IV
jadis au roi Jean. Le roi alla, au retour, visiter les autres couvents de la ville, et l'église cathédrale qui est très-belle ; celle des Jacobins est jolie. Le roi alla aux Augustins, qui sont hors de la Ville, où Ton montre un crucifix' qu'ils disent avoir trouvé dans la mer, et qui est célèbre, à ce que Ton croit, par des miracles ; on assure môme qu'il y a des temps où il sue prodigieusement. On y voit un autel magnifique et un nombre infini de lampes d'argent toujours allumées dans ce lieu. Le roi se mit à genoux, et, après que Ton eut tiré trois rideaux, on vit la figure du Christ qui est assez belle, on la regarda et on retira les rideaux un moment après ; cela finit par l'apparition d'un moine qui présenta de la main droite une croix à baiser, et de la gauche^... dans lequel il fallut mettre quelque chose ; on tira encore le soir quelques fusées.
Le lendemain 8, le roi alla, à neuf heures et demie, à la messe au couvent des dames religieuses de Las Guelgas, de l'ordre de Ctteaux. Tous les François le suivirent : ce couvent est à un petit quart de lieue de Burgos. On entra dans la maison, et, selon leur coutume, quand les rois, princes ou princesses du sang y entrent,|on abattit une porte toujours murée, hors en cette occasion^ que l'on remure immédiatement après que le roi en est sorti. L'abbesse et toutes les religieuses le reçurent à cette porte, et après lui avoir baisé les mains tour à tour, elles entonnèrent le Te Deum; elles le conduisirent ainsi en le chantant jusque
1 • Le mot manque.
dans leur chœur qui est superbe ; on y avoit préparé un dais magnifique ; le roi se mit dessous et entendit la messe les rideaux ouverts, qui fut célébrée dans le dehors parrarchevéquedeBurgos.Lamesse finie, Tabbesse et les religieuses lui baisèrent la main; ensuite elles le conduisirent dans leur maison^ qui est plutôt un palais qu*un couvent; on entra enfin dans une salle où un fauteuil et un autre dais étoient placés. Le roi s'y mit et on lui donna et à tout le monde un« quantité prodigieuse de toutes sortes de confitures sèches, de chocolat et de différents vins de liqueurs; le tout fut mis au pillage dès que le roi en eut goûté. L'archevêque de Burgos le vint rejoindre en cet endroit. Il sortit enfin, les religieuses le reconduisirent et lui baisèrent pour une troisième fois la main; après quoi il remonta en carrosse. Il revint à Burgos. Il y a trente religieuses dans ce couvent, plusieurs sœurs converses, et beaucoup de servantes; leur habit est très-propre et presque galant ; elles ont cinquante mille écus de revenus ; Tabbesse est souveraine de soixante villes et de quatorze couvents; elle exerce haute et moyenne justice indépendamment du roi. Les privilèges vont encore plus loin : elle examine les confesseurs de son ordre, donne des démissoires pour les bénéfices, qu'elle donne de son autorité; peut interdire les prêtres, les punir, et ne reconnoît ni roi, ni évéques, sinon le pape. Il faut faire de grandes preuves de noblesse pour être reçu dans ce couvent. Il fut fondé par Alphonse, surnommé le Sage, roi de Gastille. On voit toujours au-dessus de la porte que Ton abat