‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 213 sur 337 · Madame Chéron élail chargée de la fabrique de Mainlenon · texte numérisé non relu

Madame Chéron élail chargée de la fabrique de Mainlenon

que vous en tirassiez, que pour lui envoyer le fil. Un sac de lin a trainé huit jours dans mon cintichambre, au milieu de tous les flambeaux, qui le pouvoient embraser, et le paquet de fil dans la crotte et dans Teau. Il ne faut pas compter que mes gens puissent être plus réguliers; tout contribue ici au désordre, et on en a tant soi-même, que bon m- peut en gronder les autres. Le fourgon de Maintenon passe toutes les semaines pour aller à Paris, et repasse à vide pour retourner à Maintenon. Un suisse de la porte de Sertory lui donne ce quon lui envoie de chez moi: votre porteur d'eau pourroit lui porter tout droit, ou tous les huit jours, ou les quinze, ou tous les mois, ce que Ton auroit filé, et rapporter le lin et l'argent que madame Cliéron enverroit. J'ai dans la tète que vous touchiez de son argent, que nos sœurs le voient, que vous leur amassiez, et que, jugeant elles-mêmes de leurs gains, elles s"excitent à travailler. Il faut mettre tout en usage pour en faire quelque chose de bon.

Manette , Gabrielle et mademoiselle de Mursay sont aftligées de Monforl. J"ai annoncé à la première que je la mènerois en voyage : elle en paroît assez contente; ellem'a montré aujourdliui une tendresse pour madame Hatte, dont je lui sais bon gré.

Je suis au désespoir de ce que mon beurre vous manque, et de n'avoir pu vous apprendre à faire du mil. N'oubliez rien pour que je puisse vous voir le 2o de mars. Je prendrai soin de vous le reste du carême.

Mon mal de dents a été peu de chose, et une per-

286 CORP.ESPONDANCE GÉNÉRALE.

sonne plus accoutumée au mal ne l'auroit pas compté. Je me porte fort bien présentement.

J'ai fait habiller Manette de mes livrées; c'est son linge que je demande. Elles ont toutes la taille gâtée de leurs corps mal faits; j'en ferai faire à mon retour à toutes les miennes.

Je comprends parfaitement la peine que l'absence deFancbon vous fait, mais elle ne pourroit être mieux qu'à votre chambre, jusqu'à ce que l'on l'ôte tout à fait, et quand on ne les voit plus, la peine en est moins grande. Ne vous faites point cette violence, je vous en prie, vous avez'assez à souffrir sans vous tourmenter dans ce qui n'est pas absolument nécessaire. Elle s'accoutumera à travailler quand elle sera en lieu où elle ne verra que travailler, comme elle aime à courir avec de petites filles qui ne font que courir.

Ce seroit un infâme procédé à madame de Saint- Pierre de me compter huit livres de lard, qui sans doute étoit rance, et six andouilles vraisemblablement maigres, dans la même semaine que je lui envoie cinquante fromages et cinquante bouteilles vides. Je suis très-contente de la dépense de nos sœurs, et je lui recommande Jaquette sur la tapisserie, mais encore plus sur la lecture et sur l'écriture; elle ne se vante de rien sur l'éducation des enfants, et vous savez même que je croyois qu'elle gâloit Armande. Cependant j'en vois qui ont passé par sa chambre, qui sont très-intelligentes pour leur âge. Ayez la bonté de lui faire mes compliments et mes adieux, en l'embrassant pour moi.

Sur la prière de madame Fieubert et sur toute au-

tre, servez-vous de mon nom pour refuser tout ce qui ne vous plaira pas, et recevez tout ce que vous voudrez. Bonsoir, madame, j'attends à demain à fermer ma lettre, pour voir si je ne recevrai pas quelque chose de vous.

Je vais écrire à madame Ghéron pour fonder un commerce plus réglé avec elle, et la gronder de ses irrégularités. Votre mal d'yeux auroit besoin de n'écrire de quelques jours : que j'aie pourtant de vos nouvelles pendant le voyage. Il faut envoyer vos lettres à Paris chez M, Bontemps. Je meurs de peur que nos petites sœurs n'aiment mieux Toccupatiou du dehors que de se renfermer dans la salle.

Je donne au porteur les quatre-vingt-sept livres du mois de mes pauvres. Adieu, madame. J'envoie Yillemoyen à Paris. J'ai peine à la remettre dans un lieu où est la petite vérole, et Nanon ne lui laissera pas perdre son temps.

Qui est le secrétaire de Fanchon Ghéron? C'est un terrible style.

LETTRE CCCXIY

A MADAME DE BRIXOX K

Mars 1683.

La migraine m'a prise cette nuit et m'a empêchée de vous voir, dont j'ai très-grande envie. Il faut, s'il vous plaît, nous envoyer Fanchon avec ce qu'elle a

Page 1