Minute aux Aiïiiires Ëlrangères, Aulriclie, 404, f° 7S
10S8 3 mars 1823.
An vicomte de Harcellns.
Paris, 3 mars 1823.
Dites à M. B. ' que j'ai reçu sa lettre et que j'ai fait passer ufFraochie celle qu'il m'envoyait pour lui.
Vos dépêches sont très bonnes. Continuez ainsi. Laissez mon honorable ami Canning se fâcher tant qu'il lui plaira. 11 s'est fourvoyé. Il a rêvé la guerre, et il ne peut la faire : voilà la raison secrète de son humeur. Vous pouvez être certain qu'il se fAchera à propos de tout : mon discours, qui devrait le satisfaire, puisque je dis que nous écarterons toute proposition de paix, ne le satisfera pas. Il y trouvera quelque raison nouvelle d'aigreur et d'irritation.
Je suis désolé que l'affaire de Manuel soit venue couper la discussion ; j'aurais répliqué et repoussé les faibles raisons qu'on m'a opposées, et particulièrement sur la date de la déclaration anglaise ; comme si c'était la dale dont il [est] question pour moi ; et non pas du principe d'intervention clairement développé dans cette déclaration!
Dites à M. Canning que je parlerai en réplique demain et qu'il y aura un long morceau sur l'Angleterre, tout en éloge de sa personne, et particulièrement de lord Liverpool.
Faites-moi autant que vous pourrez défendre dans les journaux. Servez-vous beaucoup de M, B..., mais ne vous livrez pas et ne lui dites que les choses utiles. L'elFet de mon discours ici passe toute croyance, même parmi les libéraux.
Les affaires à Madrid vont bien pour nous. Nous ne savouH rien de plus que ce que vous verrez dans les débats. Ce pays est en dissolution. Comment l'Angleterre prendrait-elle ce moment pour rompre la neutralité ? Il n'y aura peut-être plus de Cortès en huit jours. Ce procédé de l'exportation des armes n'est pas un procédé ami. Dites à M. Canning que j'aurais mieux aimé
i. Byerley.
qu'il eût défendu cette exportation pour les côtes de France : c'eût été un moyen de garder la neulratîlé. Dites-lui encore pour les deux lettres que d'abord il n'est pas bien que l'Angleterre les ait Tait imprimer; que secondement elles sont, surtout la dernière, altérées dans le texte. Qu'enQn elles ne sont arrivées à Madrid que le 25 de janvier et que Lord Fitzroy était alors à Madrid. D'ailleurs qu'y a-t-il donc de si ofFensant de dire que dans une mission quelconque un négociateur n'a pas réussi ? C'est vouloir trouver une raison pour avoir une querelle.
Je m'attends à des attaques dans le Parlement comme dans les journaux anglais ; mais si cela m' arrive, je me défendrai dans les Chambres, et nous verrons qui gagnera au marché. N'oubliez pas de me mander l'efTet du discours... Je joins ici une lettre pour Stoddart, il nous a servi cette fois à merveille, et je voudrais pouvoir l'obliger.
Voici une affaire du Portugal que vous mettrez à l'instant sous les yeux de M. Canning avec les pièces; vous verrez l'insolence de ce petit royaume révolutionnaire qui veut à toute force qu'on s'occupe de lui. M. Canning doit être content de notre réponse. Manuel vraisemblablement sera exclu de la Chambre pour une ou deux sessions.
Dites mille choses à nos collègues continentaux. Je suis plus content de Berlin et de Vienne que je ne l'étais.
Quoi qu'en dise M. Canning, Villèle et moi marchons ensemble.
Tout à vous.
Chat. '
1. D'après l'original. — Communication de M, de Montbron, — M. de Marcellus fait avec cette lettre la lettre que voici [Politique de la BettaaralioR, p. 153-4} :
» Paris, S mars 1823.
u Je vous ai écrit quelques lignes hier. Le procédé de l'exportation des armes n'est pas ud procédé ami. Dites à M. Canning que j'aurais mieux aimé qu'il eût défendu cette exportation pour les côtes de France ; c'eût été un autre moyen de garder la neutralité.
II Bon courage ! vous en avez besoin dans ces ouragans de haine britannique, dans ces violences de la rue, et dans ces emportements de H. Canning. Chateaubriand. »
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i099 [6 mars 1823].
A la duchesse de Duras.
Vendredi matin.
J'irai me promener aujourd'hui pour chasser l'apoplexie. Ainsi je ne vous verrai que demain. S'il arrive une bonne nouvelle, je vous la manderai. <
An vicomte de Harcellns.
Paris, le 6 mars 1823.
J'ai reçu votre lettre du 3 et votre dépêche du 2. Je vous remercie. Votre idée est très bonne ; faites traduire. Je ne sais si le discours réussit à présent en Angleterre, mais son effet a été immense ici. Il a précipité Manuel et son parti dans cette scène dont tout le monde rit ici. Le gouvernement en est devenu autrefois plus fort. M. Canning ne se montre pas très ami ; c'est tout simple. Il m'en veut de n'avoir pas cédé à des menaces et de n'avoir pas précipité ta France aux pieds de l'Angleterre. 11 ne peut pas faire la guerre ; il n'en a aucune raison plausible : il le sent ; il est piqué de s'être avancé. Mais guerre ou non, la France fera ce qu'elle doit faire, ou je ne serai plus ministre. Tout au reste va très bien. Les troubles survenus en Espagne nous annoncent une destruction prochaine de ce misérable gouvernement. Nous aurons la paix et une armée, et j'espère que la France me devra ce double bienfait.
M. Brougham reconnaîtra que je suis bon à quelque chose et que je sais faire l'histoire comme le roman. Vous auriez dû faire pourtant répondre un mot dans le Radical. Je parlerai de lui W la
1. Pailliès La Uucheite de Durât, p. 238. — Collalionué pnr nous sur l'origiual autograplie.
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Chambre des Pairs, mais avec les convenaaces et le bon ton de la bonne compagnie dont on Français ne s'écarte point. Amusezvous ; donnez des fêtes et répondez ferme à M. Canning. Diteslui que je vais répondre à sa dernière lettre. Tout à vous.
CltATEAUimiAND. '
A Bergasse.
7 mars 1823.
Il lui exprime combien il a été touché de ses éloges. « Mais que suis-je après tout ? Un élève de votre école, un homme qui marche de loin sur les pas du maître... Vous savez que mon admiration et ma vénération pour vous sont vraies et ne Uniront qu'avec moi... »'
1. Communication de M. de Montliron. — Avec cette lettre, Marcellus en fit deux {Politique lie la lieilauralion, p. 1D8 et 169) que voici :