‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 140 sur 195 · Archives de La Ferronays · texte numérisé non relu

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vous, Monsieur, à mettre vos soins à entretenir ces bonnes dispositions, en faisant voir à M. de BernstorfF avec quelle franchise nous avons suivi les principes professés par l'Alliance Continentale, et avec quelle scrupuleuse attention nous avons constamment évité tout ce qui pouvait éveiller les craintes de nos alliés. La Cour de Prusse, qui n'a dans l'affaire d'Espagne d'autres intérêts que celui du succès dés principes qui la dirigent, doit facilement comprendre que pour les faire triompher il Faut éviter de rendre notre marche embarrassée et diCBcile. Car les tracasseries que l'on pourrait nous faire ne rétarderaient pas l'heureux succès de notre entreprise ; elles pourraient seiilemenf influer sur les moyens qui l'amèneraient.

Je vous ai déjà entretenu précédemment de la prétention élevée par la Cour de Naples. Depuis ma dernière lettre, elle a reçu un nouveau développement dont il est utile que vous soyez instruit.

Le prince de Castelcicala a reçu l'ordre de réclamer près dti gouvernement du Roi et des plénipotentiaires d'Autriche, de Russie et de Prusse contre la Régence qui vient d'être établie & Madrid, — celui de demander pour le Roi son maître la Régence d'Espagne comme un droit inhérent à sa qualité de premier agnat de la maison royale d'Espagne, — enBn d'insister fortement sur cette demande, comme nécessaire pour invalider le décret des Cortès, qui appelle la maison de Bragance ft la succession du trône avant la branche napolitaine. Le prince de Castelcicala était en outre autorisé à se rendre à Madrid ; on lui envoyait de pleins pouvoirs pour y représenter le Roi son maître, sanctionner ce qui s'était fait d'illégal, et présider dorénavant le Conseil dé Régence. Cette demande, développée dans nue note adressée fa moi, aux plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie, a été le motif d'une conférence dont M. l'Ambassadeur dé Naples taisait partie, et dans laquelle le baron de Vincent a déclaré qu'il avait ordre d'appuyer la réclamation de Sa Majesté sicilienne, que la Coiir de Vienne regarde coàime fondée endroit et comme tendant à établir aux opérations du gouvernement

nouvellement établi à Madrid, une complète légalité. Dans le ooiirs de la discussion qui a eu lieu à ce sujet, cet Ambassadeur a fait entendre qu'il était autorisé à retarder ou à permettre le départ de M. Brunetti, et que préalablement il était obligé de le suspendre jusqu'à ce que la demande de la Cour de Naples ait été discutée. L'Ambassadeur de Russie savait, et je ne t'ignorais pas, que cette prétention de la Cour de Naples avait paru aussi intempestive que bizarre à l'empereur Alexandre. Aussi g'est-il joint à moi pour faire ressortir tous les iaconvénients qu'elle présentait. D'ailleurs n'ayant reçu à ce sujet aucune instruction de sa cour, il a dû se boraer à s'engager à lui en faire part. Le Chargé d'affaires de Prusse a suivi son exemple. Pour le moment, la question se trouve donc suspendue. Dans la réponse que j'avais préparée pour la Note au prince Castelcicala, j'avais démontré combien la démarche de la Cour de Naplesétait inutile, combien elle était peu fondée en droit. J'avais insisté avec beaucoup de force sur les inconvénients qu'elle pouvait avoir et sur la mauvaise direction qu'elle pouvait donner aux affaires d'Espagne. M. l'Ambassadeur d'Autrîcbe embarrassé par la force de mes raisons, et surtout par les chances que ma répoqse laissait entrevoir, m'a demandé instamment d'en retrancher une partie, laissant voir qu'i ce prix il ne suspendrait pas l'envoi de M. Brunetti,

Dans une autre conférence entre les Ambassadeurs d'Autriche et de Russie, le Chai^ d'affaires de Prusse et moi, on a posé les principes qui doivent diriger l'action des ministres des quatre Cours à Madrid. Vous pouvez assurer la Cour de Prusse que ces principes seront fidèlement suivis par le gouvernement français aussi longtemps qu'on mettra de la bonne foi à ne pas créer des difficultés autour de lui.

Vous trouverez ci-joint toutes les pièces relatives à ces conférences.

M. Boutourlin est arrivé ici il y a plusieurs jours et repart aujourd'hui pour Madrid ; il a été reçu par Sa Majesté, qui l'a

traité avec beaucoup de bonté. Sa mission n'a plus aucun inconvénient du moment où M. Bulgari va déployer à Madrid uo caractère diplomatique. Il est convenu qu'il se rendra au quartier général du duc d'Angouléme pour le complimenter de la part de l'Empereur.

J'ai reçu les dernières pièces relatives aux alTaires de Turquie. Elles prouvent que cette question reste encore à peu près entière, et va attendre sa décision des événements et des combinaisons nouvelles qui en résulteront. En effet, la Russie ne parait pas pressée de la voir se terminer, puisqu'elle laisse ses intérêts entre les mains de lord Strangford. Cependant la gêne que les [Turcs] ' viennent d'imposer au commerce de laMer Noire peut..;

Nous n'avons eiwore rien à vous dire sur l'affaire des colonies au sujet desquelles M. de Bemstorff vous a entretenu. Les instructions données à M. de Talaru lui enjoignent de préparer les espiits des ministres espagnols de manière à ce que la Cour d'Espagne, quand le moment eh sera venu, puisse Taire avec ses colonies les arrangements qui seront nécessaires pour sauver, tout ce qui pourra être sauvé et tirer le meilleur parti possible de ce qu'il faudra abandonner. Notre intérêt est parfaitement conforme au sien sur ce point : s'assurer la possession tranquille' de en qui est encore fidèle, recouvrer par des concessions des colonies qui sont insurgées, mais dont la séparation n'est pas absolue. Mais il est sûr que l'Europe ne peut pas rester encore bien longtemps dans l'incertitude ; il faut que ses rapports avec l'Amérique puissent être fixés.

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