‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 139 sur 195 · Archives de Lo Ferronays · texte numérisé non relu

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2, Soutenir»... Bécamier, t. H, p. 22. ■ .

H4S 10 et 13 juin 1823.

Ao comte de La Ferronays. '

Paria, ce !0 juin 1823.

Je venais de vous écrire les précédentes pa^s, lorsque le lendemain même du jour où je les avais écrites, vos lettres et vos dépêches du 18 et 19 mai m'arrivaient par Cussj qui me les apportait de Berlin ; et un courrier de Vienne me remit des dépêches de M. de Caraman et une lettre du Prince Metternich. Je reviendrai sur vos dépêches; je continue maintenant le récit de l'affaire de Naples.

Il y avait donc deux dépêches de M. de Caraman, l'une sur les affaires générales, et disant positivement que le Prince Metternich allait envoyer à M. Brunetti des instructions pour Madrid ; l'autre était relative à la réclamation de Naples, que l'on regardait comme la chose la plus juste, la plus simple et comme devant être du plus grand secours aux alliés. Sa première dépêche était remplie d'éloges sur la conduite de la France et des choses les plus flatteuses pour moi. La lettre du Prince Metternich contenait pour moi les mêmes éloges, particulièrement sur le dernier discours que j'ai prononcé à la Chambre des pairs. Le Prince finissait par me dire un petit mot en passant sur l'afFaire de Naples, qu'il regardait comme pure matière de forme.

M. l'Ambassadeur de Naples me demanda une conférence avec les représentants des trois cours alliées. Cette conférence eut lieu le 7 juin. Le prince de Castelcicala nous lut une longue note, et exhiba de pleins pouvoirs du roi de Naples, en vertu desquels il était autorisé à se rendre à Madrid pour entrer dans la Régence et y sanctionner tout ce qui serait fait par cette Régence. Tout prévenu que j'étais par la première lettre que j'avais reçue de

1. Cette lettre ressemble fort b celle du 27 mai t823 (lettre tUS, page 2M de ce volume] : c'est Bans doute la même lettre, reproduite par Chateaubriand avec une erreur de date et des chan^ments importants, et peut-être d'après un premier brouillon un peu différent du teite réel.

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M. de CaramaD, je ne revenais pas de ma surprise. It m'était impossible d'imaginer qu'un vieux Roi qui chasse à Vienne au lieu de gouverner ses états, et dont la capitale est occupée par des troupes autrichiennes, vint déclarer que l'Espagne était à lui en cas de mort de la famille royale d'Espagne ; que l'Alliance n'était pour rien dans tout cela, et que la France avait fait tant de sacriBces pour mettre Mgr le duc d'Angoulême et cent mille soldats français sous le sceptre du prince Gastel Cîcala. Je rae contins cependant : il fut convenu qu'on s'assemblerait le lendemain, que chacun ferait une réponse et qu'on dresserait un protocole de toute l'affaire.

Vous verrez par les journaux que les colonnes marchent sur Badajoz et Séville. Nous sommes persuadés que les Cortès n'attendront pas nos soldats et qu'elles emmèneront leur royal prisonnier à Cadix. On dit que l'île de Léon n'est pas en état de défense et que les Cortès manquent d'une garnison assez nombreuse pour l'occuper. Si Bordesoulle peut s'y jeter, Cadix ne tiendra pas longtemps : Buonaparte ne put jamais y pénétrer et c'est ce qui l'empêcha de se rendre maître de Cadix.

Nous envoyons douze mille hommes de réserve à Monseigneur. Il en restait à peu près autant dans les dépôts, de sorte qu'au commencement de juillet l'armée aura reçu un renfort de 2i à 25 mille hommes. Nous aurons de plus, si cela est nécessaire, les i6.000 hommes de la conscription. J'ai admiré ce que vous a dit l'Empereur sur la nécessité de nous créer une réserve, pour alimenter notre armée. Nous sommes persuadés que s'il y a un cabinet en Europe qui se réjouisse de notre résurrection militaire, c'est celui de Pétersbourg ; c'est un prince trop généreux, c'est un pays trop puissant pour jamais avoir à craindre de nous voir remonter au rang dont nos malheurs et nos excès nous avaient fait descendre. Nous redevenons le boulevard naturel de l'Europe contre la puissance de l'Angleterre : notre armée sous le drapeau blanc n'est qu'une garde de plus pour tous les Rois.

