‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 289 sur 337 · Elle était née le 19 avril Î(i · texte numérisé non relu

Elle était née le 19 avril Î(i

(!e tout le momie, clergé, parlements, universités, corps de métiers ; c'était ro[)mion des esprits les plus doux et les plus éclairés, de Bossuet, de Fénelon, de madame de Sé\i'né. de la Fontaine, de la Bruyère, etc.; pour que madame de -Maintenon ne la partageât pas, il aurait fallu qu'elle ne fût ni catholique ni de son temps. « Elle ne pressa pas la révocation de rÉdii de Nantes et ses suites, dit Voltaire, mais elle ne s'y opposa point'. » Elle n'a rien écrit sur ce sujet, du moins avant la révocation -, et La Beaumelle avait besoin d'une lettre sur cette question brûlante; il la inventée. Tous les détails qu'il donne dans cette prétendue lettre à madame de Saint-Géran viennent entièrement de son imagination et témoignent une grande ignorance. Comme ils ont pour base la part que madame de Maintenon aurait eue à la révocation de l'Édit de Nantes, comme ils sont cités partout, nous allons mettre en avant de cette lettre un mémoire écrit en 1700 par le duc de Bourgogne sur les conférences et les conseils qui précédèrent la révocation : le nom de madame de Maintenon n'y est pas même prononcé, et l'on y voit que son influence sur cet acte funeste a été nulle, ou du moins n'a pu être déterminante.

« Quoique le roi, dit le prince, sût assez que les huguenots n'avoient pour titres primordiaux de leurs privilèges que l'injustice et la violence; quoique leurs nouvelles contraventions aux ordonnances lui parussent une raison suffisante pour les priver de l'existence légale qu'ils avoient envahie en France les armes à la main, Sa Majesté voulut néanmoins encore consulter avant de prendre un dernier parti : elle eut des conférences sur cette affaire avec les personnes les plus instruites et les mieux intentionnées du royaume; et dans un conseil de conscience particulier dans lequel furent admis deux

1. « Pourquoi, écrit-il à M. Formey, pourquoi dites-vous que madame de Maintenon eut beaucoup de part à la révocation de lÉdit de Nantes? Elle toléra cette persécution, mais certainement elle n'y eut aucune part, c'est un fait certain. »

2. 11 y a un Mémoire de sa main en 1696, et je l'ai publié dans les Mémoires de Languet de Gergij, p. 260. Nous en reparlerons.

théologiens et deux jurisconsultes, il fut décidé deux choses : la première que le roi, pour toutes sortes de raisons, pouvoit révoquer TÉdit de Henri IV ; la seconde, que si Sa Majesté le pouvoit licitement, elle le de voit à la religion et au bien deses peuples. Le roi, de plus en plus confirmé par cette réponse, laissa mûrir encore son projet pendant près d'un an, employant le temps à en concerter l'exécution par les moyensles plus doux. Lorsque Sa Majesté proposa dans le conseil de prendre une dernière résolution sur cette affaire. Monseigneur, d'après un mémoire anonyme qui lui avoit été adressé la veille, représenta qu'il y avoit apparence que leS' huguenots s'attendoient à ce qu'on leur préparoit, qu'il y avoit peut-être à craindre qu'ils prissent les armes, comptant sur la protection des princes de leur religion; et que supposé qu'ils n'osassent le faire, un grand nombre sortiroient du royaume, ce qui nuiroit au commerce et à l'agriculture, et par là même affaibliroit l'État.

« Le roi répondit qu'il avoit tout prévu depuis longtemps et pourvu à tout, que rien au monde ne lui seroit plus douloureux que de répandre une seule goutte du sang de ses sujets; mais qu'il avoit des armées et de bons généraux qu'il emploieroit dans la nécessité contre les rebelles qui voudroient eux-mêmes leur perte. Quant à la raison d'intérêt, il la jugea peu digne de considération, comparée aux avantages d'une opération qui rendroit à la religion sa splendeur, à l'État sa tranquillité et à l'autorité tous ses droits. Il fut conclu d'un sentiment unanime pour la révocation de l'Édit de Nantes. »

Après ce document si concluant, nous allons voir les absurdités que La Beaumelle met dans la bouche de madame de Maintenon.

13 août 1684.

Le roi a enfin pris des mesures pour avoir la paix; ses ministres à Ratisbonne ont ordre de signer une trêve de vingt ans; et il gardera tout ce qu'il a pris depuis la

A MAliAMI' I.E SAINT-Gi:iiAN (1681;. liHl

paix de Niinèguc; ce tniilé paroit fort avantageux; au moins le roi en est fort contenta II a dessein de travailler à la conversion entière des hérétiques 2; il a souvent des conférences là-dessus avec M. Le Tellier et M. de ClJàteauneuf^ où Ton voudroit me persuader que je ne serois pas de trop"*. M. de Chateauneuf a proposé des moyens qui ne conviennent pas; il ne faut point précipiter les choses; il faut convertir et non pas persécuter. M. de Louvois voudroit de la douceur; ce qui ne s'accorde point avec son naturel et son empressement de voir finir les choses^; le roi est prêt à faire tout ce qui sera jugé le plus utile au hien de la religion. Cette

1. Le roi ne signa qu'à regret la trêve de Ratîsbonne : il eu sentait tout le danger et aurait voulu un traité déûnitif.

2. La révocation de l'Édit de Nantes n'est pas un acte isolé du règne de Louis XIV, c'est l'œuvre de tout le règne. Pendant trente ans on n'avait cessé de travailler à la destruction de l'hérésie par des restrictions, des empêchements et des persécutions sourdes : dès 1G80, l'émigration des protestants, nous l'avons vu, avait commencé ; en 1683, il y avait eu des soulèvements à main armée dans le Languedoc, 11 est donc absurde à La Deaumelle de faire dire à madame de Maintenon, en 1G84 : « Le roi a dessein de travailler, etc. »

3. M. de Chateauneuf était le secrétaire d'État pour les affaires de la religion réformée.

4. Dans l'édit. de Nancy, La Beaumelle met crûment : « Où je ne suis pas de trop. » — Cela ferait supposer que madame de Maintenon assistait au conseil des ministres. Il n'en est rien. Louis XIV, surtout vers la fin de son règne, a consulté souvent madame de Maintenon sur les affaires de l'État, et l'on ne peut douter qu'il ne lui ait parlé delà conversion des calvinistes; mais ce ne fut jamais olTiciellement. Nous venons d'en donner la preuve.

5. Il y a dans Tédit. de Nancy : a Avec son caratère bouillant et impétueux. » Pourquoi ces variantes, si La Beaumelle copiait des lettres originales.^ — Quant à Louvois, qui « voudroit de la douceur, » à cette époque il inventait la mission bouée, les drrKjonnadts,

entreprise le couvrira de gloire devant Dieu et devant les hommes: il aura fait rentrer tous ses sujets dans le sein de l'Eglise; et il aura détruit l'hérésie, que tous ses prédécesseurs n'ont pu vaincre^. Je n'ai pu conserver l'amitié de madame de la Fayette; elle en mettoit la continuation à trop haut prix; je lui ai montré du moins que j'étois aussi vraie et aussi ferme qu'elle. C'est le duc- qui nous a brouillées. Nous l'avons été autrefois pour des bagatelles.

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