‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 79 sur 195 · Catalogue C/iaraosy, 1863, n · texte numérisé non relu

Catalogue C/iaraosy, 1863, n

[A son cher compagnon d'exil.]

9 mars 1623.

Il s'excuse de n'avoir pas répondu encore à ses lettres, n J'ai l'Europe et la France sur les bras . Pourtant, grâces è Dieu, j'espère m'en tirer avec quelque honneur. L'ennemi fait des fautes et j'en profite. » 11 le remercie du rocher qu'il lui donne. C'est la seule propriété qu'il aura dans le monde v hors 7 ou 8 pieds de terre qu'il cherche à acheter dans une petite île sur la côte de Bretagne où il voudrait se faire enterrer. » *

i033 10 mars 1823.

Au prince Roffo.

Paris, le 10 mars 1823.

Prince,

L'importante communication que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 19 février a été mise, ainsi que Votre Excellence le désirait, sous les yeux du Roi.

Sa Majesté, appréciant comme elle le doit, la sollicitude que témoigne votre auguste Souverain sur la situation actuelle de l'Espagne, ne doute pas de l'empressement que mettrait S. M. le Roi des Deux-Sîciles à faire servir ses conseils et ses soins au rétablissement de l'ordre dans ce Royaume, si les circonstances lui permettaient de contribuer à un succès si désirable.

Si ces communications avaient eu lieu à Vérone, où se trouvaient rassemblés les cabinets auxquels elles s'adressent aujourd'hui, elles auraient pu être examinées en commun et influer d'avance sur les événements.

iquée par le. vicomte Spoelberch de Lorcnjoul.

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Au point où en sont maintenant les choses, lorsque tout est arrangé avec les royalistes espagnols et que l'armée française est prête à les seconder, de nouvelles combinaisons pourraient oompromeltre le succès de l'entreprise, mais il peut venir un moment où l'intervention de S M. le Roi de Naples f>oit du plus grand secours, et la Cour des Deux-Siciles doit être bien convaincue que la prospérité des branches de sa maison sera constamment l'objet des soins comme des affections du Roi, mon maître.

Agréez, etc.

Le vicomte de Chatealbuiand. '

1034 10 mars 1823.

A Camiiiig.

Paris, 10 mars 1823.

Il y a bien longtemps, mon honorable ami, que je vous dois une réponse : mon excuse est la multitude des aiTaires dont je me suis trouvé accablé. Je ne puis reprendre les choses au point où les avilit laissées votre lettre, car elles ont fait depuis bien du chemin.

Vous voyez que nous n'avons cessé de temporiser pour laisser aux hommes sages à Madrid l'occasion de mettre, sans effusion de sang, un terme aux malheurs de leur Patrie : mais enfin il y a une fin à tout et vous sentez qu'il serait impossible de prolonger l'état où nous nous trouvons, sans les plus graves inconvénients pour nous. Si enlîn nous sommes forcés d'entrer en Espagne, soyez certains que nous n'y entrerons qu'avec les intentions les plus pacifiques et le désir sincère d'en sortir promptement et d'écouter toute proposition propre ù faire cesser les calamités de la guerre. Notre affaire avec l'Espagne, ai on ne fait rien pour la compliquer, ne remuera rien en Europe. Nous ne demandons

1. AfTaires Étrangères, Naples, 14R, f* 3< ; Espafcnc 721, C 126.

rien, nous ne voulons rien, nous ne nous plaignons de personne : car, mon honorable ami, nous aurions pu nous plaindre atnicalemeat de la permission donnée par votre gouvernement pour l'exportation des armes: en défendant l'exportation pour nos côtes, la neutralité eût été la même, et nous aurait été désavantageuse. Mais enfin si cela fait tuer quelques-uns de nos soldats de plus, ils sont accoutumés à faire bon marché de leur vie, et nous eo avons un million pour tes remplacer ; ainsi nous ne vous adressons aucune représentation.

Je pourrais aussi me plaindre de votre amitié. Cependant si elle n'a pas cru devoir me défendre contre les ignobles et calomnieuses attaques de M. Brougham , c'est qu'elle a eu des raisons particulières. Pour moi, mon honorable ami, si jamais on vous attaque à notre tribune, vous pouvez être sûr qu'aucune raison politique ne m'empêchera de dire tout le bien que je pense de vos talents et de votre caractère.

Au reste nous allons très bien ici. Notre armée est pleine d'enthousiasme et d'ardeur. Nos libéraux ont fait à la Chambre des Députés nne scène sur laquelle ils comptaient pour remuer le peuple et qui a tourné contre eux. Ils n'ont pas remué trente hommes de la plus vile populace et chacun rit d'eux: dans ce pays on est perdu dès qu'on devient ridicule. '

Continuez-nous, mon honorable ami, votre bienveillance : j'attends pour vous envoyer un ambassadeur, que la Mot ne cass& plus les vitres. Quand vos radicaux auront lini avec le Duc de- San Lorenzo et qu'il sera tombé dans l'oubli, alors peut-être obtiendrons-nous grâce.

