‹ Correspondance générale de Madame de Maintenon: publiée pour la première fois sur lesChapitre 69 sur 359 · AU CARDINAL SPADA · texte numérisé non relu

AU CARDINAL SPADA

Monsieur, on ne peut être plus sensible que je le suis aux grâces particulières que Sa Sainteté veut bien m'accorder. Rien n'égale la satisfaction que je ressens que des grâces si précieuses me viennent par le canal d'un prélat aussi éminent en dignité et en vertus que vous l'êtes. Je vous supplie, monsieur, d'être persuadé que je ne négligerai rien pour me rendre digne de la bienveillance du chef de l'Église, et pour lui témoigner en toute humilité mon attachement et mon respect.

L'année 1687 ne présente point d'événements remarquables dans la vie de madame de Maintenon. La cour n'est plus agitée par les intrigues des années précédentes; madame de Maintenon mène une existence calme et effacée ; sa position mystérieuse est acceptée de tout le monde ; son plus grand souci vient de Saint-Cyr ; les affaires de l'Église, celles de l'État ne l'occupent pas encore. Quant à madame de Montespan, il n'est plus question d'elle, encore bien qu'elle continue à être visitée tous les jours par le roi, à cause de ses enfants. Le roi est tout entier à ses devoirs, aux affaires de l'État, à la grande affaire du règlement des frontières, aux suites malheureuses de la révocation de l'édit de Nantes; il regarde attentivement l'orage qui se prépare contre la France et se dispose à y résister. « Il est bien chrétien et bien

1 • Manuscrits des Dames de Saint-Cyr,

grand, » s'écrie madame de Main tenon dans son admiration. « Il tient tous les jours conseil, raconte Dangeau : les dimanches, les mercredis et les jeudis de chaque semaine, et le lundi de quinze jours en quinze jours, conseil d'État, où il n'entre que Monseigneur et les ministres. Le mardi et le samedi, conseil royal des finances, où entrent Monseigneur, M. le chancelier, M. de Beauvilliers, M. Pussort, M. d'Argouges et M. le contrôleur général. Les lundis, de quinze jours en quinze jours, conseii de dépêches, où entrent Monseigneur, M. le chancelier, les ministres et tous les secrétaires d'État, tant titulaires que survivanciers. Les vendredis, conseil de conscience avec M. l'archevêque de Paris et avec le P. de La Chaise, séparément. Outre cela, le roi travaille souvent l'après-dîner et les soirs, ou avec M. de Louvois, ou avec M. de Seignelay ^ »

L'année 1687 renferme vingt et une lettres authentiques et cinq lettres apocryphes. Elles contiennent peu de documents sur les événements du temps. On trouve en outre pour cette année, dans les Lettres historiques et édifiantes, t. I, quatre lettres à des Dames de Saint-Louis, à madame de Blosset, p. 50, à madame de Saint-Pars, p. 52 et 56, à madame de Saint- Aubin, p. 54.

LETTRE XC (La B.)

NOTE PRÉLIMINAIRE

Cette lettre ne se trouve que dans la collection de La Beaumelle (t. I, p. 238 de l'édit. de Nancy; t. II, p, 126 de l'édit. d'Amsterdam). Elle est tout aussi fausse que les autres lettres à madame de Saint-Géran. En voici les principales preuves :

« Le roi a donné, dit La Beaumelle, à M. Fagon cent mille francs et autant à Félix... » Ce n'était pas Fagon qui était alors le premier médecin du roi, c'était Daquin. Le roi donna

Page 1