‹ Correspondance générale de Chateaubriand;Chapitre 86 sur 195 · Minute aui AITaires Étrsngi'rcs, Russie, 16t · texte numérisé non relu

Minute aui AITaires Étrsngi'rcs, Russie, 16t

i04S 13 mars 1823.

Au comte de La Ferronays.

Paris, ce 13 mars 1823.

Ma dëpèche vous dit à peu près tout, mais je veux Gxer votre attention sur quelques points.

Il faut vous attacher à détruire les impressions que va faire naftre M. de Metternich sur notre dessein de nous isoler. Mon discours vous servira beaucoup pour cela.

Il faut détruire d'un autre côté les intrigues de l'Angleterre qui demande que les trois puissances continentales s'interposent «ntre nous et l'Espagne. Ceci est plus facile, car la Russie peutelle nous dire : Ne faites pas la guerre ? Il faut seulement quelle ne dise pas : Faites la avec nous. Car c'est nous qui devons requérir sa bonne volonté, seulement dans le cas où l'Angleterre prendrait le parti de l'Espagne, ce qui devient moins probable de jour en jour par les excès desCortès.

Ce qu'il faut surtout obtenir, c'est que la Russie fasse entendre à l'Angleterre qu'elle est derrière nous, et qu'elle oblige l'Autriche et la Prusse à tenir le même langage. Nous fesons & l'Europe un assez grand sacrifice pour qu'elle fasse quelque chose pour nous.

Maintenant voici une autre chose : Pozzo est venu hier me tracasser. Il veut que les trois puissances continentales déclarent avec nous la guerre ii l'Espagne et que nous disions à peu près cela dans notre manifeste ou déclaration de guerre. Je lui ai représenté ce qui est évident, que si nous commettions une pareille imprudence nous aurions le lendemain la guerre avec l'Angleterre. Celle-ci ne se déclare pas : pourquoi ? parce qu'elle craint que les puissances continentales viennent à notre secours. Mais si celles-ci prenaient l'ofTensive, à l'instant même l'Angleterre, n'ayant plus rien à ménager, et poussée par l'opinion anglaise qui est violente contre la Russie, serait forcée de se jeter dans le parti de l'Espagne.

Mais voici ce qu'il faut obtenir et ce que j'ai dit à Pozzo : nous irons à Madrid sans difïïculté ; une fois à Madrid, nous convoquerons le conseil de Castille, lequel formera à son tour un gouvernement provisoire ; nous reconnaîtrons ce gouvernement et nous placerons auprès de lui un ambassadeur. Alors ilfaut que la Russie et l'Autricbe et la Prusse reconnaissent aussi le gouvernement et envoient leurs ambassadeurs également k Madrid. Il faut même que les ambassadeurs aient de l'éclat, des titres, pour frapper la nation espagnole.

Alors les alliés se trouveront naturellement prendre part à toutes les négociations de paix et de guerre, et nous travaillerons de concert. Ce plan, si simple et si raisonnable, frappera j'espère l'excellent esprit de l'empereur. Expliquez le lui et faites qu'il l'agrée. Dans ce cas il faudrait qu'il fît partir à l'instant même son ambassadeur, caria campagne sera ouverte quand vous recevrez cette lettre et il ne nous faut guère plus de six semaines pour aller des Pyrénées à Madrid.

Par ce plan nous aurons un double avantage. Sir William A'Court se trouvera seul enfermé dans Badajoz avec les geôliers de Ferdinand tandis que tous les ambassadeurs du continent seront à Madrid. Sa position sera si honteuse qu'elle ne sera pas tenable. La Russie et l'Autriche pourraient forcer les petites puissances d'avoir aussi leurs représentants diplomatiques à Madrid.

Voilà, Monsieur, ce que j'avais à vous dire. Je vous quitte, Car je tombe de fatigue et de ma) de tête.

Mille et mille compliments. N'épargnez pas les courriers. Chateaubriand.

