‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 146 sur 195 · Minute aux Affaires étrangères, Espagne ^22, f · texte numérisé non relu

Minute aux Affaires étrangères, Espagne ^22, f

H64 23 juin 2823.

An vicomte de Marcellue.

Paris, ce 23 juin 1823.

Les journaux vous porteront la nouvelle la plus importante, celle de la déchéance du Roi, prononcée par les Cortès, et la nomination d'une Régence révolutionnaire. Mes lettres de Madrid, reçues ce matin et datées du 18, disent que sir William A' Court «t le reste du corps diplomatique ont déclaré qu'ils étaient accrédités auprès d'un Roi, et non pas auprès d'une Régence, et que, par conséquent, ils restaient à Séville en attendant de nouveaux ordres de leur cour. Je doute que cela soit aussi correct et aussi bien que cela, mais pour un ministre habile quelle belle occasion de se tirer d'afTaires ! Comme M. Canning pourrait réparer sans danger ses étranges fautes ! Il ne peut plus avec une ombre d'honneur reconnaître une Convention révolutionnaire réduite pour tout empire à un écueil dans l'océan : ce serait par trop humilier et abaisser l'Angleterre : dès lors il est libre de revenir aux alliés, «t de mettre fm à la guerre en exigeant la liberté du Roi. Ce rôle «st superbe. Saura-t-il le jouer et ne pas manquer l'événement? j'en doute : il s'ouvrira trop tard. C'est dans ce sens pourtant que vous devez parler, exciter le duc de Wellington, montrer à la saine partie du Ministère quel parti elle peut tirer de la circonstance. Mais laissez toujours entendre que, quant à nous, nous n'entrerons jamais avec les Cortès dans aucun arrangement politique ; nous ne les reconnaîtrons plus comme pouvoir ; seulement nous ferons aux individas tous les avantages personnels qu'ils désireront, pour délivrer la famille Royale. Vous entendez bien que, dans tout ceci, il ne s'agit de votre part que de conversations avec les ministres et vos collègues; que vous n'êtes autorisé à rien d'oQiciel : vous me transmettrez seulement ce que vous aurez appris des dispositions du ministère, et de l'effet qu'aura produit sur lui la déchéance du Roi.

On dît ici que vous épousez M"* Canning. Si cela est, je vous promets pour dot de la mariée, uoe ambassade.

Au reste les événements vont si vite que tout ce que je vous dis sur la déchéance, peut être reudu inutile à chaque instant. Nsus ne sommes pas sans appréhension que les Cortès s'embarquent pour Ceu/a, si elles croyent ne pouvoir tenir dans Cadix. Si elles allaient à Gibraltar, il n'est pas permis de croire que ^es Anglais voudraient eux-mêmes retenir le Roi prisonnier, et l'empêcher de retourner à Madrid, s'il en exprimait la volonté.

Tout & vous.

Chateaubriand.

Mina est détruit, Valence tombée, tout crodle, la Providence est pour nous. '

1165 23 juin 1823.

Ail vicomte de HarcelloB.

Paris, ce 23 juin 1823.

Je vous prie de faire parvenir le plus tôt possible, et par la plus prochaine occasion, la lettre que je vous envoie aujourd'hui pour M. Lesseps, notre consul à Lisbonne. C'est pour lui dire de reprendre à l'instant son rang et titre de char^ d'affaires. Ci-joint un billet de Street, le Bis, pour son père: envoyez-le sur-le-champ après l'avoir lu, il contient les nouvelles que je viens de recevoir à l'instant de Madrid. Nous avons aussi par cette voie des nouvelles de Lisbonne qui vont jusqu'au trois et qui annoncent la dissolution des Cortès ; tout est fini de ce cAté.

Maintenant nous ne devons plus avoir qu'un but et qu'une pensée : c'est d'obtenir la délivrance du Roi, Voilà l'Angleterre

I. Marcellus Politique de la Peilsaration, p. 312. (Quelques suppressions, comme celle de la derniùre plirase du premier paragraphe.) — Cotlatioané parnoussur l'original autographe. Commuuiqué par H. de Montbron.

séparée des Cortès, et cela est une chose immense en notre faveur. Mais si M. Canning sentait bien sa position, il pourrait faire davanta^. Il pourrait déclarer à cette Convention de Cadix que l'Europe ne peut pas être divisée par elle; qu'on ne peut pas prolonger un état de guerre pénible, pour soutenir un parti qui, en prononçant la déchéance du Roi, s'est séparé de toutes les Monarchies, de quelque nature qu'elles soient. Le rôle de l'Angleterre serait encore superbe, et elle saisirait la seule occasion qui lui reste de réparer les énormes fautes de M. Canning. Mais je doute que l'amour-propre blessé de ce Ministre lui laisse le jugement assez libre pour agir; trompé sur tous les points, il se trompera jusqu'au dernier moment. Je suppose que sir William A' Court s'embarquera pour Gibraltar. Son rôle en Espagne, n'étant ni pour la Régence, ni pour les Corlès, deviendrait insoutenable.

