*(ai«*n( dans la r«*rmi^ rt'*soln(ion d«' n*ponHS4T «*norfp(pi<*m«*nl ipiirompip vomirait m* fain* nn passa^^i* à tra\«*rs h'ur ^m^s pour atta<pi«*r l«*s Français; oi «piVnlin ils «*(ai«*nt (l«*riil«*s à mourir tous plutôt «pi«* «l«* trahir l«*urs aurions amis «*t alli/^.

Nous n*a^ons pas lii^ili'. Monsieur l«» pn'siiltMil, a l«»ur ri»rtili«»r «pi«* la Franco obsi^norail toujours mli|pous«»nirnt m^s traiti^, c|uVllo «Irsîniil (pi«* rion m* pAt alt«*n*r ramitié qui unit l«^ (I«mi\ pMipl«*s, (pr«*ll<* avait la plus grand** roniianro dans los bons vi fid«*|p9 habitants do la Suisso, «piVllo n*oubli«Tait auruno dos mosuros rapnblos do 1*^^ ronvaincro «piVllo n*n jamais ou d*autro objot quo do pounoir h sa propro 8An*to, ot f|uVn ron!U^«pionro il allait iMro donne dos ordres au fpWioral pour «|u*il ait h s*al>stonir do fairo marrhor ou cantonner aucune tn>up* h S4^s ordn^s sur le torritoin* do la nation hohrtiipio; et pour h*s assunT davantafp* do ces dis|H»sitions. nous avons iVrit au lH)ur|^estn* do la répubiiipio do Kionno, à laipioHo appartient le rocher do Piorre-Portuis, une lottn* dont la copie est ci-jointe, ainsi «pie do celle quo nous ont romisi», t^n nous quittant, les doput«*s do la n^publiquo.

Il faut vous obs4*ner. Monsieur le pn*sidont, que le passa|^* do Piorre-Portuis n'«»st |Miint le seid par lequel on puisM* arriver on Franro. et quo sVn ompanT, sans a\oir on nu^mo tonqis dos forces sullivintos piur sVnqianT *^n m«^mt* temps do tous ifHi autn^ qui sont en jp'and nombn*. ce s«*rait violer i^ratiiitomont les trait«*s et indisp>stfT sans sujot une nation alliiV, qui «*st n*sidue à n*poussor indistinctement quiconque mettra le pied chez olb* et qui jjanlora contre nos ennemis ces mt^m»»^ dôlnuirhos quVilo aurait i^ardos contn* n«>us, si nous eussions «'té ajjn-sMMirs ' .

.Nous jM^UMinn di»ni*. Mon**iour |o pn'*>idont. quo r\ssi*mb|iV nationale no dôsappnMnora pas d«*s ni«*sun*s qui nous ont pani les si»u|os di|;nos do la |fi\autr franiaist*, qui assun* à i'ompin* famiti** d*uno nation bra\o «*t toujours ltd<*io, ot qui lo i^nrantit d<* touto in^asif»n do cp

(.•* |u*«aj^* it'a |ij« f|«> lu 4 r^%*rfiilili'<*. 4IIIM i|M*' !•• cnfi*UI«- iifin Q(4^ iiamttrrilr -

[28 AOÛT 179Q.] MISSION À 1;ARMÉE du RHIN 113

côté, en déjouant les projets de nos ennemis, projets dont le succès était fondé sur les manœuvres par lesquelles ils espéraient nous aliéner le peuple helvétique , en nous portant à une agression inutile en ellemême et contraire à la foi des traités. Nous osons vous assurer, Monsieur le président, que le peuple helvétique nous restera fidèle, si des personnes malveillantes ou peu instruites de la disposition des esprits et des intérêts respectifs des deux puissances ne parviennent pas h tromper la religion de l'Assemblée nationale, en lui faisant prendre des mesures violentes, lorsqu'il ne faut que droiture et franchise.

Hier, Monsieur le président, nous vous rendîmes compte de la suite de nos opérations jusqu'à notre arrivée dans les gorges de Porrentruy, mais le paquet ne vous parviendra probablement qu'après celui pour le(|uel nous avons cru nécessaire de vous expédier un courrier extraordinaire. En conséquence nous avons l'honneur de vous prévenir que celte dernière doit faire foi sur les points que peut-être nous n'aurions pas assez éclaircis lors de notre première dépêche ^^^.

Les Français sont très aimés dans le pays de Porrentruy, grâce à la conduite sage et conciliante du général Ferrier, dont le patriotisme et les talents militaires sont au-dessus de tout éloge. Nous croyons pouvoir assurer qu'on peut, avec des moyens doux, gagner entièrement l'affection de ce peuple paisible, mais que toute violence ou précipitation par lesquelles on voudrait le pousser h des mouvements extraordinaires pourraient l'aliéner sans retour^'^^

I^H commissaires de l' Assemblée nationale à l'armée du Rhin, L. Carnot, Anne-Pierre Coustard, C.-A. Prieur, F.-J. Ritter^'^

(Orig., Arcli. nat. , DXL 17, n" 99.)

^'^ Ce passage a été barré proljablenienl par Carnot.

^*^ Cette lettre a été imprimée dans le Moniteur et la signature de Ritter a été transformée en Ristou, tea'élaire.

f*^ La commission de correspondance d(»

l'assemblée transmit, le 1" septembre 1 799 , celle dépéc'be et les précédentes aux ministres de la guerre et des affaires étrangères. Voici la lettre écrite au ministre de la guerre et signéo par le représentant

Ducos (Orig., Aroli. de la guerre, armée du Rbin) :

Paris, le 1"' septembre, l'ao i*'<le t'ëgalhë. trLa commission de correspondance de TAssemblée nationale a Thonneur d'adresser à M. le ministre de la guerre la copie de dépécbes particulières très importantes qu'elle a reçues des commissaires de l'Assemblée auprès de l'armée du Rhin. M. le ministre de la guerre y verra que par un ordre précipité la guerre a été sur le point

Il/l

CORRESPOND \NCK GÉNÉRALE DE CARNOT. [«8 août 179a.]

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