‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 47 sur 337 · MADAME DE MONTESPAN AU DUC DE NOAILLES. TH · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTESPAN AU DUC DE NOAILLES. TH

LETTRE CLXXYII

NOTE PRÉLIMINAIRE

A cette époque (mars 1(379), le roi, partagé entre sa passion pour mademoiselle de Fontanges et des accès de dévotion, voulait rompre complètement avec son ancienne maîtresse et en même temps lui faire une position qui la maintiendrait à la cour. Il cherchait donc à lui donner la charge de surintendante de la maison de la reine, charge qui procurait certains privilèges attribués aux duchesses, et par laquelle il aurait été pour ainsi dire annoncé que madame de Montespan n'était plus la maîtresse du roi. Mais cette charge était possédée par la comtesse de Soissons. Voici comment le marquis de Trichâteau raconte à Bussy ce qui se passa à ce sujet dans la semaine sainte de IG79.

« Le roi a jeûné trois jours, a fait ses dévotions et a touché les malades. Madame de Montespan a eu beaucoup de conférences avec le P. César; elle a fait comme si ç'avoit été utilement; il y avoit déjà quelques jours qu'elle venoit souvent à Paris depuis que le roi étoit amoureux d'une fille de Madame, appelée Fontanges. Le mercredi (20 mars), ehe retourna à Saint-Germain, où elle fut à ténèbres, toujours derrière la chaise du roi. La reine l'envoya quérir pour aller à la cour (30 mars). Le vendredi 31, elle alla à Maintenon, et le mardi (4 avril) elle retourna à Saint-Germain dans son appartement, et à l'ordinaire, sinon que le roi ne la vit qu'en présence de Monsieur. Mercredi, la comtesse de Soissons reçut ordre du roi de se défaire de sa charge entre ses mains. Cette princesse étoit à Chaillot dans une petite maison qu'elle y a. M. Colbert y fit beaucoup d'allées et de venues. Elle parla au roi le soir chez la reine, qui lui dit des merveilles sur le plaisir qu'elle lui feroit. Elle répondit avec toute la soumission possible, et enfin elle a pris deux cent mille écus,et madame de Montespan a été par là surin-

tendante de la reine et n'est plus maîtresse ^ » {Lettres de Bussy-Babutin, t. IV, p. 344.)

Madame de Montespan confirme ces faits dans une lettre au duc de Xoailles dont nous laissons l'orthographe trèscurieuse.

MADA!^IE DE MOXTESPAX AU DUC DE XOAILLES*.

Ce jeudy 30 mars 1679.

Je suis sy convinqiiue de vostre amitié, et je vous ay veu prandre tant de part à ce qui me regarde, que je croy que vous serest bien èse de continuer à ann estre instruit. A mon retour, le roy me dist qu'ill avet aiivoiié M. Colbert proposer à madame la contesse de se défaire de sa charge ; elle dist qu'cl viendret le trouver. Elle l'y vint ann efet hier, etluy dist les mesme chose qui luy avet mandée. Elle demanda un jour pour an parler à madame la prinesese de Garignan, et l'on n'a point ancore sa réponse. Du reste, tout est fort pésible yscy. Le roy ne vient dans ma chanbre c'aprest la messe et aprest soupey. Il vaut beaucoup mi eus se voir peu avec dousœur, que souvant avec de Tanbaras. Madame de Maintenon est demeurée pour quelque lesgesre indisposision. Le duc du Maine est avec elle. Yoilà toutte les nouvelle du logis. Je vous prie de faire mest complimant à madame la duchesse de Nouaille. Vous m'aubligeriés auscy de me chercher du velours vert pour un cas-

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