‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 89 sur 337 · Tout cela est un roman emprunté au.x sc'ènes de 1G · texte numérisé non relu

Tout cela est un roman emprunté au.x sc'ènes de 1G

LETTRE GCXVIII (Là B.)

A 3IADAME DE FRONTENACS

Je ne puis vous voir. J'irai à Maiu tenon; le roi veut m'y surprendre un jour, et ce jour sera peut-être demain ou après-demain. Je n'ai pas un moment de repos ; madame la dauphine est en retraite. Je ne serois plus ici, si sa dévotion ne m'y avoit retenue. Priez Dieu pour moi : je ne fus jamais si agitée ni si combattue-.

LETTRE CCXIX (La B.)

10 octobre 1680.

Je reçois tous les jours de nouvelles grâces du roi'*. Mais ma santé qui s'affoiblit tous les jours ne me permettra pas d'en jouir longtemps. Tout ce que j'acquiers en crédit, je le perds en tranquillité; cette vie m'est insupportable. Le roi se délie de moi et me craint; il me comble de biens pour me fermer la boucbe : il aime la vérité , et ne veut pas l'entendre. Il vit dans une

1. Édit. de Nancy, 1. 1, p. 164 ; édit. d'Amslerdam, t. l,p. 74. Louis Racine met à la marge : très-fatisse.

2. Nous avons vu le contraire dans les lettres à d'AuLigné ; d'ailleurs il n'y a qu'à répéter le mot de madame de Sévigné : o M. de Chamarande la mène et la ramène à la face de l'univers. »

3. Édit. de Nancy, t. I, p. 165; édit. d'Amsterdam, t. T, p. 7 5. — Très-fausse^ dit L. Racine.

4. Cela n'est pas vrai. Madame de Mainlenon, depuis qu'elle était dame d'atours, n'avait reçu aucune grâce du roi.

habitude de péché mortel qui me fait tremblera Je ne puis plus voir toutes ces choses; si cela continue, je me retirerai: il est sur que c'est offenser Dieu que de vivre avec des gens qui ne font que l'offenser-. La piété contracte une certaine tiédeur, sans qu'on s'en aperçoive. Je serois déjà hors de ce pays^ si je ne craignois que le dépit ne contribuât plus à m'en éloigner que le désir de mon salut. Je sacrifie à Dieu tout ce qui pourroit m'attacher ici; et je ne puis me résoudre à accomplir mon sacrifice. La piété de madame la dauphine me confirme dans mes bons sentiments, et en même temps détruit tous mes projets.

LETTRE CCXX (La B.)

A MADAME DE FRONTENACS

Ses discours m'afQigeroient bien plus vivement, si je ne savois par qui ils lui sont inspirés. Je n'eus jamais tant de plaisirs éclatants d'un côté, ni tant de chagrins de l'autreS Je n'ai point de plan fixe, parce

1. Cela n'est pas vrai. Le iG décembre 1G80, P.u?sy-Rabntin écrit : (( Le roi s'adonne à donner des frères au daupliin. La reine ne s'étoit pas trouvée il y a longtemps à cette fête. »

2. Madame de Maintenon aurait pu écrire cela en 1G74, mais à cette époque, elle ne vivait plus avec madame de Montespan.

3. Cela n'est pas vrai. Madame de Maintenon, depuis qu'elle était dame d'atours, ne songeait plus à quitter la cour. « Je ne puis bientôt envisager une retraite, écrivait-elle à l'abbé Gobelin, le 8 janvier 1080, il faut donc travailler ici à mon salut. »

4. Collection de La Beaumelle. édit. de Nancy, f. 1. p. 167; édit. d'Amsterdam, t. I, p. 7 G. Louis Ttacine la qualiOe : trèsfausse.

5. Cela n'est vrai ni pour les plaisirs éclatants ni pour les chagrins.

que mes mesures sont tous les jours dérangées. Je suis si malheureuse, je l'ai tant été jusqu'ici \ qu'il y a espérance que la prospérité ne me gâtera pas.

LETTRE CGXXI (Li B.)

Je u'ai jamais mieux reconnu combien je me faisois illusion : je suis encore bien loin du détachement où j'aspire. Mes chaînes ne furent jamais ni si pesantes ni si fortes \ Je ne sais que dire à l'abbé Gobelin* : je crains de lui ouvrir mon cœur, parce que je crains de me rendre coupable d'une obstination qui oiTenseroit Dieu; je suis une malade qui cache son mal par la crainte des remèdes ^.

1 . A ceUe époque madame de Maintcnon était loin de se trouver malheureuse : elle était tirée de la misère, elle était en grande faveur à la cour, enfin elle vovait son dessein secret et le plus cher en pleine voie de réussite.

2. Collection de La Beaumellc , édit. de Nancy, t, 1, p. 16G; édit. d'Amsterdam, t. 1, p. 7 0. — Très-faiisse, met en marge Louis Racine.

3. La Beaumelle veut sans doute faire entendre que madame de Maintenou est amoureuse du roi. Est-ce qu'elle l'aurait jamais avoué ?

4. On verra plus loin qu'elle lui parle de tout autre chose, et de choses Lien vulgaires.

5. Qu'on relise la lettre du 8 janvier iG80, et on verra si tout ceci a le moindre fondement : « Je ne me connois pas de péchés; j'ai une morale et de bonnes inclinations qui font que je ne fais ffuère de mal, etc. »

A MADAME DE FKONTENAG (1680). 129

LETTRE CCXXII (La B.)

A MADAME DE FRONTENACS

J'obtiens tout, mais l'em-ie me le vend bien cbcr. Mon cœur est déchiré, et le sien n'est pas en meilleur état". A quarante-cinq ans % il n'est plus temps de plaire; mais la vertu est de tout âge. Tout le bien que vous dites de m.on esprit, on l'a dit autrefois de mon visage; ces louanges ne me séduisoient point : jugez si je ne résisterai point aux vôtres.

LETTRE CCXXIII (La B.)

Ruvigny est intraitable. Il a dit au roi que j'étois née calviniste et que je l'avois été jusqu'à mon entrée à ];i cour. Ceci m'engage à approuver des choses fort op}io-

1. Collection de La Beaumelle, tùit. de Nancy, t. I, [j. 1G7 ; édit. d'Amsterdam, t. I, p. 7 7. — Lonis Racine l'annote : trcsfausse.

2. Toutes ces phrases sont calculées pour exriler la curiosil'' sans la satisfaire, et jeter du vague sur la nature des relations entre madame de Alainlenon et Louis XIV. Ni le cœur de la dame ni le cœur du roi ne pouvaient être déchirés, car voici la nature de ces relations , cl c'est madame de Sévigné qui nous l'apprend (17 juillet 1G80) : « Elle lui fait connoîlre un pays nouveau, qui ui étoit inconnu, qui est le commerce de l'amitié et de la conversation sans contrainte et sans chicane, »

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