LETTRE XIV
A M. DAUBIGNÉ, A COIGXAC '.
A Versailles, ce il juillet 1CS4.
Je ne sais où vous prenez que je vous ai écrit une lettre mélancolique; je n'ai aucun sujet de Têlre, et personne aussi ne Test moins. Je vous ai parlé sur la mort, parce que j'y pense souvent et que je ne crois rien de bon à faire que de s'y préparer; mais je le fais avec gaieté, et comme la tendresse que j'ai pour vous va plus loin que votre vie, je voudrois que vous songeassiez à votre salut et que vous fussiez aussi chrétien que philosophe.
Je vous ai mandé que le roi ira à Cliambord le 15 de septembre, et de là à Fontainebleau jusqu'au Jo de novembre; vous pouvez prendre ce temps-là, si vous le voulez, pour venir à Paris faire quelque séjour; mais je compte bien avec beaucoup de plaisir vous voir en allant ou en vous en retournant. J'ainierois mieux, que ce fût à Fontainebleau qu'à Ghambord, où vous seriez très-incommodé et où j'aurois moins de temps à vous donner. Réjouissez -vous, mon cher frère, et ne vous laissez aller ni à votre mélancolie naturelle, ni aux sots discours de nos envieux; je fais de mon mieux en tout et je ne me reproche rien sur vous ; songez à votre état passé pour vous trouver heureux d'avoir trente mille livres de rente, et que mon état présent n'empoisonne point le