Pour moi, Monsieur le Comte, je voub avoue que je suis bien fier pour ma part de la petite place que j'ai eue et que j'occupe dans ces grands événements. Je vous prie de dire à l'Empereur combien je suis touché et reconnaissant de sa bienveillance pour mon pays. Dites-lui que je l'en remercie au nom de tous les Français, et qu'il peut croire que si jamais il avait besoin de nos bras, nous lui enverrions une belle armée qui serait fière de servir sous ses ordres et de verser son sang pour lui.

Je n'ai qu'à me louer de l'appui que ne cesse de me donner le général Pozzo. Il agit laidement, ne me tracasse pas sur une foule de petits détails, fait bien la part des événements et des difficultés, et va droit au but de l'Alliance, sans cbioaner sur la correction des faits. Que nous fallait-il ? un gouvernement royaliste à Madrid tel quel, le meilleur possible, avec lequel nous puissions combattre les Certes et parler an nom des Espagnols. Quand les alliés vinrent à Paris en 1814, ils n'bésitèreat pas à regarder comme un gouvernement cet abominable Sénat où siégeaient une douzaine de régicides. Et pourquoi? Parce qu'il fallait marcber, agir, frapper un coup. Aujourd'hui nous avons à Madrid les premiers hommes de l'Espagne, des hommes honorables de toutes les façons, et nous hésiterions à les reconnaître quand ils exposent pour l'Alliance leur fortune et leur vie ? En vérité, il faudrait ignorer profondément les affaires humaines, ne nen entendre aux révolutions, et ne savoir pas surtout comment on les finit. Vous avez dû recevoir un courrier que la Régence envoie à Pétersboui^ pour signifier son existence. Elle va vous envoyer aussi un ambassadeur : le duc de San Carlos arrive ici ce soir en cette qualité ; et nous n'hésiterons pas à le reconnaître. Le gouvernement des Cortès n'existe plus pour nous, et puisque nous avons notre ambassadeur auprès de la Régence, il est tout simple qu'elle ait le sien auprès de nous. Nous supposons que l'Alliance en fera autant, car cela découle du principe.

Ainsi, Monsieur le Comte, vous voyez que l'afiaire de l'Espagne

Q'est plus qu'une affaire de temp», elle se réduit à ceci : combien de jours Cadix sera-t-il bloqué sans ouvrir ses portes? Je m'abonne à cent jours. Il ne peut rien cous arriver dans l'intérieur de l'Espagne : il n'y a pas trace de résistance un peu sérieuse, et l'arrivée de nos agents diplomatiques va donner un nouvel élan à la nation. L'Angleterre est singulièrement vexée de cette mesure que j'ai toujours regardée comme décisive. Les journaux anglais font de longs commentaires à ce sujet, et Sir Charles Stuart est encore venu ce matin me parler avec un chagrin mal dissimulé de cette résolution des cours. Je lui ai dît en riant : Il Sir Charles, faites comme nous, reconnaissez la Régence, et " que Sir William A'Court vienne rejoindre ses amis et cesse de « boire de cette mauvaise eau des citernes de Cadix . »

Vous voyez, Monsieur le Comte, que je n'épai^nepas les lettres. Je me suis aperçu que les dépêches des bureaux rendaient mal mes idées, et je prends sur mon sommeil pour vous tenir au courant de tout ce qui se passe, dans d'aussi graves circonstances. C'est un courrier du général Pozzo qui vous portera ce paquet. Je vous expédierai M. de Fontenay dans le courant de la semaine prochaine. J'espère que vous vous accoutumerez à ma mauvaise écriture.

Mille bons compliments, Monsieur le Comte, et mes assurances très sincères de mon entier dévouement.

Chateaubriand.

J'oubliais de vous parler du colonel Boutourlin. Nous l'avons reçu du mieux qu'il nous a été possible, comme tout ce qui nous vient de l'Empereur de Russie. II a obtenu une audience particulière du Roi qui a été extrêmement satisfait de lui. Je lui ai donné une lettre particulière de recommandation pour Mgr le duc d'Angoulême. II a été un peu malade ; il part demain ou après-demain pour Madrid.

