‹ Correspondance générale de madame de MaintenonChapitre 90 sur 337 · Dans l'édit. de Nancy, il y a : quarante ans · texte numérisé non relu

Dans l'édit. de Nancy, il y a : quarante ans

4. Collection de La lieaumelle, édit. de Nancy, t. I, p. 1 C8 :

sées à mes sentiments. Il y a longtemps que je n'en ai plus à moi. Que je serois heureuse, si c'étoit à Dieu que j'en eusse fait le sacrifice !

édit. d'Amsterdam, t. I, p. 77. — Louis Racine met en marge ; très-fausse. — Ce fragment de lettre a fait plus de mal à madame de Maintenon que les pamphlets sortis de la Hollande. On a surtout relevé la phrase : a Ceci m'engage à approuver des choses fort opposées à mes sentiments; » on a appliqué cela à la révocation de l'Édit de Nantes , et l'on a dit que par ambition elle approuvait tout haut des persécutions qu'elle condamnait tout bas. Ce fragment de lettre, qui paraît placé par La Beaumelle en 1G80, dans la supposition où il serait vrai, se trouverait mieux à sa place en 1685, car il semble se rapporter entièrement à la révocation de l'Édit de Nantes. En le supposant de cette époque, La Beaumelle aurait emprunté le mot deRuvigny : il a dit au roi que j'élois née calviniste, à Louis XIV qui répondit, en 1685, à madame de Maintenon se plaignant des mauvais traitements faits aux calvinistes : o Je crains que le ménagement que vous voudriez que l'on eût pour les huguenots ne vienne de quelque reste d'inclination pour votre ancienne religion. » Cette réponse démontre d'ailleurs que madame de Maintenon n'approuvait pas « des choses fort opposées à ses sentiments, » et la fausseté de la phrase que lui attribue La Beaumelle.

Quant au reste de la lettre : « Il y a longtemps que je n'ai plus de sentiments à moi : que je serois heureuse si c'étoit à Dieu que j'en eusse fait le sacrifice ! » Ceci veut dire, je pense, qu'elle a fait le sacrifice de ses sentiments au roi ; or elle n'a pu dire cela en 1685, car alors elle était mariée à Louis XIV : rien de plus naturel que de faire ce sacrifice à son époux. Le mot est aussi impossible si l'on place la lettre en 1680, car elle n'a pu le dire sans avouer aussi (et l'eût-elle jamais avoué?) qu'elle avait pour le roi une affection illicite.

LETTRE CCXXIY (La B.)

A MADAME DE FRONTENAC i.

Il n'y a que Dieu qui sache la vérité... Il me donne les plus belles espérances. Mais je suis trop vieille pour y compter^. Si madame de Montespan étoit\.. Il y a longtemps que, dit-elle, elle ne s'est pas laissé aller à cette foiblesse, ce n'est pourtant point ici qu'on peut se faire une âme forte... Je le renvoie toujours affligé et jamais désespéré*.

1. Collection de La Beaumelle, t. I, p. 1G8 de l'édiL de Nancy; t. I, p. 68 de ledit. d'Amsterdam. — L. Racine met en marge : trèS'faiisse. — Voici enlin la dernière lettre à madame de Frontenac, et c'est la plus fameuse. Il est impossible d'imaginer que madame de Mainlenon ait jamais écrit ces phrases hachées, sans suile, haletantes, qui semblent empruntées aux plus mauvais romans de Crébillon.

2. Ceci veut dire, je pense : « Il me donne les plus belles espérances de m'aimer toujours ; mais je suis trop vieille... » Comment croire que madame de Maintenon ait fait conûdence de cela à quelqu'un et surtout à madame de Frontenac ?

3. ... Enceinte, sans doute... « 11 y a longtemps qu'elle ne s'est pas laissé aller à cette foiblesse... « C'est du style de boudoir. D'après toutes les lettres que nous avons déjà lues, il est impossible de penser que madame de Maintenon ait jamais eu ce stvle. On peut remarquer d'ailleurs que dans l'édit. de Nancy, il y a une phrase toute différente : a II y a longtemps que je ne me suis pas surprise dans cette foiblesse. «

4. Cette dernière phrase est fameuse : elle a élé répétée par tout le monde, à commencer par Voltaire. On y a vu un motif très-clair d'accusation contre madame de Maintenon. Sa vie, a-t-on dit, n'a été qu'un mélange de coquetterie et de dévotion, d'excitations sensuelles et de pieuses exhortations. On a déjà vu celte phrase avec une légère variante dans une lettre tle 1G73. qui est aussi

J32 CORBE?PONDANCE GÉNÉRALE.

APPENDICE A LA I ETTRH CCXXIV.

Pour terminer les remarque? que nous avons faites sur les lettres apocryphes à madame de Frontenac, nous devons citer une page des mémoires de Vabbé Choisy. Ce n'est pas que le témoignage de cet abbé soit complètement digne de créance, mais s'il n'écrit que sur des ouï-dire, les choses se sont passées de son temps, et il a connu tous les personnages dont il parle. « Madame de Montespan, dit-il, eut le chagrin de s'entendre prononcer l'arrêt de sa condamnation par une bouche qui lui étoit odieuse : madame de Maintenon lui avoit déclaré de la part du roi, en termes exprès, qu'il ne vouloit plus avoir avec elle aucune liaison particulière et qu'il lui conseilloit desonger de son côté à faire son salut, comme il y vouloit songer du sien. C'étoient de grandes paroles quelle n'avoit pas voulu porter légèrement; elle s'en étoit fait prier plusieurs fois en disant au roi qu'il auroit peut-être de la peine à les soutenir; mais il l'en avoit tant pressée, qu'à la fin elle l'avoit fait, et la paille étant une fois rompue, elle avoit eu le courage de l'en faire sou- \enir de temps en temps, de peur que la bonté de son cœur et une longue habitude ne le fît broncher. »

