Poiio di Borgo, embassaduur de Russie en Fronce
simple spectatrice sans le moindre inconvénient. Mais il y a du danger à ce quelle affecte de désapprouver ce que nous faisons, parce qu'elle accrédite ainsi l'opinion mise en avant par les libéraux, que la désunion règne parmi les puissances qui se sont alliées pour combattre leurs doctrines et leurs efforts. Il serait donc à désirer que l'Empereur fit donner sur ce point, et le plutôt possible, quelques avertissements sérieux au Cabinet de Prusse ; et je vous prie. Monsieur le Comte, de faire ce qui dépendra de vous pour l'y déterminer.
Vous savez qu'on avait annoncé la conclusion d'un traité d'alliance entre le Portugal et l'Espagne. Ce fait ne s'est pas confirmé, mais je viens de recevoir, du Chai^ d'Affaires portugais qui est ici, une note par laquelle il proteste contre le principe énoncé dans le Discours du Roi sur les institutions espagnoles. 11 annonce que, si nous entrons en Espagne, il a l'ordre de demander ses passeports. Je vous envoie copie de sa Note, Je lui ai répondu que nous n'avions aucune disposition bostile à l'égard du Portugal; qu'il était bien le maître de nous déclarer la guerre à l'occasion d'une pure théorie politique ; que nous ne prendrions jamais avec lui qu'une attitude défensive ; que la déclaration de la Cour de Lisbonne ne pouvait avoir aucune influence sur la détermination du Roi quant à l'Espagne ; que, fort de la pureté de ses intentions et de sa confiance dans la valeur de ses troupes, il envisageait sans crainte les conséquences d'une guerre, si elle doit avoir lieu. Vous aurez soin de porter ce détail à la connaissance de l'Empereur. Il a de l'importance, parce que nous ne pouvons pas juger encore comment l'Angleterre entendra son alliance avec le Portugal, et si elle tiendra & la résolution qu'elle annonçait, il j a six semaines, de ne point intervenir en sa faveur, s'il s'engageait de lui-même dans une guerre, par son union avec les Espagnols.
Il est toujours assez difficile de prévoir quelle sera, sur l'ensemble de tout ceci, la conduite de l'Angleterre. M, Canning paraît perdre de son influence, et lord Liverpool adoucit beaucoup
son langage; il est évident qu'il y a une lutte établie entre ces deux ministres. Lord Liverpool tient aux principes de lord Londonderry, et M. Canning veut se rendre populaire en tes réprouvant. Ce dernier est très ardent; et, pour triompher de ses antagonistes, il peut s'appuyer du parti qui pousse à la guerre, sans calculer qu'elle a aujourd'hui pour l'Angleterre des dangers graves. C'est une chance qu'il faut admettre. Il convient donc que vous vous attachiez àla faire prévoir à l'Empereur, et que, smvant vos Instructions, vous cherchiez à savoir si, dans le cas où l'Angleterre prendrait ouvertement le parti des Cortès et nous ferait la guerre, il serait disposé à la lui déclarer. Vous sentez de quelle importance il est pour nous, d'avoir une donnée certaine sur ce point.
Nous avons trouvé que les Ministres de Russie et d'Autriche à Londres défendaient bien mollement contre M. Canning les intérêts et les principes de l'Alliance. Je vous ai prié de vous plaindre de la tiédeur de M. de Liewen. Il paraît qu'ils reprennent quelque force. Le prince Esterhazy ayant été gravement insulté dans les rues de Londres, s'est plaint à M. Canning et en a reçu une réponse assez peu satisfaisante. 11 s'est montré très mécontent ; et cette petite affaire n'est pas sans importance.
Je vous envoie des journaux. Vous y verrez qu'il y a eu, le 26, une séance très orageuse à la Chambre des Députés. Un discours de M. Manuel a justement excité l'indignation de presque toute l'assemblée. Le lendemain on a proposé son exclusion. Cette proposition sera discutée après demain. Il est probable que la mesure à laquelle on s'arrêtera sera de lui interdire l'entrée de la Chambre pendant la session. Ce parti est le plus sage, parce qu'on n'attaque ni son élection, ni son mandat: on punit simplement l'homme qui a manqué au respect qu'il doit à la Chambre. '
I, Minute BUS Affaires Etrangères, Russie. 164.
im4 1" mars 1823.
Au comte de La Ferronnays.
Paria, 1" mars 1823.
Je profite, mon cher Comte, d'un courrier de l'Ambassadeur de Russie pour vous écrire. Ci-jointe vous trouverez une lettre de moi pour l'empereur, que je vous prie de lui remettre vousmême. Voici où en sont les choses chez nous. Manuel a voulu répondre à mou discours : il s'est emporté dans des doctrines qui ont soulevé la Chambre. Une proposition de La Bourdonnaje a été déposée sur le bureau tendant à dégrader Manuel de son titre de député. Manuel s'est expliqué et vraisemblablement l'arrêt qui sera prononcé aujourd'hui ou lundi l'exclura seulement de la Chambre pour la durée de la session. Les nouvelles d'Espagne sont fort importantes. Les ministres à la suite d'une altercation dans le conseil avaient donné leur démission le 20 au matin. Grand bruit aux Cortès, Je peup/« demande une régence, le Roi recule et le soir reprend ses ministres. Mais on croît qu'ils ne garderont leur place que jusqu'à l'ouverture des Cortès ordinaires, c'eat'à-dire jusqu'au jour même où je vous écris l"mars. Le g[ouvernement]t est en dissolution et tout nous fait espérer la fin. Nos troupes entreront du 20 de ce mois au l" avnl. L'armée est superbe et jamais il n'y a eu une telle ardeur parmi nos soldats. Écrivez, mon cher Comte, par toutes les occasions et dans les choses importantes n'épargnez pas les courriers. Je suis à vous de tout mon cœur.
Chateacbriand.
N'oubliez pas que je vous prie d'insister auprès de l'empereur pour qu'il nous permette d'avoir \m résident à Varsovie auprès de son auguste frère. L'intention du Roi, si cette résidence était accordée, serait d'j placer M' Paul Bourgoing sur le refus de M. d'Hedouville. '