Pensez à l'affaire de M"' RoUat auprès de M. Canning. Cette dame me poursuit.

En envoj-ant la lettre à Street pour son journal qui va maintenant très bien, faites aussi copier la nouvelle pour le bon C Stoddart.

C'est une botte, que je veux, et non les 1000 livres st.

Dans vos prochaines dépêches, tâchez de m'instruira surtout de l'effet que produit dans le Conseil Britannique la déchéance du Roi : cela, il me semble, doit nous justifier et ramener à nous tous les bons esprits.

Tâchez de découvrir quelle résolution aura été prise touchant sir William A' Court. '

I. D'après l'original autographe. — Com m ud! cation de M. de Montbron.

H66 24 [juin 1823].

A la dnchesse de Duras.

Mardi, 24.

J'ai vu Villële : il m'a donné un travail à faire. Il faut aussi que j'écrive au priuce Metteruich et à l'empereur de Russie. Ne comptez pas trop sur moi aujourd'hui, ou, tout au plus, pour un moment à midi, en sortant de chez Monsieur. '

im 24 juin 1823.

An comte de La Ferronays.

Paris, 24 juin 1823.

N" 9 Par courrier autrichien jusqu'à Francfort. De là par estafette.

Monsieur le Comte,

Je vous mandais dans ma dernière dépêche que nous attendions avec beaucoup d'impatience des nouvelles de Séville. Nous venon» d'en recevoir qui sont assez importantes pour que je croie devoir vous les envoyer par estafette.

Le 12, les Cortès, croyant l'armée française très près de Séville, se sont déterminées à envoyer le Roi à Cadix. Ce malheureux prince a protesté contre cette translation nouvelle, et les hommes qui se sont emparés de sa personne n'ont pas trouvé d'autre expédient pour vaincre sa résistance que de le déclarer en état d'aliénation mentale et de prononcer sa déchéance. Ils ont immédiatement nommé une Régence. Cette conduite odieuse semble leur avoir été dictée par une espèce de vertige, puisqu'elle ôte à leurs actes l'ombre même de légitimité à la faveur de

1. Paillièa La dachene de Durât, p. 240. — Collalionné sur l'original autograplie.

laquelle ils pouvaient conserver des prosélytes, et teur enlève en même temps tout espoir de pardon. Son premier fruit a été la retraite du Ministre d'Angleterre et des autres Agents politiques qui avaient cru devoir suivre le Monarque jusqu'à Séville. Le Chargé d'affaires de Saxe seul a dâ accompagner la Reine, pour pouvoir en transmettre des nouvelles à sa cour.

On jugera sans doute à Saint-Pétersbourg comme ici de quelle importance est le refus de Sir William A'Court de suivre les Cortès à Cadix. Cette circonstance simplifie une question qui ne laissait pas que de se compliquer, et elle replace naturellement l'Angleterre dans les voies de l' Alliance. D'un autre côté, l'infânie et stupide conduite des Cortès doit détacher d'elles jusqu'au dernier de leurs partisans, puisqu'il est bien démontré qu 'Elles ont abjuiré toute idée de monarchie du moment où Elles ont senti qu'Elles ne pouvaient couvrir leurs vues insensées de l'apparence d'une volonté royale. Cet événement doit avoir une grande importance, et tious devons croire qu'il hâtera le moment où on pourra rétablir l'ordre en Espagne. Nos troupes doivent être, en ce moment, près de Cadix, qui est déjà bloqué par une forte escadre ; et tout porte à espérer qu'il sera bientôt possible d'arracher le Roi à ses bourreaux. De dernières nouvelles donneraient & croire qu'arrivés à Cadix ils ont relevé ce Prince de la déchéance prononcée à Séville. C'est un outrage de plus, ce qui à leurs yeux paraissait sans doute un moyen de rappeler près du Uoi M. l'Ambassadeur d'Angleterre.

Nos nouvelles de Catalogne présagent le succès définitif de nos opérations. Vous verrez, par tes gazettes que je vous envoie, que Mina, après avoir parcouru dans tous les sens les gorges [iresqu' impraticable s de la Cerdagne, a eu avec nos troupes plusieurs engagements qui lui ont fait perdre beaucoup de monde. Il s'est enfin jeté de nouveau dans la Seo d'Urgel, où on espère pouvoir l'enfermer.

Le général Molitor est entré à Valence ; et Ballesteros, qu'il avait devant lui, paraît être maintenant hors d'état de résister.

Les nouvelles qui annonçaient une contre-révolution complète en Portugal se sont pleinement confirmées. Vous trouverez dans les gazettes les détails de cet événement qui ôte un dernier refuge aux révolutionnaires espagnols. Nous n'en avons point encore reçu l'avis ofliciel.