Comme on le voit, ceci contredit tout le roman des lettres à madame de Frontenac.

apocryphe : « Il s'en retourne (lé^e^péré, mais sans être rebuté. » (Voir t. I, p. 178) La seule critique qu'on en doive faire est dans ces mots de madame de Sévigné : « M. de Chamarande la mène et la ramène à la face de l'univers... Elle lui fait connoitre un pays tout nouveau, qui est le commerce de l'amitié et de la conversalion. » — « Si ces paroles ont été écrites , ajoute Walkenaër, c'est dans un sens tout différent de celui qu'on leur prête, dans toute autre circonstance que celle qu'on suppose, puisque autrement elles impliqueraient que Françoise d Aubigné, pour réussir dans ses ambitieux desseins, ne craignait pas de recourir aux artifices d'une coquette perfide ou d'une habile courtisane. »

A M. l'abc F. GtiBELIN (1680). 133

LETTRE CCXXV

NOTE rilÉLIM IXAIRE

Les lettres qui vont suivre sont relatives à la conversion des parents de madame de Maintenon, conversion opérée plutôt par séduction que par violence, quoi qu'en aient dit les protestants : c'est pourtant l'un des actes qui lui ont été le plus vivement reprochés.

3Iadame de Maintenon était, nous l'avons vu, extrêmement attachée à la famille de fillette, et elle aurait voulu lui rendre le bien qu'elle en avait reçu. Son crédit avait déjà été fort utile à son cousin; mais elle le savait capable et ambitieux et aurait voulu faire davantage pour sa fortune : l'obstacle était la religion, et elle ne cessait de Texhorter à se convertir. Elle voulait de même faire la fortune de ses enfants et elle lui avait souvent demandé de les faire catholiques, pour qu'ils pussent avoir part aux bonnes grâces du roi. Madame de Maintenon croyait, comme tant d'autres personnes de son temps, que le calvinisme n'était qu'une secte politique qui avait fait son temps, qui se conservait bien plus par opiniâtreté que par conviction, et qu'on pouvait la ramener à l'unité par des raisonnements, des bienfaits, des faveurs, et même par des empêchements et des contraintes légitimes. Elle résolut de travailler à la conversion de toute la descendance féminine d'Agrippa, c'est-àdire des familles de Villette, de Sainte-Hermine, de Caumont d'Adde, etc.

Elle fit donner par M. de Seignelay une mission maritime à M. de Tillette, qui s'embarqua avec son fils cadet, laissant l'aîné sur l'escadre de 31. de Château-Renaud. Aussitôt qu'il fut parti, ordre fut donné à M. de Château-Renaud de renvoyer à Versailles le jeune Villette, qui y arriva en effet au mois de novembre 16S0. On l'adressa, comme nous allons le voir, à l'abbé Gobelin, qui l'endoctrina en (pielques jours : il abjura sans peine. Peu de temps après, madame H. 12

de Maintenon se fit envoyer le jeune Sainte-Hermine, avec une de ses sœurs, puis mademoiselle de Caumont, enfin la fille unique de Yillette, mademoiselle de Mursay, qui de^int madame de Caylus. Pour les premiers, « c'étoient des personnes faites ; on avoit conclu, dans le conseil des huguenots, que la famille devoit avoir la complaisance pour madame de Maintenon, qui les avoit demandées, de les lui envoyer, puisque d'ailleurs on n'avoit rien à craindre de leur légèreté i. » Quant à mademoiselle de Mursay, qui n'avait que neuf ans -, madame de Maintenon agit de la même façon qu'en avait agi avec elle madame de Neuillant, et sans plus de scrupule :

a A peine mon père, raconte madame de Caylus, fut-il embarqué pour ce voyage de long cours dont j'ai dit le sujet, qu'une de mes tantes 3, qui s'entendoit avec madame de Maintenon, pria ma mère de la venir voir à Niort et de m'amener avec elle. Ma mère comptoit s'en retourner le même jour, car nous demeurions près de la ville ; mais lorsqu'elle voulut s'en revenir, ma tante lui fit tant d'instances de me laisser au moins chez elle jusqu'au lendemain qu'elle y consentit avec peine; car quoiqu'elle fut catholique, elle n'étoit nullement dans la confidence des desseins qu'on avoit sur moi, parce qu'on vouloit la ménager par rapport à mon père. A peine ma mère fut-elle partie de Niort ^, que ma tante partit de son côté et me mena à Paris. Nous trouvâmes sur la route M. de Sainte-Hermine, une de ses sœurs et mademoiselle de Cau-

1. J'emprunte ceci aux Souvenirs de madame de Caylus, non pas^ tels qu'ils sont reproduits dans toutes les éditions de cet ouvrage, mais à un fragment de ces Souvenirs cité par les Dames de Saint- Cyr, et qui, à cause des différences qu'il présente, démontre que les Souvenirs de madame de Caylus ont été arrangés et corrigés par Voltaire.

2. D'après les registres de naissance des réformés conservés à Niort, elle était née en 167 1 . Toutes les biograpliies la font naître en 1673; et elle-même, dans ses Souvenirs, se rajeunit de deux ans,

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