LETTRE LXXVIII
NOTE PRÉLIMINAIRE
Nous venons de dire que, après neuf mois de sou£firanc6s, le roi s'était résolu à subir la granék opération le i 8 novead:)re. Sa décision fut tenue secrète, et l'opération n'eut pour témoins que madame de Maintenon, Louvois, le père de La Chaise, les médecins et chirurgiens du roi. Félix s'était exercé pendant plusieurs mois dans les hôpitaux sur toutes les personnes atteintes de cette maladie, et avait inventé un instrument qui est encore usité. L'opéfmtiQn,x[ui est justement célèbre dans les annales de la chirurgie, supportée par le malade avec le calme le plus parfait, réussit à merveille. Le roi, dès le jour môme, tint son conseil, reçut les ministres étrangers, et voulut môme qu'il y eût appartement; mais il resta malade jusqu'à la fin de décembre. — Voir le mémoire de M. Leroy, dëgÀ cité ; le Journal de la santé de Louis XIV, les Mémoires de Saini^imùn^ ceux du marquis de Sourches, le Journal de Dangeau, etc. Il n'y a de lettres de madame de Maintenon sur ce sujet que le 8 décembre.
Le 30 novembre, Dangeau écrivait : « On n'a, Dieu merci, I^us aucune inquiétude sur le mal du roi ; il ne souffre plus et sa plaie se referme tout comme on peut le souhaiter* » Mais le 6 décembre il écrit : « Le roi s'est fait donner ce matin quelques coups de dseaux pour rendre la cicatrice plus égale; » et les souffrances recommencèrent : elles furent augmentées par la nouvelle que M. le Prince^ qui n'avait pu quitler Fontainebleau, était malade à l'extrémité. Il mourut le ii décembre.
8 décembre 1686.
Madame de Guise ^ vient de m'annoncer qu'elle va après-dîner à Saint-Cyr. Il n'y a pas de remède; mais j'ai grand regret au temps qu'elle vous fera perdre. Je crois que vous ne manquerez pas, si elle va à l'église, de la mettre dans la petite tribune, pour ne laisser jamais entamer de laisser mettre dans le chœur'.
Je compte que nous ferons demain nos trois postulantes novices, etque nous finirons par lesprofesses. Gomme c'est ce qu'il y a de plus important, il faut finir par là, ai leur donner plus de temps pour y penser. J'espère arriver demain à Saint-Gyr sur les huit heures et demie, monter à votre chambre, entretenir un moment chaque dame, et puis nous irons où vous l'ordonnerez pour la réception. Je vous porterai des boîtes en attendant celles que je fais faire. Je ne dînerai point à Saint-Gyr : il faut que je revienne ici.
On panse le roi présentement : je ne fermerai pas ma lettre que je n'en aie su des nouvelles. M. le Prince est fort mal. M. le duc partit hier au soir pour lui mener un confesseur. Le roi a beaucoup souffert et souffre encore. On dit que sa plaie va bien. Gontinuez vos prières pour lui.