Vous avez vu que je ne vous ai pas oublié dans mon discours. Qu'en pense l'Empereur? N'oubliez pas de mettre mes profonds respects à ses pieds et surtout de le remercier de la lettre bienveillante qu'il a daigné m'écrire en réponse à la mienne ; je lut ai écrit de nouveau par le dernier courrier de Pozzo.

M. de Nesselrode m'a aussi écrit. Remerciez-le et présentez-lui

moD hommage ainsi qu'à Madame de Nesselrode et Madame de La Ferronnays. '

15 mars 4823.

Au comte de Serre.

Paris, 15 mars 1823.

Monsieur le Comte, La situation critique de l'Espagne fait chaque jour paraître plus nécessaires les mesures de force et de prévoyance prises par le gouvernement français. La guerre civile fait de rapides progrès dans ce malheureux pays, de nouveaux partisans se montrent: une partie des troupes de Bessiëres a rejoint Merino ; les provinces qui paraissaient plus paisibles sont aujourd'hui en mouvement ; et dans cette agitation, dans ce malaise général, on semble attendre qu'une protection plus puissante rassure les amis de l'ordre public et permette qu'un système régulier et modéré puisse eniîn prévaloir. Le trouble a été au comble à Madrid. Le ministère a été un moment remplacé par des hommes appartenant à une faction encore plus exaltée, mais il a été rétabli. Les plus vives inquiétudes paraissent régner autour de lui, la crainte d'une guerre étrangère les augmente ; au centre même de l'Espagne, les Cortès ne se croient pas en sûreté. Le Roi a dû quitter Madrid le 11 de ce mois pour se diriger sur Séville. Les grandes autorités suivront sans doute ce mouvement, et cette retraite ne peut qu'alimenter la confusion.

% 1. Communication de M. le comte de La Ferronays.

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On peut opposer à ce tableau de désordre la tranquillité dont jouit la France, la confiance qu'elle témoigne à son gouvernement, le maintien de l'ordre public, le payement exact et régulier des impôts, la facilité avec laquelle se sont faites les nouvelles levées, et l'accord parfait qui règne entre toutes les parties de l'administration.

Je m'empresse de vous annoncer. Monsieur le Comte, que la loi des finances destinée à pourvoir aux frais des préparatifs militaires de la France vient d'être rendue : les cent millions demandés par le gouvernement lui sont accordés ; ils ont été votés aujourd'hui dans la Chambre des Pairs.

Les troupes qui devaient se rendre aux Pyrénées sont, en grande partie, arrivées à leur destination ; elles seront bientôt entièrement réunies, et Mgr le duc d'Angoulême est parti aujourd'hui pour aller prendre le commandement de l'armée. Les soldats sont pleins d'ardeur, ils sont glorieux du prince qui les commande et animés de cette juste confiance qu'inspirent l'honneur, la force et le courage.

J'aurai soin, Monsieur le Comte, de vous donner successivement des informations sur le cours des événements qui se préparent, et auxquels s'attachent aujourd'hui tant de vœux et d'espérances ,

Agréez...

Chateaubrupid. '

Au comte de Henou.

Circulaire du 1 5 mars .

(Afi'aires d'Espagne.]^

1. Minute aux Affaires Étrangères, Nap les, 148, P- 36. 3 . Sigualée ainsi dans le dossier des Affaires Étrangères, États-Unis, 8' 1» 40.

Au marquis de la Maisontort-

Paris, 15 mars 1823.

Circulaire relative aux mesures maritimes qu'il pourrait être nécessaire de prendre au cas d'une rupture entre la France et l'Espagne .

Commence par ces mots :

a La perspective d'une rupture entre la France et l'Espagne

Et se termine ainsi :

... u sur la navigation des neutres, sur les armements et sur les prises dans le cas où la guerre viendrait à éclater. » '

'047 [Mars 1823.]

