‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 115 sur 195 · Ckiramunicalion de M. de Monlbi'on · texte numérisé non relu

Ckiramunicalion de M. de Monlbi'on

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tout le corps diplomatique sera à Madrid, sera dans un poste intenable. M. Canning ne pourrait-il pas alors faire dire par sir W. A'Gourt aux Cortès, qu'il faut qu'elles se décident à en finir ? qu'elles avaient prétendu avoir la nation pour elles, et que cette nation est décidément contre elles ; que l'Angleterre ne prétend pas lutter seule contre la nation espagnole et contre le continent, et qu'un ministre anglais à Séville ne peut plus être maintenu dans une situation aussi étrange ? L'Angleterre, par ce moyen, déciderait subitement la paix, et elle nous trouverait prête à accepter tout ce qui serait raisonnable. Vous vojez qu'il faut dans tout ceci une grande dextérité. Il ne faut pas que M. Canning suppose que vous avez reçu aucun ordre, ni que vous sachiez rien de positif ; tout doit venir comme de vous, et comme raisonnement hypothétique. U ne faut aussi rien dire de clair sur le plan que vous devez ignorer. Vous ne devez point parler de cela à vos collègues, mais seulement leur dire qu'ils devraient inviter l'Angleterre à se joindre à nous tous à Madrid, pour mettre fin à cette affaire d'Espagne. Vous me rendrez compte de tout ceci dans vos lettres particulières, et jamais dans vos dépêches.

Remerciez M. Canning des paroles obligeantes qu'il a dites de moi dans son discours.

Dans la dépêche d'aujourd'hui il est question du comte d'Amarante. Si les choses s'adoucissent en Angleterre, il ne faudra pas entrer dans l'histoire de ce comte trop profondément et demander trop d'explications, seulement prévenir l'Angleterre d'une complication dont elle n'a pas droit de se choquer.

J'ai reçu votre dépêche de vendredi 2 et votre lettre particulière. Elles ne changent rien à ce que je vous mande. J'oubliais de vous dire que Valladolid s'est déclaré pour nous.

Voici une lettre pour le D' Stoddart. Soignez bien cet excellent homme.

Chateaubriand. *

1. D'après l'original autographe. — Communication de H. àe Montbron.

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il 00 [Printemps 1823.]

A la duchesse de Duras.

Lundi.

Il est bien inutile que je me retire pour travailler, si je reviens à Paris. Quand je ne fais rien, vous criez; quand je m'occupe,

Marcellus {Politique de la Hettaaration, p. 231-3) a donné le texte suivant : X Paris, 5 mai 1823.

>i Raison restera, enfin, au bon droit : après bien des dangers, des outrages et des menaces, nous sortirons avec gloire d'une entreprise qui assure b jamais la dynastie d«s Bourbons.

H Mon dernier discours a produit un eOet prodigieux sur le corps diplomatique, et même sur sir Cb. Slusrt. Et voilà que Canning, de son côté, disait, enfin, de moi quelque cbose d'honorable. 11 faut profilerdu moment.

H Nos succès vont croissant en Espagne. Tout se soulève ou se rend k notre approche. M. le duc d'Angoulème part aujourd'hui même pour Burgos, et fiera le 25 à Madrid. Une régence, un gouvernement provisoire y sera créé, reconnu par nous et par toute l'Europe continentale. La Russie, l'Autriche et la Prusse vont faire partir leurs ministres pour l'Espagne, avec notre ambassadeur. Naplea et Turin se joignent à nous, et Rome renverra son nonce à Madrid. Dans cette position, voici ce que je vous recommande, en agissant avec la plus extrême circonspection, et en traitant l'af- Taire sei^lement de vous à moi.

• L'Angleterre va se trouver dans la situation la plus fausse. Son ambassadeur, geôlier à Séville du roi Ferdinand, tandis que tout le corps diplomatique résidera à Madrid, ce sera un fait monstrueux. Le gouvernement anglais ne pourrait-il pas alors faire dire, par sir W. A'Court eux Cortès, qu'il faut qu'elles se décident h en finir; qu'elles avaient prétendu avoir ta nation pour elles, et que cette nation est décidément contre elles ; que l'Angleterre n'entend pas lutter seule contre la nation espagnole et contre le continent, et qu'un ministre anglais ne peut pas être maintenu à Séville, dans cette étrange position ? L'Angleterre, par ce moyen, déciderait subitement la paix, et elle nous trouvemil prêts à accepter tout ce qui serait raisonnable. Vous voyez qu'il faut dans tout ceci une grande dextérité.

« Il ne faut pas que M. Canning suppose que vous ayez reçu aucun oi-dre, ni que tous sachiez rien de positif: tout doit venir comme de vous, et comme raisonnement hypothétique. 11 ne faut aussi rien dire de clair sur le plan que vous deveï ignorer. Vous ne devez point parler de cela à vos collègues, mais seulement leur dire qu'ils devraient inviter l'Angleterre i se joindre i nous tous à Madrid, pour mettre A Un cette affaire d'Espagne, Vous me rendrez compte de tout ceci dans vos lettre» parliculièreê et jamais dans vos dépêche». Vous n'en laissereï pas non plus de trace k l'ambassade. Je le répète, c'est une chose de voua à moi.

