‹ Correspondance générale de CarnotChapitre 8 sur 207 · AOÛT 1793.] MISSION AU CAMP DE SOISSONS · texte numérisé non relu

AOÛT 1793.] MISSION AU CAMP DE SOISSONS

à'honnêles gens, même lorsqu'ils trahissent la patrie , si les honnêtes gens avaient la dixième partie des vertus des sans-culottes, tout serait paisible et la France atteindrait bientôt le degré de prospérité auquel ne parvinrent jamais les peuples esclaves ^'l

[ A ce moment Lacombe Saint-Michel cessa de lire et Carnot Tatné poursuivit en ces termes : ]

Messieurs, vous avez entendu nos observations : l'existence des faits est dans ces quatre mots des fédérés : Nous manquons de tout. Rien n'est plus réel que ce dénuement absolu; la plupart n'ont ni bas, ni souliers, ni chemise; mais leur courage et leur patience suppléent à tout; en un mot, ce sont des vrais sans-culottes ^^^ Un grand nombre d'entre eux, à peine sortis de l'enfance, se présentent naïvement, presque nus, pour avoir des armes, qu'à peine ils sont en état de porter.

Le maire de Compiègne vint à Soissons, pendant notre séjour, représenter qu'il est impossible de recevoir le bataillon qui devait partir le lendemain pour cette ville , qu'il est hors d'état de lui fournir les choses les plus nécessaires, v De la paille et des fusils n , s'écrient les jeunes fédérés. Ce cri porte l'admiration et l'attendrissement dans tous les cœurs. Le maire de Compiègne partit. Tout est prêt le lendemain , et pas une plainte n'est proférée, ni de la part des fédérés, ni de la part des citoyens. Que ceux qui ne savent que calomnier la liberté , que ceux qui ne connaissent pas le pouvoir de l'égalité aillent à Soissons; ils y verront que l'égalité tient lieu de tout aux hommes; ils verront qu'avec elle on peut vivre content, quoiqu'on n'ait ni de quoi se vêtir, ni de quoi se coucher; ils y verront que la facilité vient de la confiance, et la confiance de l'égalité. C'est l'égalité des droits qui fait les élections dans les bataillons. Eh bien, nous avons été témoins de ces élections, et nous pouvons dire que, si nous les avions faites nous-mêmes, en suivant notre conscience, elles n'auraient pu être meilleures. Ce sont ceux qui ont le plus d'instruction qui étaient choisis. C'étaient presque toujours d'anciens militaires, et surtout des vétérans, lorsqu'il y en avait, qui enlevaient le suffrage ^^K Une anecdote particulière fera connaître la confiance que

(') Ce passage fut applaudi à trois re- (^^ Ce passage souleva , à quatre reprises

prises difîérentes. différentes, les applaudissements de TAs-

(') Ce passage fut applaudi. > semblée.

18 CORRESPONDANCE GÉNÉRALE DE CARNOT. [6 août 179a.]

l'on a dans les chefs que Ton s'est donnés soi-même. Un des fédérés da Jura avait réuni les suffrages pour être adjudant-major d'un bataillon. Cette nomination déplaisait à plusieurs d'entre eux. L'adjudant général, M. Chadelas^'^ nous fit part de cette difficulté. L'un de nos membres, M. Lacombe, prend ce ton de loyauté que vous lui connaissez : c( Braves fédérés, leur dit-il, voulez-vous obscurcir l'honneur de la nation française? Voulez-vous obéir à la loi, oui ou non?» «Oui, s'écrient-ils tous ensemble, nous ne résisterons jamais à la loi, ni aux représentants delà nation (*~). v Le peuple attendri, qui remplissait les avenues, répète avec allégresse le cri : «Vive la nation! » en élevant l'un son chapeau, l'autre son bonnet.

Nous avons dû nous renfermer dans l'objet de notre mission et vous présenter des faits et rien de plus ; il résulte de ces faits un grand retard. Soit qu'on doive attribuer cet acte à la négligence ou à la mauvaise volonté des agents du pouvoir exécutif, soit qu'on doive le regarder comme une suite inévitable de la force des circonstances, il faut convenir que la formation subite d'une armée de 3 0,0 00 hommes ramassés de toutes les parties de l'Empire est une chose vraiment nouvelle; mais il faut convenir aussi que plus l'opération était extraordinaire et difficile, plus il fallait de soin et d'activité pour réussir, et qu'il semble au contraire qu'on ait abandonné tout au hasard des événements. La marche des affaires était si lente que la plus grande partie des citoyens, et même les autorités constituées, étaient persuadés qu'il n'y avait pas de dessein formel d'établir un camp k Soissons. Cette opinion pouvait être appuyée par le ton des lettres du ministre de la guerre, qui en pariait Comme d'une chose très douteuse. Pour vous on donner un exemple, nous avons pris l'extrait d'une des lettres de M. Lajard h M. d'Orly, commissaire. Le voici :

Paris , le i 8 joilIeL

Il me resle h vous parler du projet de campement dans le jardin de TArquebuse (c'est un enclos qui est au milieu de la ville) et de la demande faite par le département de T Aisne, pour obtenir un décret qui autorise cette inesure et qui permette de faire usage des bâtinienls de labbaye Notre-Dame : tant que le nombre des volontaires qui doivent se rendre a Soissons ne sera pas plus considérable qu il n'annonce devoir Tétro, je ne vois pas de néce8sil(^ indis|)en8able de recourir h cette disposition; mais les ressources (pii sont h notre portée me

••' Son nom est imprime'' Chntebird , \)nr en"cnr. — ''^ Co passni'e fut applaudi.

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