Vous connaissez, mon honorable ami, mon entier et parfait dévouement.

A vous de tout mon cœur.

Chateaubriand.'

i. Ce paragraphe manque dans le Congri-s de Vérone.

%. Congrii de Vérone. — Collationné par nous sur une copie qui se lrouv;.> dans les papiers de MarcelluB.

mS 10 mars 1^23.

Au vicomte de Harcellus.

Paris, lu mars 1823.

Ci-joint des comptes de M. Coots, comme vous les désirez ratiiîés .

Je vous envoie copie de ta lettre que j'écris à M. Canning, afin (jue vous sachiez où j'en suis avec lui. Son humeur augmente îi mesure que ses espérances de guerre diminuent ; c'est dans l'ordre. — Nous avons les meilleures nouvelles de la Russie. L'empereur m'a écrit une lettre pleine de bonté. Il nous soutiendra de tout son pouvoir, si l'ADgleterre était assez injuste pour nous attaquer ; et vous pouvez être sûr que l'Autriche et la Prusse seraient obligées de suivre ; elles vont d'ailleurs très bien à pré sent, mais, grâce à Dieu, nous n'en sommes pas là, et l'Angleterre restera neutre.

M. le Duc d'AngouIême part samedi pour l'armée et le 1" avril nous entrerons en Espagne, si k cette époque rien n'est survenu à Madrid.

Vous aurez vu toute la farce de nos libéraux. Ils en sont bien honteux ; tout le monde rit d'eux, ils n'ont pu ameuter quatre Savoyards. Ils boudent encore, mais on croit qu'ils reviendront voter le budget. La session sera finie le \ïi avril. Nous sommes en plein succès. Je parlerai jeudi ou vendredi à la chambre des pairs sur la loi des cent millions, et je dirai ce que je n'ai pu dire en réplique k la chambre des députés, parce qu'il n'y avait plus d'opposants.

Dites à M. Byerley que s'il demande oOO livres tournois pour sa brochure, je les lui donne ; et je vous prie de les avancer: mais si c'est 500 liores sterling, je ne les ai pas. Dites bien aussi que je le remercie de tout ce qu'il me dit. Mais quant à son raisonnement pour l'envoi de mon discours, pourquoi enverrai-je à M. Canning mes discours, quand certainement M. Canning ne m'enverrait pas les siens ? Il faut un peu apprendre à tout le monde

«{ue nous prétendons à la parfaite égalité. D'ailleurs un discours prononcé le soir, est le lendemain dans le Moniteur ; et le Moniteur arriverait à Londres aussi tôt que le courrier qui porterait le manuscrit d*un discours dont la moitié est improvisée et par conséquent non écrite. Rassurez le Comte Lieven. L'empereur de Russie sera charmé ; et soyez sûr que Je n'ai rien dit que par son ordre.

Tout à vous. Chateaubriand.

On attend à cliaque instant des nouvelles d'Espagne. Il court mille bruits, et c'est dans un pareil état de choses que l'Ângleterre s'allierait à l'Espagne?'

iOS6 [12 mars 1S23.]

A la duchesse de Duras.

Mercredi, i heures.

Mes signatures ne unissent point. Le temps me manque ; je

1, D'après l'origioal autographe. — Communicatioa de M. de Montbron. — Uarcellus [Politique de U Heilauralion, p. 161-3) donne le texte sui-

n Paris, 10 mars 1823.

c< Je vous envoie copie de la lettre que j'écris directement à M. Canning, afin que vous sachiez où j'en suis avec lui. Son humeur augmente h mesure que ses espérances de négociation, de médiation ou d'action diminuent ; c'estdans l'ordre. Nous avons les meilleures nouvelles de Russie. L'empereur m'a écrit une lettre pleine de bonté. U nous soutiendra de tout son pouvoir, si l'Angleterre était assez aveugle pour nous attaquer ; et vous pouvez être sûr que l'Autriche et la Prusse suivraient : maïs gràcesà Dieu, nous n'en sommes pas là, et l'Angleterre restera neutre.

<( Vous aurez vu toute la farce de nos libéraux ! Ils en sont bien honteux ; ils n'ont pas pu, à propos de Manuel, ameuter quatre Savoyards. Ils boudent encore, mais on croit qu'ils reviendront voter le budget. Nous sommes en plein succès. Je parlerai à la chambre des pairs sur la loi des cent millions ; et j'y dirai ce que je n'ai pu dire en réplique, à la chambre des députés, parce qu'il n'y avait plus d'opposants.

u Rassurez le comte de Lieven. Je n'ai rien dit de l'empereur de îlussie que par son ordre. C. »

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ne pourrai pas vous voir aujourd'hui. Je crains bien que l'afFaîre des tableaux ne soit manquée. A demain. *

i037 13 mars 1823.

An vicomte de HarceUns.

PaHs, 13 mars 1823.

