‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon; publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiquesChapitre 323 sur 418 · A M. LE DUC D^HARCOURT, A MADRID K · texte numérisé non relu

A M. LE DUC D^HARCOURT, A MADRID K

A Saint-Cyr, ce 3 décembre 1 700.

On n'est pas encore remis ici de la joie extrême que tout le monde a sentie du parti que le roi a pris d accepter la couronne d'Espagne pour M. le duc d'Anjou. Paris en est transporté, et tout ce qui revient des provinces nous paroît de même. Nous voici dans le triste endroit de cet heureux événement, il faut se séparer, et vous savez si les François aiment leurs princes; le roi, plein de bonté, ne peut sans larmes voir partir pour toujours son petit-iils , et qu'il a plus connu depuis qu'il est roi d'Espagne qu'il n'avoit fait auparavant. On se flatte qu'il visitera les pays qui sont sous son pouvoir, et qu'en allant en Flandre nous le reverrons; mais on croit que les Espagnols voudront lui voir un successeur avant qu'il fasse des voyages. On ne croit pas ici que l'on doive lui donner^ une archiduchesse, et on penche à la princesse de Savoie ^ : elle a douze ans passés, et on nous assure qu'elle a la taille aussi belle que madame la duchesse de Bourgogne. C'est le principal pour une femme et pour les enfants qu'on en attend. Plus nous connaissons le roi d'Espagne, plus nous voyons du bien en lui. Tout ce qu'il dit est bien dit, plein de sens et de droiture; le ton et la lenteur dont il parle est très-désagréable, peut-être en serat-on moins choqué à Madrid qu'à Versailles. Je lui

1 . Autographe copié par M. Louis de NoaiUes au British Muséum.

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