Archives de La Ferronays
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W3 28 juillet 1823.
Au prince de Polignac.
Paris, le 28 juillet 1823.
Je reçois, mon noble ami, votre première dépêche. J'attendrai avec impatience votre audience publique. Je ne serais pas étonné qu'on la dilTérât, pour joindre cette mauvaise ^râce à beaucoup d'autres ; vous savez que les ministres anglois ne parlent jamais de politique en société, et je ne suis pas étonné que M. Canning et lord Liverpool ne vous aient rien dit. J'ai réfléchi à la lettre particulière du roi. Le roi d'Angleterre ne montre pas assez d'empressement à vous recevoir, pour nous livrer avec tant d'abandon ; cette lettre pourrait tomber entre les mains de M. Canning et faire une histoire ; si donc vous ne l'avez pas remise, je crois qu'il sera mieux de me la renvoj'er.
L'estafette de Madrid, partie le 23, et arrivée ce matin, n'apj>orte rien de nouveau. Nous faisons nos elTorts pour déterminer M«' le duc d'Angoulême à se rendre devant Cadix, pour réunir les généraux prêts à se diviser, et pour sortir de Madrid, où la police, qui est nulle en Espagne, ne veille pas assez à sa sûreté. L'incendie, allumé ou non par la malveillance, dure encore, faute de pompes pour l'éteindre.
Vous savez maintenant que j'ai dénoncé le blocus.
Tout à vous, mon noble ami.
CHATEAtIBBIANO.
P. S. Vous pouvez causer avec cet homme du Mexique, non comme ambassadeur, mais comme prince de Polignac. '
i. Congre» de Vérone. — DauB l'original, signalé par un catalogue Charavay de novembre 188T, on lit en outre les phrases suivantes, je net- sais i quelle place dans la lettre : » Je verrai quand Marcellus sera ici ce que je puis faire pour lui. On va vous envoyer ce petit Tat de Vaudreuil que vous avez voulu. En Espagne, le Ferrol et la Corogne se sont rendus. »
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W4 29 juillet 1823.
A H. Ijarneray.
PaHs, 29juiUet 1823.'
m 5 29 [juUlet 1823].
A la dachesse de Doras- Mardi soir 29, Cette affaire de la Corogne traîne. Je ne suis plus même sûr du Ferrol. Rien de nouveau d'ailleurs, si ce n'est le départ de M*' le duc d'Angoulême pour Cadix. 11 a dû «e mettre en chemin hier 28. Je souffre horriblement de la tête, des oreilles et des veux. s
i9i6 31 juillet 1823.
Au marquis de Talaru.
Paris, ce 31 juillet 1823. Monseigneur a raison, et la Régence doit rester à Madrid. Npus sommes tous frappés ici de l'inconvenance de la mesure qui frappe cent cinquante familles espagnoles à peu près. Parlez fortement à la Régence, dites-lui qu'il n'y a rien de plus impolitique que des mesures qui enveloppent des classes entières dans une espèce de proscription. Je n'hésite pas h considérer te décret de la Régence sur la milice comme un acte funeste. Le général
1. Seule indication d'une fiche d'un catalogue d'autographes quée par le vicomlc Spoelberch de LoTeDJoul.
2. Pailbés La duchewe de Dura», p. 242. — Collation né sur autographe.
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Pozzo est dans cette opinion, et il en écrit à M. Bulgari. Avisez entre vous ce que vous pouvez faire pour que la Régence ou rappelle ou modifie son arrêté.
Le départ de M. le duc d'Angouléme est une très bonne mesure ; il sépare la politique de la guerre, tout en ira mieux.
Je conçois qu'à Madrid on ait un peu peur pendant quelques jours ; mais on s'habituera à être seul, et Bourke, après avoir pris La Corogne, s'approchera de vous.
Chateaubriand. '
W7 31 juillet 1823.
Au prince de Polignac.
Paris, 31 juillet 1823.
Prince,
Le gouvernement du Roi vient d'apprendre, par une lettre du contre amiral Hamelin en date du 20 de ce mois, qu'une frégate anglaise est entrée le 18 dans le port de Cadix ; que le 19, vers midi, ayant pavillon espagnol au mât de misaine, elle y a tiré 17 coups de canon pour saluer les forts, qui lui ont rendu cette salve ; que le 20, également vers midi, elle a hissé le pavillon espagnol au grand mât, et qu'elle a fait une nouvelle salve de 21 coups de canon.
