‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 122 sur 195 · Original autographe. — CallectioaP. A. Chéramj · texte numérisé non relu

Original autographe. — CallectioaP. A. Chéramj

excéder deux ou trois mois. Il est probable d'ailleurs qu'elles se rendront au gouvernement que nous allons établir et reconnaître avec l'Europe à Madrid. Le succès a dépassé de beaucoup nos espérances. Une seule difïiculté reste : Comment aurons-nous le Roi ?

Il est hors de doute que les Cortès renfermeront leur prisonnier dans Cadix : s'ils l'emmenaient en Portugal, nous sommerions le Portugal de nous le rendre, et sur leur refus nous irions le chercher à Lisbonne. L'.\ngleterre, qui devient de plus en plus pacifique, paraît vouloir entrer en pourparlers avec nous et nos alliés, pour aviser au moyen d'obtenir la liberté de Ferdinand. Nous dirons avec nos alliés que nous ne voulons plus entendre parler des Cortès, et que nous voulons qu'on nous livre le roi purement et simplement, et à l'instant même la guerre sera finie, et nous nous retirerons d'Espagne. Mais l'Angleterre répond, avec une sorte de raison, que les Cortès, qui n'ont d'autre garantie que la personne du Uoi, ne consentiront jamais à nous la livrer si nous n'entrons pas en traité avec elles '. Voilà réellement le point de la difBculté.

Au reste le gouvernement espagnol qui va s'établir à Madrid (Régence ou Junte provisoire) ne peut être qu'un gouvernement administratif qui ferait des lois et des constitutions pendant la captivité du Roi et sans la volonté de ce prince ; on voit tout juste le vice d'origine que nous reprochons aux Cortès. Nous serons tous d'accord sur ce point.

Au reste l'alliance doit être contente de la France; vous avez vu avec quelle facilité et quelle promptitude nous avons adhéré aux vœux de l'empereur de Russie. Quand on nous a mal jugés, peut-être ne tenait-on pas assez compte des diftîcultés où nous nous trouvions par rapport à la France elle-même et à l'Angleterre . Les événements ont prouvé que notre politique allait au but et que ceux qui auraient voulu nous y voir marcher par un plus court chemin, auraient pu nous perdre. La France a trouvé le moyen d'étouffer une révolution qui menaçait de nouveau la

société toutentiëre, sans amener une rupture entre les puissances de l'Europe ; la France a eu le courage de se plonger avec une armée peu considérable dans le cœur de TEspagne, né sachant si cette Espagne ne se soulèverait pas contre elle, ni si l'Angleterre ne prendrait pas parti pour les Cortèa ; le gouvernement français calomnié par les uns, soupçonné par les autres, a dédaigné tous les outrages, et a maintenu toutes les conditions de l'alliance au milieu des conspirations et de tous les embarras domestiques. Cette conduite, nous l'espérons, sera appréciée d'un prince aussi noble et aussi généreux que l'empereur Alexandre.

J'ai reçu, Monsieur le comte, vos dépêches du 22 avril et je vous prie d'agréer ta nouvelle assurance de mon dévouement. Chateaubriand.

Polignac est nommé ambassadeur en Angleterre, Talaru en Espagne [ (qui est aux Pays-Bas], en Amérique ;] il

sera remplacé par [ ] ou d'Agoult. M. de [ ]

n'ayant pas voulu aller en Amérique sera remplacé et

sera mis à la retraite. Je crois que je vous enverrai Fontenay pour premier secrétaire : Gabriac, en attendant une légation, va comme premier secrétaire à Madrid ! Voilà les principaux changements. '

1117 19mail823.

Au baron Pasquier.

Paris, le 19 mai 1823.

J'ai reçu, Monsieur le Baron, la pièce que vous avez bien voulu m'envoyer. J'ai l'honneur de vous offrir avec mes remerciments l'assurance de ma haute considération.

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