Vous verrez dans les journaux que Lauriston commande l'armée de réserve et qu'il a été nommé maréchal de France en remplacement de Davoust. J'aime Lauriston et lui souhaite toutes

sortes de biens, mais je crois que, dans le moment, c'est avoir Ëomrais une faute que de lui avoir donné le bâton de maréchal, tandis que nous avons une armée qui se bat et des généraux qui pouvaient voir de loin cette grande récompense comme le prix de leur campagne et de leur premier service sous la cocarde blanche. J'ai parlé, j'ai même écrit au conseil contre cette nomination, mais je n'ai pu l'empêcher. Au reste, il 7 a d'autres bâtons de maréchaux et cela s'arrangera.

Nous nous sommes décidés à vendre nos 23 millions de rente. Tout nous annonce que nous en aurons encore un bon prix, et ce coup hardi, qui débarrasse le gouvernement du papier dont le trésor était encombré, nous laissera les plus belles finances de l'Europe.

Ce 13 juin.

Le courrier n'est pas parti comme .je m'; attendais : il ne part que ce soir. J'ai donc le temps de vous annoncer que nous apprenons de Madrid par une dépêche télégraphique qu'une révolution complète a eu lieu en Poriugal. Vous verrez cette nouvelle dans les journaux ; si elle se confirme, c'est une chose capitale : nous aurions tué à la fois deux révolutions. Le roi Ferdinand était encore à Sévtlle le trois de ce mois. Je crois toujours qu'il sera amené à Cadix, malgré la résistance des honnêtes gens qui partout sont faibles dans l'action. Mes nouvelles de Madrid, arrivées ce matin sous la date du 8, racontent qu'un courrier de commerce, parti de Séville le 3, parlait de grands troubles survenus à Séville ; que le régiment de la marine aurait enfermé le Roi et la famille royale dans la cathédrale pour le défendre contre les Cortès qui voulaient les enlever ; que d'une antre part, on disait que le Roi irait seul à Cadix, et les Cortès autre part. Rien de tout cela n'est bien clair, sinon qo'il y a à Séville une grande fermentation et que tout annonce les dernières convulsions d'une révolution qui expire.

Mina, pourchassé de toute part, vient de toucher notre frontière et est rentré ensuite précipitamment dans les montagnes.

Corntpondutct de CktleaabrUnd. T. IV. 18

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Od ne pense plus ici aux courses de cet homme dont nos lit>é raux ont voulu faire un moment un nouveau Buonaparte et qui n'est qu'un habile miquelel.

Voilà les nouvelles du jour.

Je vous renouvelle. Monsieur le Comte, l'assorance de mon sincère attachement.

Chatbaubrmnd.

On dit que les Cortès, & Séville, devaient encore délibérer le 4 sur le lieu où l'on emmènerait le Roi. Les troupes avaient tiré sur le peuple, la garnison de Séville était de i mille hommes de recrues et de milices, '

1149 11 juin 1823.

A H. de Rayneval.

Paris ce 11 juin 1823.

Monsieur,

J'ai reçu de M. de Cussy les deux dépêches et la lettre particulière que vous lui avez confiées. Votre dépêche N' 13 m'était parvenue quelques jours auparavant.

Quel que soit le motif qui ait fait suspendre le départ de M. Greuhm, j'espère que la Cour de Prusse ne tardera pas à imiter celles d'Autriche et de Pétersboui^, dont les agents diplomatiques sont sur le point de partir ; d'ailleurs le langage que M. le Chargé d'affaires de Prusse a tenu dans les discussions qui ont eu lieu au sujet de leur départ, me prouve que son cabinet n'est pas disposé & mettre obstacle à cette mesure.

Le gouvernement français est très satisfait des dispositions que la Cour de Prusse vous a témoignées. Elles font espérer que le Ministre prussien à Madrid évitera d'entrer dans les intrigues qui pourraient avoir pour but de créer des difficultés sur la route que nous avons jusqu'à présent parcourue avec succès. C'est ft

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