Mois barrés : « la Révolution d'Espagne
que nous redoutons d'aulant plus ces complications, que si la question d'Espagne se riîduit aux éléments dont elle se compose aujourd'hui, nous espérons la résoudre heureusement. Nos dernières communications avec le Cabinet de Londres nous donnent l'espoir qu'il s'en tiendra à une neutralité complète. M. Peel donne de la force au parti de la paix, et M . Canning, quoique toujours assez véhément, craindrait de prendre sur lui seul la responsabilité d'une résolution violente. Nous sommes donc assez tranquilles de ce côté, et tout ce que nous demandons à nos alliés, et ce que nous demandons particulièrement à l'Empereur, c'est d'assurer cette tranquillité en confirmant l'Angleterre dans les idées de neutralité. C'est là l'appui moral que nous invoquons. Quant à des secours matériels, nous n'en avons pas le besoin, et nous espérons que la guerre sera terminée avant que nous puissions le ressentir.
Il sera bon, M. le Comte, que vous insistiez sur ce dernier point, et que vous fassiez comprendre à l'Empereur que si l'Autriche était bien convaincue que nous n'aurons point à réclamer ses secours et à l'entraîner dans la guerre, elle serait peut-être moins disposée ii paraître elTarouchée de nos dispositions et de nos démarches. Un mot que l'Empereur ferait dire sur ce point à Vienne pourrait avoir de bons effets.
Je vous ai envoyé, avec ma dernière dépêche, copie de la note que le chaîné d'alfaires de Portugal m'a adressée pour m'annoncer la demande de ses passeports, dans le cas oii nous entrerions en Espagne. Je vous envoie copie de ma réponse. Elle est mesurée et presque bienveillante, parce que nous voulons laisser au Portugal tout son tort. S'il nous déclare la guerre, ce sera de son propre mouvement et sans que nous l'ayons en rien provoqué. Dans cette hypothèse, son alliance avec l'Angleterre n'aura aucune force ; car vous savez qu'elle lui a fait annoncer qu'elle n'interviendrait point en sa faveur, s'il entrait lui-même en guerre par suite de ses liens avec l'Espagne.
Les journaux que je vous envoie contiennent nos dernières
nouvelles de Madrid. Elles sont très mauvaises. Le changement de ministère complète le bouleversement, puisque le pouvoir échoit à des hommes entièrement inexpérimentés et plus exaltés encore que leurs prédécesseurs. Il y a beaucoup de désordre à Madrid. Ou a déjà plusieurs fois prononcé dans les clameurs le mot de Régence. Ce qui est hors de doute, c'est qu'il n'y a plus rien à tirer de l'état actuel des choses dans la capitale, et qu'on ne peut, quant à présent, espérer aucune crise salutaire.
Mgr le Duc d'Angoulême part après demain j5 pour l'armée. Il est probable que nos troupes entreront sur le territoire espagnol du 1" au 5 avril. Les troupes sont superbes et animées des meilleures dispositions.
Je vous mandais dans ma dernière dépêche la prochaine expulsion de M. Manuel : elle a été prononcée par la Chambre. La scène préparée par son parti, et qui a eu lieu dans la salle des séances, a été complètement ridicule et n'a eu aucun des effets qu'il en attendait. M. Manuel, malgré -ses amis qui vantent si hautement*son courage et son noble caractère, n'a inspiré d'intérêt à personne, pas même à ceux qui siégeaient à ses côtés. Les membres de la gauche, qui ont fait mine de s'éloigner, reparaîtront bientôt, et M. Manuel sera oublié.
La loi relative au crédit extraordinaire de cent millions et celle qui rappelle les vétérans ont été adoptées à la Chambre des Députés, et passeront également £i la Chambre des Pairs.
On va procéder à l'examen de la loi des comptes. La majorité assurée au ministère garantit que la session aura de bons résultats.
Agréez, etc.
P. -S. Nous venons de recevoir des lettres de Madrid du 5, Le Hoi devait se retirer, le 11, non pas à Badajoz, mais à Séville. Les Cortès devaient l'y accompagner. Madrid était dans la plus grande confusion. On annonçait qu'un mouvement contre-révolutionnaire venait de se déclarer en Portugal. '