A la duchesse de Doras.

J'irai vous voir un peu plus tard. L'affaire est accrochée.^

1. Note du recueil des AfTaires Etrangères, Toscane, 164, f" 211. On en trouvera le texte dans ce volume, page 148.

2. Pailhès La ducheue de Duras, p. 239. — CoUatioané sur l'original autographe.

Corrtipondance de dmleaubrUnd. T. IV.

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404i 17 mars 1823.

Au vicomte de Harcellns.

Paris, le 17 mars 1823.

J'ai reçu votre dépêche n" 69, — M. Canning a toujours de l'humeur. Cela passera et j'en tiens peu de compte. Le temps de la soumission est (mi pour nous. M. Canniag est obscur. Cela doit être, car il n'a pas pris son parti. Soignez-le toujours et tâchez surtout qu'il ne parle pas avant le renvoi de nos Chambres, c'est-ànlire avant le 15 avril. Je ne lui écrirai pas parce que je ne veux pas avoir l'air d'avoir peur. Dites-lui seulement que j'ai parlé à la Chambre des Pairs avec un succès général, même auprès de l'opposition, mais que j'ai évité à cause de lui (M. Canning) de dire un mot de la politique étrangère et du congrès. Cela l'encouragera peut-être à se taire. Nous avons des nouvelles de Madrid jusqu'au 9. Le roi ne devait partir de Madrid que le 15 ou le 17 pour Séville. Je présume qu'il ne partira qu'après avoir reçu la nouvelle du départ de M. le duc d'Augouléme (qui se porte fort bien) pour l'armée, c'est-à-dire vers le 25. Si rien n'arrive, nous entrerons en Espagne le 7 ou 10 avril (ceci uniquement pour vous). Mettez les délais dans vos conversations sur notre désir d'attendre le dernier repentir du gouvernement espagnol.

Ce que vous a dit M. Canning sur notre ambassadeur futur est une fanfaronnade; il aura qui bon me semblera.

11 n'y a pas un mot de vrai sur de Cazes. Ce sont de petites nouvelles de sir Charles Stuart.

Tout à vous.

Chatbaudbiand. '

1. CommuaicatîoQ de M. de Moatbron. — Cette lettre contient celle que ïlarcellus donne {PoUliqae de la Renlauraliorit p. 1S3-4) sous la date du 36 mars 1823:

.. Paris, 26 mars 1823.

" Je remarque dans vos dépêches el surtout dans vos lettres particulières.

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1049 19 mars [1823].

A Madame de GtutlDe.

Mille remerciments. Tous les tracas finiront et je serai à vous pour toujours.

19 mars. '

Au comte de La Ferronays.

N" 3 Paris, 20 mars 1823.

Par courrier de l'ambassade

russe.

Monsieur le Comte,

Je profite d'un courrier de M. Pozzo, pour vous écrire.

Je vous ai expédié, il j a aujourd'hui huit jours, M. de Lagrené. Les dépêches qu'il vous portait contiennent tout ce que j'avais d'intéressant à vous mander et d'instructions à vous transmettre.

Je vous annonçais, dans le post-scriptum de ma dépêche, que nos nouvelles de Madrid allaient jusqu'au 5. Nous en avons reçu du 9. Le Conseil d'État avait fait une déclaration très noble et

l'humeur croissante de M. Canaing. Cela passera, et j'en tiens peu de compte. Le temps de la soumissioa est fini pour nous. Mon confrère de Londres est obscur dans son. IsDgage, cela doit être; il n'a pas encore pris son parti. Soignez-le toujours. Je ne lui écrirai pas, parce que je ne veux pHs avoir l'air de le chercher. Dites-lui seulement que j'ai évité, k cause de lui, Canning, dans mon discours h la chambre des pairs, de dire un seul mot de la politique continentale et du Congrès. Cela l'engagera peut-être à se taire. Ch.iteaubriakd. «

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