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puisque nous défencions ses droits sur la couronne d'Espaj^e, ea défendant ceux de Ferdinand VII . Il ne s'agit donc pas du principe, puisqu'il est accordé sans contestation.
C'est donc d'une certaine conséquence de ce principe, conséquence d'après laquelle rien ne serait légitime en Espagne si la cour de Naples n'avait approuvé les mesures prises ou à prendre.
Mais, monsieur le marquis, la cour de Naples peut-elle maîtriser cette nécessité qui sort du fond des choses, cette nécessité qui naît des accidents de la guerre, du caractère des hommes, des passions et des partis qui divisent l'Espagne ? Nous qui portons le poids de la chaleur et du jour, nous serions sans doute très disposés & soumettre notre humble avis aux ordres de M. le prince de RufTo, mais nous ne sommes pas seuls dans la question , Nos intérêts ne sont pas séparés de ceux de l'alliance, et nous ne savons pas encore si l'alliance serait d'avis de remettre les destinées de l'Espagne entre les mains de la cour de Naples, afin que celle-ci les remît ensuite aux mains de l'alliance. Nous ignorons quel est sur ce point le sentiment de la Russie et de la Prusse. Il faudrait donc d'abord que nous consultassions ces deux puissances avant de prendre une résolution : or, je vous demande si dans le mouvement de la guerre il serait possible de suspendre la formation d'un gouvernement provisoire et la reconnaissance de ce gouvernement jusqu'au moment où nous aurions reçu des réponses définitives des cours alliées sur l'intervention de la cour de Naples. Ensuite remarquez deux difficultés insurmontables.
Aujourd'hui que la régence est formée, que la grandesse d'Espagne vient de reconnaître cette régence, croyez-vous que des hommes aussi puissants veuillent reconnaître tout h coup qu'ils n'ont plus d'autorité ? Quand ils ont eu le courage de prendre un parti, de courir les chances périlleuses des événements, leur juste oi^eil, leurs intérêts ne seront-ils pas blessés si nous venons leur dire : « Vous n'êtes rien, c'est la cour de Naples qui règle votre sort et dispose de votre avenir » ? Notre armée tout entière
ne suffirait pas pour comprimer des mécontentements si légitimes.
En second lieu, que dirait l'Angleterre (et cette raison est d'un poids immense) si elle voyait d'autres Bourbons venir se mêler avec les Bourbons de France, les Bourbons d'Espace? Elle nous a cent fois déclaré que si nous combattions pour notre sûreté, elle resterait neutre, mais que si nous avions pris les armes pour des intérêts de famille, pour rétablir des alliances entre Bourbons, elle ne le souffrirait pas. Prenons garde de réveiller la jalousie du cabinet de Saint-James.
Rien de plus juste que d'admettre l'ambassadeur des Deux- Siciles pour les affaires de la Péninsule aux conférences des ambassadeurs des quatre grandes cours alliées ; rien de plus juste que la cour de Naples soit appelée à donner son avis sur tout ce qui concerne l'Espagne, qu'elle envoie avec nous un ministre à Madrid auprès de la régence, qu'elle soit la première consultée : c'est ce que nous désirons, c'est ce que nous avons été les premiers à demander ; mais les ouvertures que vous me faites sont d'une nature si grave, si inattendue, si en retard des événements, qu'il faudra que je connaisse, avant de rien déterminer, les dispositions des cours alliées.
Je n'ai point encore vu le prince de Castelcicala ; mais quand il me parlera, je lui répondrai dans le sens que je vous indique
Ce qui étonne le plus le conseil, c'est que n'ayant pas de pouvoirs pour décider un point aussi important, vous n'ayez pas auparavant pris les ordres de la cour. Je n'ai pas osé mettre votre lettre sous les yeux du roi, dans la crainte qu'il ne se prononçât d'une manière que je n'aurais pas pu vous dissimuler. J'espère que tout s'arrangera, que M. le prince de Mettemioh sentira la nécessité d'envoyer un agent diplomatique auprès de la régence, et que l'idée relative à Naples sera ou abandonnée ou remise à une exécution éloignée, dans le cas ou d'autres chances viendraient à s'ouvrir. Je vous le répète en finissant, l'Angleterre
prendrait très certainement en mauvaise part l'intervention de Naples ; ensuite, je ne vois aucun moyen possible d'amener les Espagnols maintenant au pouvoir à céder leur place ; ils ont été accoutumés depuis vingt ans à régir l'Espagne sous le nom de Junte et de Régence, pendant la captivité de leur roi. Je ne sais pas comment on pourrait leur persuader d'abandonner un pouvoir qu'ils exercent de nouveau au péril de leur fortune et de leur vie. Si l'intervention de Naples avait été proposée U y a quatre mois, on aurait pu s'entendre ; mais comment tout changer quand nos troupes sont en marche sur Séville, où elles seront peut-être arrivées quand vous recevrez, cette lettre ?
Je m'aperçois qu'en dictant rapidement ces explications je vous ai parlé des grands d'Espagne : c'est qu'ils ont fait une adresse à Mgr le duc d'Angoulême, qui sera demain dans Le Moniteur.
J'ai l'honneur, Monsieur le Marquis, de vous renouveler l'assurance de mon dévouement et de ma haute considération. ' Chatkaubriand. ^
1i36 2 juin 1823.
An comte de La Ferronays.
Paris, ce 2 juin 1823.
Il faut, Monsieur le Comte, une grande dose de patience quand on est ministre, et je suis mis tous les jours à de rudes épreuves. La lettre de M. de Caraman et ma réponse à cette lettre vous instruiront de l'affaire, si déjà vous ne la savez^ de Vienne. Je ne doute pas * qu'un ambassadeur de Russie, qui aurait passé ses