Nous ignorons la cause de toutes ces démonstrations et de tous ces saints, et nous ne prétendons pas la rechercher. Ma: ce que nous comprenons bien moins encore, c'est que le bâti ment armé d'une puissance neutre se présente devant un port l'entrée duquel se trouvent les forces navales de Sa Majesté, commandées par un amiral avec lequel il refuse de communiquer. Une simple communication avec l'amiral français (démarche
i. Congre* de Vérone.
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qui est d'accord avec tous les usages de la marioe) aurait appris au capitaine de cette frégate, s'il l'ignorait, l'objet de la pré7 sence de ces forces, et qu'il ne pouvait entrer dans le port de Cadix sans violer la neutralité que l'Angleterre a déclaré vouloir garder strictement. II aurait su que nos forces navales étaient là pour former le blocus de Cadix, et qu'en le forçant, il s'exposait k nous obliger de repousser la force par la force.
Nous ne doutons pas que le gouvernement anglais ne fasse faire une enquête sur la conduite du capitaine de sa frégate. De son côté, le gouvernement du Roi a donné au contre-amiral Haraelin l'ordre de rendre compte de sa propre conduite dans cette circonstance. Nous espérons aussi qu'en se faisant informer des motifs de la conduite du capitaine anglais, le gouvernement britannique donnera des ordres pour qu'à l'avenir un fait semblable ne puisse se renouveler.
Je vous prie de vouloir bien donner à M. Canning lecture de cette dépêche
1. Minute aux AfTaires Étraa^res, Angleterre 617, t° 5S. On trouve au folio 54, une note autographe de Chal{!aubriand,qui me semble la première esquisse de cette dépêche. La roici :
« Prince. Une lettre du contre-amiral llamelin à bord du vaisseau La Sologne en date du 20 de ce mois dans la baie de Cadix porte qu'une frégate anglaise est entrée le 18 dans le port de Cadix sans avoir consenti à communiquer avec l'arairal français, ainsi qu'elle a violé un blocus effectif, notoirement connu en Europe et attesté par la présence même de l'escadre du Roi dans la baie de Cadix.
Le contrc-nmii-al Hamelin a reçu l'ordre le plus [sévère]' de rcndi'c compte do sa propre conduite et de justifier auprès de son [gouver]'.'
'Lecture incertaine.
'Leclurf. incerlaine : le mot serait interrompu par la fin du feuillel.la suite uianquo.
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mS 3t juillet 1823.
An prince de Polignac.
Paris, ce 31 juillet 1823.
Vous verrez par ma lettre officielle, noble Prince, où nous en sommes avec l'Angleterre. Vous sentez ce qu'une frégate anglaise quî viole un blocus, qui tire le canon pour saluer les Cortès, qui arbore )e pavillon Espagnol, etc., doit avoir de puissance pour monter ta tête des deacamisados et prolonger la résistance. On vous répondra à tout cela, que le blocus n'était pas dénoncé; et ils savent très bien que ce qui est un usage n'est pas une loi, et qu'ils abusent de la générosité du gouvernement français. Cependant plaignez-vous et tAcbez que les bourrades et les insultes aient un terme.
En Espagne, le départ de Mgr le Duc d'Angoulême pour Cadix répond à l'accusation de notre marcbe rétrograde sur TËbre. C'est une très bonne mesure sous tous les rapports : la politique sera plus simple à Madrid, et la guerre plus franche au Port Sainte- Marie.
Voyez, je vous prie, Monsieur Séguier, et tâchez de vous faire rendre toutes les prises françaises conduites de la Corogne dans les ports de l'Angleterre : c'est une affaire majeure pour notre commerce. Je vous en ai écrit par le dernier courrier. Ci-joint une lettre de notre consul à la Corogne à M. Séguier sur cette affaire.
Nous ne savons rien de la Corogne, mais nous ne doutons point qu'elle ne soit bientôt entre nos mains, quand notre croisière sera arrivée devant cette place. Notre marine est notre véritable plaie : si elle avait fait son devoir, notre affaire d'Espagne serait peut-être finie aujourd'hui. Mille choses & M. de Marcellus, et à vous, noble Prince.
Cbateaubriand.