Monsieur le Vicomte,

J'ai reçu vos dernières dépêches. Je ne puis qu'approuver tout ce que vous avez fait . L'idée de la réunion qui a eu lieu & l'Ambassade était très bonne, et d'un autre côté, vous faites très bien de conserver avec M. Canning de.i rapports de confiance et de bonne harmonie. La forme que vous avez donnée à vos observations sur les expéditions d'armes et le départ pour l'Espagne de quelques Français expulsés du Royaume, est très convenable. ^

Un courrier récemment arrivé de Vienne m'a apporté une lettre de M. le prince Ruffo qui m'annonce que le Roi de Naples. en sa qualité d'héritier du trône d'Espagne à l'extinction de la branche régnante, désire intervenir dans les affaires de cette monarchie, et concourir au succès d'une cause qu'il regarde comme la sienne. Je vous envoie copie de cette lettre ; j'y joins celle de ma réponse. Vous verrez que Sa Majesté décline cette

1. Pailhèa La dueheate de Dura», p. 339. — Collationné sur l'origiDal autographe.

â. C'est, je pense, avec ce paragraphe que le romanesque Harcellusbroda la lettre suivante {Politique de U BesUuntion, p. 467) :

«Paris, il mars 1823.

a Votre fête a fort diverLileroi, à qui j'ai lu votre lettre particulière du 8 ^ il m'a chargé de vous faire son compliment sur votre succès. Je vous félicite aussi de vous être vengé en habile homme, et j'ai bien ri pour ma part de ces insulaires que vous faites sauter pour leur fermer la bouche. Voilà un propos bien peu grave, n'est-ce pas, pour un ministre des a ffaires étrangères. Que voulez-vous ? vous m'avez mis ea train ; et je pleure si souvent que, quand le rire vient à me prendre, je le laisse aller.

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intervention ; et en effet les événements de l'Espagne se trouvent iléjà assez compliqués pour qu'on ne laisse pas survenir un incident qui les compliquerait davantage. M. Canning vous a dit, que ce qui, dans tout ceci, offusquait l'Angleterre, c'était un Bourbon de France cherchant à relever le trône d'un Bourhon d'Espagne. 11 nous approuvera peut-être d'éluder l'intervention d'un Bourbon de Naples. Ce n'est pas pour plaire à l'Angleterre que nous en agissons ainsi : cependant vous pouvez, dans une conversation confidentielle, nous en faire un mérite. Vous pourrez lui communiquer les deux pièces que je vous envoie, sans lui en laisser copie.

Nos journaux d'hier vous auront porté les dernières nouvelles que nous ayons reçues d'Espagne. Tout est bouleversé à Madrid. Le Roi n'a plus l'ombre de l'autorité. On lui arrache des résolutions, qu'on le force de rétracter immédiatement. On veut l'entrainer à Badajoz, et s'il résiste on ne peut sans frémir songer à ce qui l'attend. Lord Londonderry, dans son opinion quant aux affaires d'Espagne, plaçait (comme vous vous le rappelez) au premier rang des motifs de rupture avec ce gouvernement toute menace de violence contre la personne du Roi. C'était un noble principe : nous ne pouvons croire que le cabinet anglais le rétracte. Et que dirait l'Europe, si l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique demeurait spectateur des outrages dont on abreuve la personne royale et consentait à faire cortège lorsqu'on l'arrachera de sa capitale pour le transférer dans une autre prison ? Nous ne pouvons croire qu'une considération qui s'élève à un si haut point au-dessus de toute vue d'intérêt politique, ne frappe pas vivement les ministres anglais.

Je crois vous avoir mandé que M. le duc d'Angouléme part définitivement après-demain samedi. Il est probable que nos troupes entreront sur le territoire espagnol dans les premiers jours d'avril. Elles sont dans les meilleures dispositions ; et, si de nouvelles complications ne se présentent, nous pouvons espérer qu'un prompt succès couronnera cette expédition.

Recevez...

CorretpoitdAnce de Chatetabriand. T. IV. 10

Vous sentirez que vous ne devez faire que très discrètement, et avec beaucoup de mesure, usage des réflexions contenues dans cette dépêche. '

W38 13 mars 1823.

An vicomte de Harcellua.

Paris, le 13 mars 1823.

Je vous renvoie Monsieur Beyerley. II nous sert à merveille, mais je suis presque fâclié qu'il ait quitté Londres dans un moment où il nous était bien nécessaire. Les alTaires de Madrid rendent la partie bien meilleure pour nous et il est impossible désormais que l'Angleterre puisse jamais songer à s'allier avec un gouvernement aussi révolutionnaire que celui d'Espagne. On a fait une véritable violence au Roi, etl'ambassadeur d'Angleterre se trouve dans le cas prévu par les instructions de Lord Lundoiiderry. Aussi je suppose qu'il ne le suit à Badajoz que pour sauver la vie de ce monarque, et par un mouvement généreux d'humanité.

Je vous écrirai, Monsieur, plus longuement par le prochain courrier.

La loi des 100 millions est h la Chambre des Pairs. On la discutera demain et j'aurai occasion de dire une partie de ce que je devrai dire h la Chambre des Députés.

Tout à vous

Chateaudriand. *

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