Agréez, etc..

P. S. Je reçois à l'inetant des nouvelles de Madrid du 20. Elles donnent de nouveaux détails sur le voyage du Roi. On lui a fait prendre la route de terre. Plusieurs membres des Cortès se sont embarqués sur le Guadalquivir. Le Conseil d'État et 30 membres des Cortès sont restés à Séville. La municipalité de cette ville a envoyé un député pour reconnaître la Régence à Madrid. Le général Bordesoulle s'est porté droit sur le Port Sainte-Marîe, vis-à-vis Cadix, sans entrer dans Séville, ce qui lui fait gagner plusieurs marches et lui permettra d'atteindre l'arrière-garde du général constitutionnel Zayan. Le général Bourmont occupera Séville et rejoindra ensuite le général Bordesoulle devant Cadix. 11 est resté à Séville deux ft trois cents officiers, une artillerie considérable et deux millions en argent. *

H68 2i juin 1823.

Au baron de Rayneral.

[Même dépêche que la précédente, Berlin remplaçant Saint- Pétersbourg. En plus, à la fin, le paragraphe suivant:]

J'ai reçu vos dépêches jusques et compris le N" 16. Nous voyons avec grand plaisir que le gouvernement prussien se trouve parfaitement d'accord avec nous, et qu'il approuve la manière dont sont conduites les affaires d'Espagne. Nous sommes très satisfaits de la nomination de M. de Royer : son langage ici a été très convenable. '

I. Minute aux Affaires étrangères, Russie 165, f tS. 3. Hiuute aux AfTaires étran^res, Prusse 263.

lyGoogle

H69 24 juin 1823.

An marquis de Caraman.

N" 16 Paris, 24 juin 1823.

Par courrier autrichien.

Monsieur le marquis,

J'ai reçu les dépêches que vous m'avez expédiées par le courrier Méconnais, et je profite d'un courrier de M. de Vincent pour vous répondre.

J'ai vu avec grand plaisir que M. de Metternich continue d'approuver la marche que nous suivons dans les affaires d'Espagne. La manière dont il a accueilli les explications que vous aviez à lui donner sur la Régence et sur la proclamation de M. le duc d'AngouIéme me prouve qu'il met en nous la conûance que nous nous plaisons à mettre dans ses dispositions. Cet élément, si nécessaire dans les relations qui unissent les membres de l'Alliance, donne une garantie précieuse du succès de l'œuvre qu'EUe accomplit en ce moment pour le salut de l'Europe.

La question relative au Roi de Naples a été, comme vous l'avez vu par mes dernières dépêches, examinée ici avec le plus grand soio. Nous attendons la réponse de l'Empereur de Russie pour prendre un parti définitif.

Nous sommes très satisfaits de ce que les agents diplomatiques de l'Alliance aient pu partir pour Madrid. Le ministre de Prusse, M. de Royer, est jirrivé ici, et s'est déjà mis en route pour les rejoindre. Leur présence va être très utile en Espagne, car les événements s'y pressent, et probablement il y aura bientôt de hautes questions. Nos dernières nouvelles annoncent que les Cortès ont emmené la Roi de Séville vers Cadix. Ce malheureux prince

[prendre ici la dépêche au comte de La Férronays du même jour, it partir de la deuxième phrase du deuxième paragraphe ; suivre en remplaçant Saint-Péteraboarg par Vienne jusqu'à la

fîn de la deuxième phrase du quatrième paragraphe : » ...perdre beaucoup de monde. » Intercaler ici la phrase suivante :]

Vous y verrez, Monsieur le Marquis, que son corps a été vigoureusement attaqué par M. le vicomte de Saint-Priest, votre gendre, qui dans cette circonstance a fait preuve du plus beau courage et du dévouement qu'on lui connait pour le service du Roi. Mina enfin s'est jeté

[Continuer ici la dépêche au comte de La Ferronays jusques et compris le post-scriptum.] '

iilO 21 juin 1823.

Ail vicomte de Harcellus.

Paris, 24 juin 1823.

Lord Guilford sera le bienvenu avec tout son grec. Je n'en ai plus guère dans ma tête ni dans mon bagage. Il me reste bien quelque part un Homère que j'ai tout barbouillé de notes et d'essais de traduction ; mais je ne l'ai pas ouvert depuis la Monarchie selon la charte, où j'essayai de commenter à ma façon l'axiome fameux : « Il n'est pas bon qu'il y a.it plusieurs chefs. » La chose me réussit alors assez mal, comme on se chaînes de me le prouver en me rayant du ministère d'Etat. Voilà ce que me valut eis koiranos esta, que je ne sais plus même, comme vous le voyez, écrire en lettres grecques.

Chateaubriand, '

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