Vous lirez & M . Cannîng ou vous lui ferez lire par Marcellus la lettre officielle. '
W9 [Juillet 1823.]
A ta dachesse de Duras.
Luudi.
Je ne parlerai que demain. Je n'ai pas le temps de répondre. Je suivrai vos conseils. -
13S0 [Juillet ou août 1823.]
A la duchesse de Duras.
Je ne verrai pas le Roi ce matin, mais je verrai la Reine, c'est-à-dire vous. ^
Au marquis de Talani.
Paris, ce 2 août 1823.
J'ai reçu votre lettre du 27 juillet et le bulletin n° 25 que nous avions depuis deux jours. Je connaissais aussi la lettre de Borde-
1 . Publié incomplètemeat par CbateaubriaDd dans le Congréi de Vérone. Vérifié par nous sur l'origioal autographe appartenant à la famille de Pollgaac. Le post-scripturo, les deux dernières phrases avant la signature, et la dernière phrase de l'ara nt-dernier paragraphe manquent dans le Congre» de Vérone.
2. Pallbès La dacheue de Dura», p. 243. — Collationaé sur l'original autographe.
3. Pailbès La duchetie de Durai, p. 243. — Collationné sur l'original autographe.
soulle. Vous avez raison, les phrases ne se suivent guère et se contredisent; il rejette sur la frégate anglaise la mauvaise issue de négociations mal commencées et mal conduites, auxquelles il n'a pas voulu adjoindre des gens habiles. Il n'y a plus qu'on seul parti à suivre : c'est de prendre Cadix de vive force. Le maréchal de Bellune, qui l'a bloqué deux ans de suite, assure qu'on peut te prendre en s'cmparant du Trocadéro et faisant une descente sur la pointe en face, dans l'île de Léon , à demi-portée de bombe de Cadix. Il en coûtera du monde, mais il s'agit dans cette affaire de la restauration complète des Bourbons, ou de leur chute fînale. U n'y a pas & balancer, nous allons prêcher dans ce sens.
Toutes les lettres qui arrivent de Madrid et dans toutes les opinions s'accordent à dire que le décret contre la Régence produit l'etTet le plus désastreux. Cette Régence peut être bien bonne; mais elle est bien bête. Qu'avait-elle besoin de parler de dîmes, des biens nationaux, des moines, des impôts, des milices? Pourquoi remuer tant de questions, qu'il fallait avec prudence remettre au retour du roi, et s'occuper tout simplement de la création d'une armée? Il faut, mon cher ami, que vous tâchiez de prendre plus d'autorité sur elle, surtout pendant l'absence du prince : que vous obteniez, s'il est possible, la communication de ses arrêtés avant qu'elle ne les rende ; insistez sur le rappel de celui contre les milices. Je vous écris aujourd'hui une lettre officielle à ce sujet, afin que vous puissiez la montrer à M. Saez, si vous le jugez à propos. Je vous laisse libre d'en faire ou non usage.
Ayez bien soin de me mander l'effet qu'aura produit sur l'esprit de Madrid le départ de M^ le duc d'Angoulême ; quel parti prend le dessus dans la capitale ; mettez tout en usage pour que la Régence, qui se sentira plus libre, ne commette pas d'acte violent. Il y aurait de l'adresse à elle à se montrer modérée précisément après le départ de ceux qui l'accusaient d'exagération. Tout à vous,
CHATEAUBRIAItr. ' 1 , Congrès de Vérone.
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I^SS 3 août 1823.
Au marquis de Caraman.
Paris, ce 3 août 1823.
Depuis ma dernière lettre du 26 juillet, il n'est rien arrivé, monsieur le marquis, d'important dans les opérations militaires et dans la politique, que le départ de M»* le duc d'Angouléme pour l'Andalousie. Il y avait quelques inconvénients à ce départ, niais les avantages en étaient si grands d'un autre côté, que je n'ai pas hésité à insister fortement sur cette mesure. Ces avantages sont de plusieurs sortes :
i° M*' le duc d'AngouIême, en contact avec la Régence, et étourdi à Madrid de toutes les intrigues et de tous les cris des divers partis, commençait à prendre de l'humeur. Cette humeur augmentait les divisions et créait deux centres d'autorité : la Régence et le Prince. II était essentiel de tirer celui-ci d'une position qui lui devenait insupportable et qui pouvait même altérer sa santé. II fallait le replacer au milieu de ses camps, où il est si bien, où ses vertus, composées de modération et de courage, entretiennent à la fois la discipline et l'ardeur de nos troupes : enfin il fallait veiller aux jours de ce noble prince, bien plus en sûreté sous la tente que dans une ville sans police, où les révolutionnaires de toute l'Europe ont des intelligences et machinent toutes sortes de complots, témoin l'incendie de l'église des Clercs mineurs du Saint-Esprit.
