‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 224 sur 337 · Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches · texte numérisé non relu

Autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches

A M. d'aubigné (1683). 305

leur grand mérite est pour les maux extérieurs. Barèges amollit et Bagnères fortifie; il me semble que cela n'a rien de commun avec vos vapeurs.

Ce sont les mêmes vapeurs qui vous font voir les choses aussi tristement. Le malheur de n'avoir point d^enfant est très-médiocre pour le monde ; et je vous crois trop raisonnable pour vous soucier que votre nom périsse. Quant à l'estime et à l'amitié que vous avez pour moi, j'en suis très-persuadée et très-aise. La raison qui vous empêche de me voir est si utile et si glorieuse que vous n'en devez avoir que de la joie : il ne me convient point d'avoir aucun commerce, et je vous ai conseillé, par l'intérêt que je prends à vous, de demeurer dans le plus beau lieu du monde, où l'on vit avec le plus d'abondance, et où ce que vous avez est plus considérable que si vous en aviez une fois autant à Pans, où vous êtes libre sans affaires, au milieu de vos proches et en un mot dans un état que je choisirois de préférence à beaucoup d'autres. Si vous en jugez autrement, je ne prétends point vous contraindre en vous empêchant de venir à Paris; mais il me semble qu'il vous sera plus désagréable d'être près sans me voir, que d'être éloigné avec un commerce avec moi. Faites sur tout cela ce qui vous conviendra sans me compter; et n'allez pas réveiller vos anciens chagrins. Si le roi ne vous a pas fait justice, et que vos ennemis vous aient fait du mal, c'est un malheur bien ordinaire; vous êtes vieux ^ vous n'avez point d'enfanls; vous êtes mal-

]^ J^élaitiié en 1634 et n'avait donc que 49 ans; maiscoiuruo

sain, que yous faut-il que du repos, de la liberté et de la piété? Tous ces biens-là sont entre vos mains, et j'y contribuerai avec plaisir dans tout ce qui me sera possible.

Si vous voulez aclieter une terre, il me paroît que Sainte-Jesme est une bonne affaire; si vous aimez mieux manger votre revenu à Goignac, ne vous en contraignez pas ; enfin vous avez plus de trente mille livres de rente pour six ans. Après cela, si j'y suis encore au monde, nous en aurons d'autres, et si je n'y suis plus, vous aurez Maintenon.

LETTRE CCCXXII

A MADAME DE BRIXON ».

\ Fontainebleau, 12 août 1683.

Je n'ai guère vu une plus mauvaise bibliothèque que celle dont vous m'envoyez le mémoire, et dans quelque envie et besoin que je sois de me remplir de quelque chose de bon, je ne puis vous demander que: L'Introduction à la vie dévote; les Méditations de sainte Thérèse sur le Pater; cinq tomes du Nouveau Testament ; les Psaumes de David.

De tout le reste, je ne vois que les livres de M. de Condoni' qui méritent d'être gardés. Je lis et lirai

on le voit, il était malade, chagrin, et, pour tout dire, un peu fou.

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