Q CORRESPONDANCE GÉNÉRALE
pour le roi qui entre dans la maison, les armes du dernier qui y est venu , avec une inscription de la date de son entrée : le dernier éloit Charles II, et dès que le roi fut sorti, on remura la porte et on mit les armes de Philippe V.
L'après-dinée il y eut une fête de seize taureaux de combattus, tant à pied qu'à cheval : elle fut plus belle que les autres; le soir il y eut encore un feu d'artifice.
Le 9, premier jour du carême, le roi se leva à sept heures, alla à la messe et prit des cendres à la grande église; il partit à huit heures de Burgos, dans son carrosse; il dîna à CugoUos, qui est un petit village assez misérable, il arriva à Lerma à quatre heures et fut loger dans le château du duc de Tlnfantado, qui est en procès avec Médina Céli, à présent vice-roi de Naples, au sujet de la duché de Lerma, qui est une petite ville assez bien située, mais fort vilaine et très-peu peuplée; il y aune fort belle abbaye dont Tabbé ne relève que du pape. Le roi fut se promener et tuer des oiseaux, revint chez lui jouer, soupa de bonne heure, et se coucha de même.
Le 10, il se leva à sept heures, alla dans un couvent de religieuses entendre la messe, après quoi il monta dans son carrosse pour aller dîner à Sill&rovelle, à trois lieues de Lerma. Le roi arriva à quatre heures à Âranda, qui est une ville au roi d'Espagne. Tous les officiers de justice vinrent audevant de lui à cheval. La journée a été très-longue^ mais on a eu le plus beau temps, le plus chaud, et
]e plus beau chemin du monde -, la terre est peu cultivée dans tout ce pays, quoique très-belle; les habitants des villages sont eu très-petit nombre et très-pauvres, la terre est cependant très-bonne et leur seule paresse fait leur misère. Âranda est une ville assez grosse placée dans les plaines. La rivière d'el Duero la traverse; elle porte bateaux; peu de temps après, elle traverse l'Espagne, le Portugal, et va. se jeter dans l'Océan, à Porto, évêché de Portugal. Les habitants de cette ville (Aranda) qui croyoient que le roi devoit séjourner chez eux, avoient tout disposé pour une fête de quatorze taureaux ; mais le roi n'y demeurant qu'une nuit, ils se sont contentés d'un feu d'artifice très-beau et d'un taureau que l'on a combattu aux flambeaux avec des pétards et des fusées, ce qui a été un spectacle très-plaisant.
On parla ce jour-là beaucoup de guerre dans le carrosse du roi, et la question de savoir s'il étoit mieux au roi de commander en personne ses armées ou de les faire commander par ses lieutenants généraux fut fort agitée. Il parut que le roi, tout jeune qu'il étoit, penchoit absolument du parti de les commander luimême ; cette résolution fit grand plaisir à quelques jeunes seigneurs de bonne volonté, mais beaucoup de chagrin aux grands qui, depuis un temps infini, n'en ont pas ouï parler que par les gazettes. Le roi a fait délivrer de l'argent et des commissions, pour faire des levées dans la Grenade et dans la Catalogne, qui sont les provinces les plus peuplées et dont les peuples sont plus aguerris.
Le 1 1 , le roi se leva à sept heures, et partit à huit
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heures dans son carrosse, pour aller à Saint-Éliennede-Gormas, où il arriva vers les cinq heures. Il y a dix bonnes lieues d'Aranda à Saint-Étienne-de-Gormas * ; le chemin est fort beau, on suit presque toujours le Duéro en remontant. On trouve sur la route un couvent de Prémontrés, où le roi dîna; il est très-bien situé. Le corrégidor et les gens de justice allèrent au-devant de lui avec des danseurs du pays devant eux ; ils complimentèrent le roi, qui alla ensuite tirer. Après être rentré chez lui, il fut quelque temps renfermé avec M. le duc d'Harcourt; ensuite il joua, soupa, et après il vit tirer un feu et toute Tillumination qu'on lui avoit préparée ; le tout fini, il se coucha. A Saint-Étienne-de-Gormas, il y a un trèsbeau pont et fort grand; la ville est fort misérable; il y a trois églises, et un ancien château qui étoit du temps des comtes de Castille; la ville est au duc de Scalone, elle est dans la Vieille-Castille et dansTévéché d'Osma. Les peuples sont toujours très-vilains et très-pauvres, il n'y en a presque pas un qui ne demande Taumône.
Nous avons appris ici que la reine * étoit partie de Madrid pour aller loger à Tolède, et que le grand inquisiteur est relégué, ce qui donne de la joie à tous les Eq)agnols^.
1 . Philippe V et son cortège, pour aller (f Aranda à Madrid, prennent une roule qui n*e»t plus suiTfe : aa lieu de traverser les montagnes entre le Duero et le Tage, dans la Somo Sierra, ils les traversent dans la Sierra Pela, entre Berlanga et Jadraque.