Le précepteur Clievreau
A M. DE MONTCnEYREUIL (1681). 179
Mademoiselle de Nantes est toute languissante et n'embellit pas; mademoiselle de Tours est très-jolie^; madame de Montespan et moi avons fait aujourd'hui un chemin ensemble, nous tenant sous le bras, riant beaucoup ; nous n'en sommes pas mieux pour cela 2. Le roi vient d'aller à Chantilly; il alla il y a quelques jours cà Sceaux. Madame la Dauphine a la fièvre tierce, et est grosse jusques à cette heure au grand contentement de Monseigneur. Madame votre femme vient de partir pour Orsay, dont elle revient demain. J'ai été à Maintenon : mon nouveau jardinier fait des merveilles, et les jardins ne sont pas connaissablés. Adieu, monsieur le marquis, je suis certainement la meilleure amie que vous ayez, et, de plus, votre très-humble et très-obéissante servante.
1 . Il est probable que la plume aura mal mis ce que veut dire iiiatlame de Maintenon. C'est mademoiselle de Tours qui devait être languissante, car elle mourut au mois, de septembre suivant, et mademoiselle de Nantes qui devait être jolie , car elle devint la charmante duchesse de Bourbon.
2. On trouve dans madame de Cavlus l'anecdote suivante : « Je me souviens qu'elles se trouvèrent embarquées à faire un voyage de la cour dans le même carrosse, et je crois tête à tête. Madame de Montespan prit la parole et dit à madame de Maintenon : Ne soyons pas la dupe de cette affaire-ci j causons comme si nous n'avions rien à démêler ; bien entendu, ajouta- 1- elle, que nous ne nous en aimerons pas davantage, et que nous reprendrons nos démêlés à notre retour. » (P. 135, édit. de 1806.)