Le cher petit prince était un jeune homme de dix-i^tanB
2, M^imucriu de mademoiselle d'AumaU*
aventures qui pourroient nous arriver, quoique je n'y voie guère d'espérance présentement.
Je ne suis pas surprise que le bois aille vite : il s'en brûle partout en grande quantité, et je crois que la cuisine est le lieu où Ton en abuse le moins.
Je suis bien aise que ma réponse vous ait satisfaite ; je ne vous fâche jamais sans en avoir beaucoup de chagrin.
Je vous prie de remettre la réception de nos professes, que nous devions faire jeudi, à un autre jour. Nous avions choisi ce jour-là à cause de la communion ; mais comme voici plusieurs fêtes où l'on communiera, il faut que vous m'en marquiez une où il n'y ait pas de grand'messe, afin que nous ayons Iç temps de faire cette affaire-là le matin, n'étant pas assurée de pouvoir être tout le jour *.
Le roi se porte pourtant parfaitement bien.
LETTRE XCII (Là B.)
NOTE PRÉLIMINAIRE
Cette lettre ne se trouve que dans la collection de La Beaumelle (édit. de Nancy, 1. 1, p. 240 ; édit. d'Amsterdam, t. II, p. d6i). Louis Racine l'apostille : Je suis œnvaincu qu'elle est r ouvrage de V éditeur. Elle est en effet complètement inventée.
On lit dans les Mémoires de Choisy, p. 355 : a Madame de Maintenon ëtoit au chevet du lit de Sa Majesté.
1 . La réception eut lieu le 1 1 janvier : les trois professes flirenl mesdemoiselles de Blosset, du Tour et de Monfort. Voir les Mémoires des Dames de Saint-Cyty eh, xii.
Madame de Montespan vint à la porte de la chambre et voulut entrer avec cet air impérieux qu'une longue domination lui avoit fait prendre; mais l'huissier avoit ses ordres : elle n'entra pas et eut le chagrin cuisant de voir la place prise par une personne plus digne de Toccuper. Elle s'en retourna à son appartement et laissa échapper dans les antichambres plusieurs démonstrations d'une douleur immodérée que les courtisans malicieux disoient venir de colère et de dépit. » Nous allons voir tout à l'heure que tout cela n'est pas vrai. Le scandaleux abbé de Ghoisy revenait alors de Siam et n'allait pas à la cour ; il n'a point su ce qui s'y passait et a été mal renseigné. La Beaumelle a cru son récit" exact, et il y a trouvé l'occasion d'une lettre de madame de Haintenon à madame de Montespan, dans laquelle il suppose que celle-ci, refusée à la chambre du roi, s'en est allée à Fontevrault voir sa sœur, et que là elle reçoit un ordre du roi pour revenir à Versailles. Voici cette lettre :
12 janyier 1687.
Le roi m'a donné ordre, madame, de vous écrire que TOUS l'obligeriez de reparoitre à la cour, à moins que le désir de faire votre salut ne vous retienne à Fontevrault ; en ce cas, il ne voudroit pas que pour lui vous changeassiez vos pieuses résolutions; mais si votre absence est la suite de quelque mécontentement, je puis vous assurer, madame, que ^ous ne sauriez mieux faire que de revenir bientôt. Le roi vous auroit permis d'entrer, s'il n'avoit craint un attendrissement qui pouvoit nuire à son état; il a été fort sensible à votre douleur , et il a embrassé nos princes avec beaucoup de tendresse. Le duc du Maine s'est chargé de vous faire mes baise-mains ; croyez, madame, que quelque tendresse qu'il vous dise pour moi, ses termes seront toujours bien au-dessous
66 C0BBESP0NDA19GE «^NÉRALE.
de tout ce que minspire&t TincUnatien et la reconnoisssDce,
APPENDICE A LA LETTRE îaT.
Cette lettre, quelque vraisemblable qu'elle paraisse, et quoiqu'elle s'appuie sur le récit de Tabbë de Ghoisy, n'a januiis existé; elle n'a jamais pu ^tre écrite. Madame de Hifonlmpaii n'était pas à Versailles pendaot la maladie du roi ; Md ae s'est pas présentée à sa chambre; elle n'est pas allée à Fontevrault ; elle n'a pas été rappelée & la cour par une lettre quelconque. Voici la vérité : madame de Montespan, le i8 novembre, jour de la grande opération, était à Fontainebleau auprès de sa fille, la duchesse de Bourbon, malade de la petite vérole. Dès qu'elle apprit la nouvelle de l'opératioa, dit le iournal de IkmgeaUy « elle partit en diUgenoe pour venir trouver le roi ; mais ayant appris à Essonne qne le roi s'en portoit très-bien, elle retourna auprès de madame de Bourbon. » (T. I, p. 417.) — Et trois jours après, le 21 novembre : « Madame de Montespan est venue de Fontainebleau et se tient à Glagny pour savoir plus souvent des nouvelles du roi; elle n'ose venir ici (au château), à cause qu'elle a été auprès de madame de Bourbon, qui a la petite vérole. » (T. I, p. 419.) — Et plus tard, 6 janvier, six jours avant la lettre inventée par La Beaumelle : « Le rm descend toujours en bas à la chapelle, et en sortant de la mœse il va cbea madame de Montespan ; et le soir, après souper, madame de Mont(*span monte chez lui avec madame la Duchesse. » (T. II, p. 3.)
