‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 158 sur 195 · Original : <> dans les · texte numérisé non relu

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que nous avons passe la Bidassoa. Quand aurons-nous Cadix? Peut-être demain, peut-être dans quinze jours, un mois, deux mois ; cela dépend de la quantité de vivres que renferme la place, et des divisions entre les chefs ; mais peu importe, après tout: nous sommes résolus à ne jamais reculer. Nous fînirons cette révolution, coûte que coûte; nous devons à l'Europe cette expiation de nos propres folies. ' Tant que je serai dans le ministère, jamais un pas rétrograde ne sera fait. Il s'agit de savoir si les comunero» de Cadix seront plus entêtés qu'un Breton. Soyez certain que dans ce monde on finit tôt ou tard ce qu'on veut finir. La victoire est au plus patient, en guerre comme en politique.

Vous entendrez peut-être dire par des échos que tout va trèsbien en Espagne sous le rapport militaire, mais très-mal sous le rapport politique. Je sais du moins que M. Brunetti, mécontent d'abord de sa position, et avec raison, a eu un peu d'humeur et a jugé à travers son humeur. Voici la vérité ;

La Régence ne va ni bien ni mal : elle manque de sagacité ; mais l'expérience nous a appris depuis vingt-cinq ans qu'il n'y a point d'hommes en Espagne. La nation a de la grandeur; les individus sont médiocres.

La Régence va, dit-on, trop vite ; d'autres trouvent qu'elle va trop lentement. Le fait est qu'elle va trop lentement pour la nation ardente qui la pousse, et trop vite pour les hommes raisonnables de tous les pays. Que pouvons-nous faire à cela k présent? Rien, ou pas grand'chose. Si nous essayions de retenir la Régence, aussitôt nous mettrions le corps entier de la nation contre nous, qui crierait que nous sommes des modérés, des conslilutionnelê, des chartiates, des gens venus pour pactiser avec les ennemis et les Cortès. Autant on nous aime, autant on nous détesterait ; et je vous demande ce que nous deviendrions, dispersés comme nous le sommes en Espagne, si la nation venait k

1. Les ooze derniers mots supprimés dans le Congre» de Vérone.

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se soulever contre nous ? Notre sûreté nous oblige donc impérieusement à supporter des mesures dont nous reconnaissons les inconvénients ; et c'est avoir peu de jugement que de ne pas voir que pour assurer notre puissance militaire nous sommes obligés de nous réduire à une impuissance politique.

Devrions- nous, au contraire, agir politiquement dans le sens de la nation, favoriser les proscriptions, les emprisonnements, les confiscations, les réactions ? Non, nous déshonorerions nos armes. Il est donc clair que nous sommes forcés à jouer un rôle passif, et à nous contenter d'adoucir par des conseils secrets, des remontrances amicales, les mesures qui nous semblent trop violentes ou même trop justes. Vous connaissez la modération du prince, et combien il doit souffrir d'une position où il ne peut pas montrer ce qu'il sent.

Mais il est évident que cette position cessera à la délivrance du roi. Quand nous n'aurons plus rien à craindre pour notre armée, alors nous ferons entendre les paroles de la raison appuyées de la force. C'est là, selon moi, la vraie mesure. Quant aux institutions, l'empereur Alexandre vous a dit tout juste ce qu'il fallait, avec une admirable perspicacité de jugement. 11 est clair que Ferdinand ne peut pas être abandonné à lui-même. Il retomberait dans toutes les fautes qui ont failli perdre l'Europe. Il faut un conseil, je ne sais quoi, une institution quelconque qui lui serve de guide et de frein. Quand nous en serons là, il nous sera aisé de nous entendre.

Mes nouvelles de Londres m'apprennent que les ordres envoyés à sir William A'Court, à Séville,sont ceux-ci :« Retourner auprès du roi Ferdinand, si la proposition lui en est faite par le roi et les cartes, ou si le roi la lui adresse personnellement. Si cependant sir William A'Court s'aperçoit que le roi a été contraint à lui faire cette proposition, il ne prendra conseil que de lui-même, et des circonstances, pour y aller ou refuser. Dans Cadix, sir William A'Court devra débuter par une protestation solennelle contre toute atteinte à la sécurité du roi et de la famille rovale. Il

conservera toujours les moyens de se traasporter à Gibraltar, » Il n'est pas hors de vraisemblance que quelques directions secrètes aient été données pour favoriser l'évasion de Ferdinand. Tout cela est bien faible, et c'est une cbose déplorable de voir une monarchie puissante se prêter à toutes les fictions qu'une assemblée démagogique se plaît à inventer, tantôt déclarant le roi fou, et le déposant, tantôt lui rendant la raison comme elle lui a ôté l'esprit, et le replaçant sur le trône ; et un envoyé anglais, reprenant et quittant ses fonctions d'ambassadeur, selon que Ferdinand est roi ou n'est plus roi. Est-ce bien là la 6ère Angleterre, la reine des mers? Voilà où mènent les fausses doctnnes et l'amour-propre blessé de ceux qui conduisent les États, i

1191 12 juillet 1823.

Au marquis de Talani.

Paris, le 12 juillet 1823.

Monsieur le Marquis,

J'ai consulté le G>nseil relativement à l'emprunt proposé à la Régence d'Espagne et des Indes. La clause en vertu de laquelle on exige qu'elle déclare qu'elle ne reconnatt point les emprunts contractés par les Cortès parait inadmissible au gouvernement français. 11 pense que dans une matière aussi grave et qui tient essentiellement aux principes législatifs, le Roi seul a le droit de prononcer, et qu'un pareil pouvoir ne peut être de la compétence de la Régence essentiellement administrative. La Régence est sans doute libre de faire ce qu'elle veut, et la France ne prétend point intervenir dans les actes de la Régence ; mais la France a

1. Congréi de Vérone. — Les trois premiers paragraphes ont pu être collationnés sur l'origioal appartenanl aux archives de L.B Ferronays.

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le droit aussi, par la même raîsoD, de refuser de reconnaître là validité des décisions qui lui sembleraient contraires au bien de l'Espa^^ne, ft l'autorité du Roi Ferdinand, et dangereuses sous plusieurs rapports politiques.

Agréez, etc. '

ii9S 12jmUetl823.

Aa vicomte de Harcellus.

Pans, le 42 juillet 1823.

Un courrier russe part pour Londres. J'en profite pour vous avertir que M. te prince de Mettemicti va ouvrir une espèce de négociation officielle pour engager l'Angleterre ft rentrer dans l'Alliance et à favoriser la délivrance du Roi d'Espagne, Ce sont de bien bonnes intentions; Dieu veuille qu'elles soient remplies.

L'estafette de Madrid, arrivée ce matin, m'apportant des lettres de M. de Talaru en date du 7, annonce une nouvelle victoire remportée sur le reste de l'armée de Ballesteros. Bordesoulle et Bourmont espéraient se rendre bientôt maîtres de l'île de Léon. Tout ft vous.

Chateaubriand.

Je vous ai mandé les miracles de notre emprunt. ^

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