« J'ai reçu votre dépèche du 3 mai, et votre lettre particulière de la même date. Elles ne changent rien à ce que je vous mande. J'oubliais de TOUS dire que Valladolid s'est déclaré pour nous. C. »

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vous ne le voulez pas : voilà les amis. Je viendrai mercredi, pourtant après ma journée faite, c'est-à-dire à 3 heures, si cela peut convenir & B... Je vous verrai, au reste, ce matin à midi, en allant sur la montagne. '

Au marqoiB de la Maiaonfort.

6 mai 1823.

Monsieur le Marquis,

Vous aurez sans doute appris par la Légation de Sardaigne à Florence les dispositions prises par la Cour de Tm"in, pour que M, le Prince de Carignan pût se rendre de Livourne à Marseille, d'où il ira rejoindre Mgr le duc d'Angouléme,

Les personnes qui accompagneront ce prince sont M. de Favei^s, qui a servi avec distinction dans l'armée autrichienne; M. le comte de Sambuj Grillon, dernièrement chargé d'affaires en Espagne ; M. d'Isarques, officier du génie ; M. de Robilant, et peut-être M. de Coste, qui suivront le Prince en qualité d'écuyers.

L'ambassadeur de S. M. ît Turin a prévenu de la prochaine arrivée du Prince à Marseille M. le Commandant de la 8" Division militaire et M. le Préfet des Bouches-du-Rbône.

Le Roi s'est prêté avec plaisir aux demandes qui lui ont été faites en cette circonstance par le gouvernement sarde, et il regarde les services que va rendre le Prince de Carignan comme le meilleur titre au retour de la Faveur de son souverain.

Je dois vous exprimer de nouveau, Monsieur le Marquis, combien votre conduite envers ce Prince pendant son séjour à Flo-

1. Pailhùs Lu dueha»e de Durât, p. 240. — Collationné sur l'original lutograplic.

rence a été digne de l'approbation de S. M. : il n'a reçu de vous que des témoignages d'égards, de bons ofiîces, et des conseils dictés par la raison et la prudence : vous avez fait tous vos efforts pour le réconcilier avec sa Cour, et vous avez heureusement contribué à ce succès, Agréei... '

H09 S mai [1823].

A Villèle.

Ce jeudi, 8 mai.

Mon cher ami, je crois que vous devez éciire aujourd'hui même à Mgr le duc d'Angoutème pour une chose capitale : qu'il prenne garde à verser trop dans le sens des constitutionnels espagnols. Il me revient de toutes parts que les royalistes s'effrayent de cette disposition du prince. Ce sont, après tout, les royalistes qui font aujourd'hui nos succès, et si leurs généraux, leurs soldats, les curés, le clergé croient que tous les coups et les dangers auront été pour eux et toutes les grâces pour les généraux des Cortès, nous serons abandonnés au milieu de l'Espagne, et en vérité les constitutionnels sont trop faibles et trop misérables pour qu'on soit obligé de les tant ménager. Je vous assure qu'il «st de la dernière importance de prévenir le prince, et la lettre de De Caux est très effrayante sur ce point. Prenons garde de nous trouver entre deux selles à terre.

Voilà Mina en retraite. Il serait bon aussi, s'il se retirait au delà de l'Èbre, de l'empêcher, en le suivant, de se jeter sur Valence et d'y écraser Vlmau, si Ulmau, comme cela paraît prouvé, occupe cette grande ville.

A vous

Chateaubriand. 3

i. Minute aux AfTaires Ëtranf^res, Toscane, 6i, ^245. 2. Mémoire» de VUlile, III. 423.

nos 8 mai 1823.

Au vicomte de Harcellus.

Paris, le 8 mai 1823.

Ma petite dépêche vous dit l'essentiel. Tout continue à bien aller. Noos sortirons de là avec honneur. Je vous invite toujours à la plus g^rande réserve avec M. Canning. Ne le voyez que pour ce qui est indispensable. Il a été mal pour nous, il est bien aujourd'hui ; il sera mal demain : c'est sa nature. Le Courrier, qui avait été à nous, est devenu contre. Dieu sait ce qu'il a. En tout l'Angleterre a beaucoup perdu par cette session parlementaire, et nous avons beaucoup gagné. Le temps fait justice. Notre alliance avec le continent se resserre de plus en plus. Voilà ce qu'a produit la fausse poUtique du Cabinet Britannique. Ce Cabinet a bien peur de la réunion du corps diplomatique de l'Europe à Madrid, et (ait ce qu'il peut pour l'entraver, mais il n'y réussira pas.

Mandez-moi donc quand la société littéraire s'assemble.

Et dites-moi à qui U faut adresser la lettre que je veux lui écrire.

Est-ce à un Président ? & un ckairman ? Vous doublerez la somme. Vous donnerez 40 1. st. avec ma lettre. Nous serons le ^3 à Madrid. Mina, comme vous le verrez, fuit comme le reste.

Tout à vous. J'attends vos détails sur mon discours. Chateaubriaj«d. 1

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