Cbédieu de Robethoa op. cil., p
1iB4 2 juin 1823.
An vicomte de Harcellns.
Paris, 2 juin 1823.
Je TOUS dirai, en grande confidence, que nos alliés du continent inquiétés et jaloux de nos succès, mettent des entraves à la réunion d'un corps diplomatique près de la Régence à Madrid ; c'est le prince de Mettemich qui est l'âme de cette intrigue ; et il se sert du Roi de Naples, pour entraver notre marche et contrarier notre plan. Celui-ci élève donc tout à coup des prétentions comme héritier direct de la couronne d'Espagne, et il veut que tout se fasse en son nom : rien ne sera légitime, s'il n'a d'abord reconnu cette légitimité, pas même la régence actuelle. Gardez tout cela dans le plus profond secret. Ne laissez rien voir & vos collègues ; seulement épiez les paroles qui pourraient jeter quelques lumières sur ces ténébreuses menées du prince Metternich, auxquelles l'Angleterre pourrait bien n'être pas étrangère. J'espère toujours que les événements iront si vite que la malveillance n'aura pas le temps d'arrêter nos succès. Gardez tout cela pour vous, je vous le répète.
L'affaire d'Abisbal vous a plus occupés à Londres qu'à Paris. Je vois que, si nous avions eu des gens plus adroits auprès de Mgr le duc d'Àngouléme, on aurait pu tirer grand parti de cet incident.
J'ai reçu ce matin votre lettre et votre dépêche du 30 mai.
Les nouvelles d'Espagne sont toujours excellentes.
BordesouUe a dû marcher sur Séville le trente mai. Ne convenez pas de cela, et dites que vous n'en savez rien ; que même vous ne le croyez pas.
Tout à vous.
Chateaubriand.
Paris, 2 juin 1823 (à deux heures de l'après-midi).
Je reviens sur quelques détails. La Russie a définitivement
nommé son chargé d'affaires auprès de ta Régence, c'est le mênie qu'en Bulgarie. U partira cette semaine avec M. de Talaru. Cela démanche l'affaire du prince Metternich ; il sera à son tour obligé de suivre. Tout cela pour vous seul. '
HS5 2 juin 1823.
An marquis de Caraman.
Paris, ce lundi soir 2 juin 1823.
Je ne puis voua dire, monsieur le marquis, & quel point j'ai été surpris de votre lettre du 27 du mois dernier. Le conseil que j'ai
1 . D'après l'original autographe. — Coroinuntcatioa du comte de Uoabroii. — tAarceliiia {Poliliqae de la BetUuralion, p. ÎSO-l) donoe un teite asseï dilTérent :
« Paris, 2 juin 1823.
. <• Je vous dirai, en grande caa6dence, que nos alliés du continent, inquiétés et jaloux de nos succ6s, mettent quelques entraves k la réunion d'un corps diplomatique près de la régence à Madrid ; c'est le prince de Metternich qui est l'àme de cette intrigue, et qui a chapitré le bon vieux roi de Naples, entre une chasse et l'autre, pour contrarier notre mai-che et notre plan. Celui-ci élève tout k coup des prétentions comme héritier direct de la couronne d'Espagne, et il veut que tout se fasse en son nom. Hien ne sera légitime à Madrid, s'il n'a d'abord reconnu cette légitimité, pas même la régence actuelle. Louis XVIIl est furieux ; et le chef des quatre branches de la maison de Bourbon, piqué au Jeu, se retourne contre ses cadets. Ne laissez rien voir de tout ceci à vos collègues ; seulement épiez les paroles qui pourraient jeter quelque lumière sur ces ténébreuses menées du prince de .Ùettemich, auiquelles l'Ang-leterre pourrait bien n'être pas étrangère, et que l'un de ses niinistres au moins verrait sans beaucoup de déplaisir. J'espère toujours que les événements iront plus vite que la malveillance. Gardez cela pour vous, je vous prie.
n L'affaire d'Abisbal vous a plus occupé à Londres que nous h Paris. Je vois que, si nous avions eu des gens plus adroits auprès de monseigneur le duc d'Angoulême, on aurait pu tirer grand parti de cet incident. »
« Paris, 2 juin 1623 (à deui heures de l'après-midi).
H Je reviens sur quelques détails. La Russie a définitivement nommé son chargé d'alTaires auprès de la régence, et donne ainsi le signal et l'impulsion. Cet agent part cette semaine avec notre nouvel ambassadeur. Cela démanche l'affaire du prince de Metternich ; il sera à 50n tour obligé de suivre. Tout cela pour tous seul. C. »
sur-le-champ rassemblé a partagé mon étonnement. J'espérais que votre lettre m'apporterait la nomination du ministre ou du chargé d'affaires de Vienne à Madrid, car c'est là aujourd'hui l'affaire capitale, l'affaire pressante pour que tout se fasse de concert avec nos alliés dans la conclusion de la guerre d'Espagne. Nous avions réservé pour nous les dangers et les inconvénients de cette guerre, nous n'avions point' appelé nos alliés au combat ; nous les appelions à la victoire ; nous voulions qu'ils réglassent avec nous les destinées de l'Espagne, qu'ils profilassent du gain de cette partie oii nous avions mis pour enjeu notre sang, nos trésors et la couronne de France. Au lieu d'un acquiescement à une mesure loyale et toute en faveur de l'alliance, nous recevons une proposition qui demande de mûres considérations et qui n'est plus en rapport avec la marche des événements.
Il faut bien songer, monsieur le marquis, quand une guerre comme celle d'Espagne est commencée, que ^ chaque jour varie la scène. La politique est entraînée par le mouvement des choses et la rapide complication des affaires. Il faut bien songer que si l'Europe continentale veut la paix, une paix longue et durable, la guerre d'Espagne doit être courte, et nous devons nous retirer promptement de la Péninsule : or, toute mesure qui tend à prolonger cette guerre amène avec soi des dangers. Une Régence en Espagne purement administrative, le corps diplomatique de l'Europe placé immédiatement auprès de cette Régence faisaient disparaître les diHicultés et portaient l'Angleterre elle-même à favoriser la délivrance du roi Ferdinand. En serait-il ainsi dans le plan proposé relativement à la cour de Naples ? C'est ce qu'il convient d'examiner.
Que désire le prince Ruffo ? Que nous reconnaissions les droits du roi de Naples à succéder au trône d'Espagne, Eh ! qui lut conteste ce droit ? Certes, ce n'est pas la France. La guerre que nous faisons aujourd'hui est au pro6t du roi des Deux-Siciles,