‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 75 sur 195 · D'après l'original. — Communication de M. delà Ferronays · texte numérisé non relu

D'après l'original. — Communication de M. delà Ferronays

Corretpondance de ChAttiabritnd. T. IV. •

Au comte de Caux.

par courrier de l'ambassade russe.

A chiffrer.

Paris, 1" mars 1823.

Monsieur le Comte,

J'ai reçu vos dépêches jusqu'au N°13 inclusivement, et je vous remercie des informations qu'elles contiennent.

Je vous avoue que nous sommes un peu étonnés du lang^age que voua a tenu M. Ancillon sur les affaires d'Espagne. Il paraît que ce n'est pas seulement à vous qu'il conûe ses observations sur notre conduite et ses distinctions sur les casus fœderis. Il nous revient de tous côtés que le cabinet prussien nous blâme hautement, qu'il trouve que nous nous jetons inconsidérément dans la guerre, et qu'il est surpris que nous n'ayons pas soumis à l'approbation de nos alliés le discours du Roi, qu'il regarde comme très imprudent.

Vous jugez, Monsieur le Comte, combien ces réflexions doivent nous paraître étranges, quand nous nous rappelons la chaleur avec laquelle la Prusse s'exprimait à Vérone et la véhémence qu'elle a mise dans sa Note au ministère espagnol. Certes, il se peut qu'elle désire beaucoup le maintien de la paix ; mais alors pourquoi n'a-t-elle pas parlé dans ce sens à Vérone ? ' 11 est très probable qu'elle est agitée de la crainte de se voir compromise par la suite des événements, si la guerre éclate." Mais elle cède à des appréhensions chimériques. Nous n'avons pas besoin d'elle

1. Les treize derniers mots sont de la ma placent les mots suivants, barrés par lui ; d'avoir rien fait pour l'assurer. »

2. Chateaubriand supprime ici la fin de la phrase suivante ; u, et que les intérêts de l'Alliance Européenne, qui nous font une loi de repousser la révolution, la touchent moins que ceux qui lui sont propres. »

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pour faire la guerre, et elle peut en demeurer simple spectatrice, sans inconvénient. Si la guerre a lieu, nous espérons que la durée en sera assez restreinte pour qu'elle ne donne pas lieu à des complications qui pourraient menacer les intérêts de personne ; mais où il y a un danger réel, c'est à ce qu'il puisse s'élever des doutes sur la conformité de principes et de vues qui unissent les grandes puissances continentales. Le cabinet prussien doit sentir qu'il les fait naître, ces doutes, en affectant de désapprouver ce que nous faisons. Il accrédite ainsi une opinion que les libéraux de tous les pays sauraient exploiter à leur prolit. Je vous prie, Monsieur le Comte, d'insister fortement sur cette considération en faisant connaître franchement à M. de BerustorlF l'impression que nous cause le langage que son gouvernement tient aujourd'hui.

Je dois vous dire, pour votre information seule, que j'écris par ce courrier à M. le C^ de La Ferronays pour le charger de faire en sorte que l'empereur Alexandre fasse passer au cabinet prussien quelques avis sérieux sur ce point. '

Je ne puis au surplus qu'approuver la manière dont vous avez répondu aux observations de M, Ancillon.

Vous savez qu'on avait annoncé la conclusion d'un traité d'alliance entre le Portugal et l'Espagne. Ce fait ne s'est pas conlirmé ; mais je viens de recevoir du chargé d'affaires portugais qui est ici, une Note par laquelle il proteste contre le principe énoncé dans le discours du Roi sur les institutions espagnoles. 11 annonce que, si nous entrons en Espagne, il a l'ordre de demander ses passeports . Je lui ai répondu que nous n'avions aucune disposition hostile à l'égard du Portugal ; qu'il était bien le maître de nous déclarer la guerre à l'occasion d'une pure théorie politique ; que nous ne prendrions jamais avec lui qu'une attitude défensive ; que la déclaration de la Cour de Lisbonne ne pouvait avoir aucune influence sur les déterminations du Roi,

1. « ce point » est de la main de Chateaubriand et remplace h cette conduite 'ibarré par lui.

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quant à l'Espagne ; que, fort de la pureté de ses intentions, de sa confiance dans la valeur de ses troupes, il envisageait sanscrainte les conséquences d'une guerre, si elle doit avoir lieu.. Vous pourrez porter ce détail à la connaissance du ministèreprussien. Elle (sic) a de l'importance, parce que nous ne pouvon» pas juger encore comment l'Angleterre entendra son alliance avec le Portugal, et si elle tiendra à la résolution qu'elle annonçait, il y a six moi», de ne point intervenir en sa faveur, s'il s'engageait de lui-même dans une guerre par suite de son union avec les Espagnols.

Il est toujours assez diflicile de prévoir quelle sera, sur l'ensemble de tout ceci, la conduite de l'Angleterre. M. Cannîngparaît perdre de son influence, et lord Liverpool adoucit beaucoup son langage. Il est évident qu'il y a une lutte établie entreces deux ministres. Lord Liverpool tient aux principes du marquis de Londonderrj, et M. Canning veut se rendre populaire ea les réprouvant. Ce dernier est très ardent, et, pour triompher deses antagonistes, il peut s'appuyer du parti qui pousse à la guerre^ sans calculer qu'elle a aujourd'hui pour son pays des dangers graves. On ne sait si cette incertitude se prolongera, mais lesbons esprits en Angleterre désirent que nous nous hâtions d'entrer en Espagne, parce qu'ils jugent que les succès que nous pouvons espérer décideront complètement la Cour de Londres ik Ift neutralité.

Des nouvelles de Madrid du 14 avaient annoncé l'intention où étaient les Cortès d'emmener le Koî à Séville ou à Cadix. Des lettres du 21 portent que, dans la journée du 20, le Roi a renvoyé M. de San-Miguel et ses collègues, et qu'ensuite le portefeuille leur a été rendu. D'après des rapports d'une date plusrécente, il y a lieu de croire que les ministres auront délînitivement reçu leur démission avant l'ouverture des Cortès ordinairesqui doit avoir lieu aujourd'hui. Du reste, la plus grande confusion régnait b Madrid : la Municipalité avait cru devoir faire une proclamation pour calmer les esprits.

Il y a eu, le 26, une séance très orageuse à la Chambre des Députés. Un discours de. M. Manuel a justement excité l'indignation de presque toute l'aRsemblée. Le lendemain on a proposé son exclusion. Cette proposition sera discutée après demain. Il .est probable que la mesure à laquelle on s'arrêtera sera de lui interdire l'entrée de la Chambre pendant la session. Ce parti est le plus sage, parce qu'on n'attaque ni son élection ni son mandat ; on punît seulement l'homme qui a manqué au respect qu'il <loit à la Chambre.

On annonce que M. le comte de BemstortT a adressé, de "Vienne, aux agents diplomatiques prussiens une dépêche relative à la circulaire de Wurtemberg. Je serais bien aise que vous me la fissiez passer, s'il vous était possible de vous la procurer.

Agréez, etc. <

lO^H 3 [mars 1823].

A la duchesse de Doras.

Mardi matin 3.

Ne m'attendez pas, chère sœur : il me sera impossible de vous voir aujourd'hui. J'ai des travaux par-dessus la tête. A demain. Il n'y a rien de nouveau ce matin. ^

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