LETTRE XCIII (Là B.)
NOTE PRÉLIMINAIRE
Cette lettre ne se trouve que dans la ooUection de La Beaumelle (t. I, p. 142 de l'édit. de Nancy; t. II, p« 128 de redit. d'Amsterdam). Louis Racine l'annote : m'est incùhme
A MADAME I»£ SAINT-GÉRAN (4687). 67
et irés-suspede. Elle est aussi fausse que les précédentes^ puisque madame de Maintenon parle à madame de Saint- Gréran de choses que celle-ci doit mieux savoir qu'elle-même. Ainsi il est vrai que, le 30 janvier, « le roi, raconte Dangeau, content des marques d'amitié que lui avait données sa bonne ville de Paris durant sa maladie,alla entendre la messe à Notre- Dame et diner à la maison de ville. Il y avait cinquante-cinq «ouverts. Tous les princes du sang, les enfants du roi et toutes les dames qui avaient suivi (au nombre de vingt-quatre), mangèrent avec le roi. Le prévôt des marchands le servit à table; sa femme servait la Dauphine. Jamais roi n'avait dîné à la maison de ville. ^ Le peuple de Paris a témoigné la plus grande joie du monde de voir le roi; toutes les bou*tiques ont été fermées; des feux de joie partout la nuit, et beaucoup de fontaines de vin tout le jour... » (T. II, p. 15). Madame de Maintenon, selon sa coutume, n'assista point à cette fête, ce qui n'empêche pas La Beaumelle de lui faire écrire, comme si elle avait été présente : « Paris doit être bien content de son maître : le roi n'a jamais été de si bonne humeur que depuis qu'il a été témoin de l'amour de sa capitale. » Et elle écrit cela à madame de Saint-Géran, qui était du nombre des vingt-quatre dames qui avaient suivi le roi ! C'est ce qu'on peut voir dans le Mermre Galant de février 1667, p. 54.
Nous avons dit que le roi avait conseil de conscience les vendredis avec l'archevêque de Paris et le P. de La Chaise, séparément. Il est vrai que, à cause de la conduite irr^ulière du prélat, il finit par ne plus l'entretenir que d'afiSadres insignifiantes, et qu'il ne consulta plus que le P« de La Chaise pour la distribution des bénéfices. Mais tout cela se fit sans scandale (voir les Mémoires de Choisy^ collection Petitot, t. LXIIl)^ et certainement madame de Maintenon, si respectueuse pour le clergé, n'a jamais écrit ceci : « Madame de Lesdiguières ne verra plus le clergé de France à ses genoux. » Je ne parle pas de M, voire neveu, qui est de l'invention de La Beaumelle ; mais madame de Maintenon n'a jamais écrit : « On peut bien dissimuler pour rendre service
à ses amis. » Quant à la phrase sur la princesse de Gontî, « qui se fait aimer de Dieu et des hommes, i> elle n'a pas le moindre sens, a Cette princesse, dit madame de Caylus, belle comme madame de Fontanges, agréable comme sa mère, avec la taille et Tair du roi son père, » avoit alors vingt et un ans et ëtoit veuve depuis moins de deux ans. « On ne peut nier, ajoute-t-elle, que sa coquetterie ne fût extrême. Son esprit est médiocre et son humeur capable de gâter d'excellentes qualités qui sont réellement en elle... Je ne sais si son humeur contribuoit à révolter les conquêtes que sa beauté lui faisoit faire, ou par quelle fatalité elle eut aussi peu d'amants fidèles que d'amis reconnoissants, mais il est certain qu'elle n'en conserva pas... »
2 février 1687.
Paris doit être bien content de son maître ; le roi n'a jamais été de si bonne humeur que depuis qu'il a été témoin de l'amour de sa capitale. Je lui aime bien ces sentiments ; ils lui inspireront peut-être le dessein de soulager son peuple. Le père de La Chaise est mieux que jamais dans Tesprit du roi; il agira désormais sans M. l'archevêque de Paris, et madame de Lesdiguières ne verra plus le clergé de France à ses genoux. G'étoit un grand scandale. Il fera son rapport, et le roi nommera; vous croyez bien que cette grande faveur va mettre tout le monde aux pieds de la Société; je lui ai fait déjà ma cour pour M. votre neveu, et l'ai faite de belle grâce; on peut bien dissimuler un peu pour rendre service à ses amis. Madame deMontespan vit comme un ange, la cour a bien changé depuis qu'elle ne la gouverne plus. Madame la princesse de Conti se fait aimer de Dieu et des hommes.
A M. l'abbé gobelin (1687). 69