Cbédieu de Robethon op. cit., p
donne con^ à M. deSan-Lorenzo. Gardez Le secret jusqu'à deux heures. ^
Au marquis de La Tour du Pin.
Paris, le 28 janvier 1823.
J'entre dans tous vos sentiments Monsieur le Marquis. L» conduite du Gouvernement Sarde à l'égard du Prince de Carignan serait incompréKensible si l'on ne connaissait les faiblesses et les passions humaines. Elle est telle que l'ambassadeur Marquis Alfieri qui souffre noblement de cette position, songe à donner sa démission, si le Roi son mattre ne change pas de volonté dans quelque temps.
Je ne sais si vous êtes bien informé sur la question deVislede Sardaigne, j'ai quelques doutes. Le Prince aurait été faible ^ mais je ne suis pas frappé autant que vous des inconvénients decette résolution. Le Roi régnant a passé trois ans k Cagliari et il en est revenu. Le mal réel serait le séjour en Toscane. Contre ce mal nous ferons tous nos elTorts, mais vous savez qu'on ne donne pas du caractère à ceux qui en manquent.
Quant à nous, le mal est fait. Le Roi est profondément blessé de la manière dont on a été à Turin pour le Prince de Carignan. En effet, il est étrange qu'on ait envoyé le prince combattre dans notre armée, qu'on lui ait permis de venir à Paris, que le Roi de France l'ait traité publiquement avec une affection toutepaternelle, comme le compagnon d'armes du duc d'Angoulême,. et qu'à la tîn de tout cela, il se trouve que ce jeune prince n'est qu'un exilé, un homme tombé dans la disgrâce de son Seigneur
i. Pailhès La duchesse de Daras, p. 236'7. — CoUalLonné sur l'originaL autographe.
lyGoogle
«t Boî. Au reste Monsieur le Marquis si nous ne pouvons pas donner un Azile au Prince de Carîgnan, nous lui conserverons son royaume. Aucune puissance n'aura le droit de lui ravir une couronne légitime, qu'elle n'ait auparavant fait raison à la France.
Mon dessein, Monsieur le Marquis n'est point de toucher à votre légation, ainsi j'ai moins de regret de ne pouvoir faire ce que vous désirez.
Offrez, je vous prie, mes respectueux hommages à Madame La Tour du Pin et agréez la nouvelle assurance de mon dévouement et de ma haute considération,
Château URIAKD.
P. S. Comme je finissais cette lettre, j'apprends de meilleures nouvelles. Le Prince a assuré qu'il n'avait point demandé à aller en Sardaigne, qu'il irait à Turin et qu'après avoir été chercher sa femme il reviendrait dans cette dernière ville. La seule chose à craindre si cela est vrai, c'est qu'arrivé en Toscane, il ne reçoive un ordre pour y prolonger son séjour; il faudrait qu'il fît dès à présent revenir la princesse à Turin et qu'il l'y trouvât. Il est prévenu de vos bonnes dispositions pour lui. Conseillez-le fortement mais cependant avec calme et prudence. Nos affaires vont aussi mieux en Espagne. Tout s'arrangera. Mes lettres officielles vous disent tout ce qu'il faut vous dire relativement au g[ouvernemen]t de S. M. Sarde. '
954 28 janvier 1823.
Aa comte de Caux. ^
Monsieur le Comte, J'ai l'honneur de vous adresser le discours que le Roi vient de prononcer, en ouvrant la session des Chambres, la copie de la
1. Toute la lettre est de la main de Chateaubriand. — Archives du marquis de U Tour du Pin.