2* La présence de Monseigneur à l'armée fera cesser des rivalités militaires si communes parmi nos généraux.
3° Cadix tombé entraînant la chute de la révolution espagnole, il faut faire un dernier effort pour l'emporter ; et si quelque chose peut amener cette heureuse catastrophe, c'est sans doute la présence du prince devant Cadix.
Voilà, monsieur le marquis, les principaux motifs du départ du prince. Ils sont susceptibles de longs développements, dans
lesquels je ne pais entrer, et qui se présenteront à votre esprit. Cette mesure est un coup de parti, et j'espère que nous en sentirons bientôt les heureux résultats.
Au reste, je vous ai toujours dit que je ne répon<jais pas du jour de la délivrance du roi. Je n'en sais rien encore. Mille choses peuvent la retarder, et surtout les efforts des Anglais, qui nous font une véritable guerre, ils violent nos blocus, font passer des armes, des vivres et de l'argent aux révolutionnaires, envoient des aventuriers pour se mettre à la tête des soldats des Cortès et pour relever leur courage. Quoi qu'il en soit de cette conduite et de cette neutralité peu loyale, nous en viendrons h bout. Si nous n'achevons pas cette guerre dans quatre ou cinq mois, nous l'achèverons dans six, dans sept, dans un an. Jamais nous ne reculerons, du moins tant que je serai ministre. Il s'agit ici du sort de l'Europe. Si la révolution triomphait en Espagne, tout serait perdu. Il faut ici victoire, victoire complète, ou périr sous ses ruines : cela est clair, et par conséquent mon parti est bien pris.
Notre projet, si Cadix n'est pas emporté avant la saison des vents qui empêchent de tenir la mer, est de faire cet automne le çiège de toutes les places en deçà de l'Ëbre; ces places tombées nous laisseront 40,000 hommes disponibles, auxquels nous ajouterons la levée de 36,000 hommes, et avec ces nouvelles forces nous irons appuyer les forces laissées cet hiver devant Cadix, dont nous formerons le siège, et que nous emporterons, quelque sacrifice d'hommes qu'il nous en puisse coûter. Je vous mande là nos arrièie-plans ; car nous comptons attaquer Cadix du 20 nu 25 de ce mois, et nous avons de grandes espérances de succès. Mais il faut, quand on est à la tête des affaires, calculer toujours les événements dans le sens le moins favorable, afin de n'être pas pris au dépourvu.
Recevez, etc., etc.
Chateliubriand. '
i. Congrès île Vérone.
Corretpondance de ChAteanbriand. T. IV. 33
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An comte de La Ferronays. '
Paris, ce 3 août 1823.
Depuis ma dernière lettre du 26 juillet, il n'est rien arrivé, Monsieur le Comte, d'important dans les opérations militaires et dans la politique, que le départ de Mf le duc d'Angoulème pour l'Andalousie. Il y avait quelque inconvénient à ce départ, mais les avantages en étaient si grands d'un côté, que je n'ai pas hésité à insister fortement sur cette mesure. Les avantages sont de plusieurs sortes:
1" M»' le Duc d'Angoulème, en contact avec la Régence et étourdi à Madrid de toutes les intrigues et de tous les cris des divers partis, commençait à prendre de l'humeur. Cette humeur augmentait les divisions entre les deux centres d'autorité, la Régence et le Prince. 11 était essentiel de tirer celui-ci d'une position qui lui devenait insupportable et qui pouvait altérer même sa sauté, il fallait le replacer au milieu de ses camps où il était si bien, où ses vertus composées de modération et de courage entretenaient à la fois la discipline et l'ardeur de nos troupes. Enfin il fallait veiller aux jours de ce noble Prince bien plus en sûreté sous la tente que dans une ville sans police où les révolutionnaires de toute l'Europe ont des intelligences et machinent toute sorte de complots, témoin l'incendie du couvent des Élèves Mineurs.
2" La présence de Monseigneur à l'armée fera cesser les rivalités militaires si communes parmi nos généraux. Molitor pourra parler à BordesouUe sans que celui-ci craigne de tomber sous le commandement du premier. Cadix tombée entraînant la chute de la Révolution espagnole, il faut faire un effort pour l'emporter et si quelque chose peut amener cette bien venue
catastrophe, c'est sans doute la présence du Prince devant Cadix.
Voilà, Monsieur le Comte, les principaux motifs du départ du Prince. Ils sont susceptibles de longs développements dans lesquels je ne puis entrer et qui se présenteront à votre esprit. Cette mesure est un coup porté, et j'espère que nous en sentirons bientôt les heureux résultats.
Au reste je vous ai toujours dit que je ne répondais pas du jour de la délivrance du Roi. Je n'en sais rien encore. Mille choses peuvent la retarder et surtout les efforts des Anglais qui nous font une véritable guerre. Ils isolent nos blocus, font passer des armes, des vivres etde l'argent aux révolutionnaires, envoient des aventuriers pour les mettre à la tète des soldats des Cortès et pour relever leur courage. Quoi qu'il en soit de cette conduite et de cette neutralité peu loyale, nous en viendrons à bout. Si nous n'achevons pas cette guerre dans quatre ou cinq mois, nous l'achèverons dans six, dans sept, dans im an. Jamais nous ne reculerons, du moins tandis que je serai ministre. Il s'agit ici du sort de la France, du sort de l'Europe. Si la Révolution triomphait en Espagne, tout serait perdu. Il faut ici victoire, victoire complète, ou périrsous des ruines. Cela est clair, et par conséquent mon parti est bien pris. J'ai toujours calculé dans le commencement des hostilités qu'on pouvait en finir dans quelques mois, mais aussi qu'elles pouvaient entrafner deux campagnes ; qu'est-ce qu'un an s'il le faut pour finir une révolution de trente années ? Nous sortons d'une guerre de 22 ans que l'on n'a pas trouvée trop longue pour les résultats qu'elle a obtenus. L'impatience française voudrait renverser tous les obstacles en un instant. J'ai fait insérer dans le Moniteur une note où j'ai retracé les vrais miracles opérés depuis quelques mois : la fin, tout me le fait espérer, sera aussi miraculeuse que le commencement !
Notre projet, si Cadix n'est pas emporté pendant la saison des vents qui empêchent de tenir la mer, est de faire cet automne les sièges de toutes les places en deçà de l'Ebre ; les places tombées, nous dégagerons 40.000 hommes auxquels nous ajouterons la
levée de 36.000 hommes ; et avec ces nouvelles forces nous irons appuyer les forces laissées cet hiver devant Cadix, nous formerons le siè^ et nous l'emporterons, quelque sacrifice d'hommes qu'il nous en puisse coûter. Je vous mande là nos aprière-ptans. Car nous comptons attaquer Cadix du 20 au 25 de ce mois et nous aurons de grandes chances de succès. Mais il faut, quand on est à la tête des affaires, calculer toujours les événements dans le sens le moins favorable, afin de ne pas être pris au dépourvu.
J'apprends à l'instant qu'un parlementaire envoyé par Bordesouile pour alTaires de vaisseaux neutres a été reçu par le peuple avec les plus vifs transports de joie, et que la ville manifestait le désir d'ouvrir ses portes et de délivrer le Roi. Puisse cette espérance se confirmer ! Mais it ne faut pas se hâter de croire cette nouvelle.
Quelque chose de plus sûr, c'est que Ballesteros est refoulé à Jaën entre deux corps français et un corps espagnol et au moment d'être détruit. '
13S4 4 août [1823].
Au comte de la Ferronays.
4 août.
H s'est répandu des bruits que vous estimerez à leur juste valeur; nous traitons, dit-on, avec lesCortès. ^Nous n'avons pas pris les armes contre les Cortès pour traiter avec elles; jamais nous ne tes reconnaîtrons désormais comme corps politique. Tout ce que les individus voudront pour nous livrer le Roi, nous raccorderons. Les paroles échangées entre les généraux d'avant postes et les meneurs, enfermés dans Cadix, n'ont jamais eu d'autre objet que de faire un sort aux généraux ou aux