‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 11 sur 149 · Quelque chose de barré ici · texte numérisé non relu

Quelque chose de barré ici

« Maubourg et de Garaman. Peut-être allez-vous discuter aujour- « d'hui à Xorth-Cray cette grande mesure du rappel des ambas- « sadeurs dont vous m'avez parlé hier, et je serais bien aise de « savoir quelle est, sur ce point, l'opinion d'un homme d'Etat tel « que lord Londonderry. »

Il m'a beaucoup remercié, il m'a dit que c'était la Russie ([ui demandait, en cas de rupture, le rappel des ambassadeurs, que l'Autriche y consentait, mais sous la condition que la mesure serait générale et suivie par tous les gouvernements. Je l'ai assuré qu'il trouverait toujours cordialité, franchise et sentiments monarchiques dans le nouveau ministère français ; que nous ne romprions jamais les premiers une alliance qui faisait la sûreté et le repos de l'Europe, et que nous serions toujours prêts à adopter toutes les mesures qui ne blesseraient ni les intérêts, ni l'honneur de notre pays. Il m'a promis de me dire, en revenant de North- Gray, jeudi à midi, ce qui se serait passé entre lui et lord Londonderry. Il doit me montrer aussi la dépêche de M. de Metternich. Ainsi, jeudi soir, 18, si la chose en vaut la peine, j'enverrai un courrier extraordinaire ; sinon, j'attendrai le départ de notre courrier ordinaire qui a lieu le vendredi à 7 heures du soir.

Je crois. Monsieur le Vicomte, que vous serez satisfait du parti que j'ai pris, en en voyant déjà un résultat probable assez heureux. Vous pourrez être instruit par le télégraphe vingtquatre heures avant le reste de l'Europe, et expédier, si vous le voulez, un courrier pour Vienne. Mais, à vous dire la vérité, je crois que le prince Esterhazy ne m'apprendra que des choses vagues. Avant la réunion du Gonseil, il ne peut y avoir rien de décidé. Je pense comme vous que l'Angleterre inclinera à la politique de l'Autriche. Par ma dépêche N*' 4, vous aurez vu. Monsieur le Vicomte, que j'avais répondu d'avance à votre empressement à connaître les sentiments du ministère anglais sur la grande question de l'indépendance des colonies espagnoles. Je m'en réfère à cette dépêche, n'ayant rien appris de nouveau ; j'ai seulement remarqué que les journaux ministériels gardaient

sur ce point un silence affecté, ce qui semblerait être d'accord avec l'opinion que m'a exprimée Lord Londonderry. Mais j'ai quelques doutes sur la sincérité de cette opinion, et je crois que la France doit prendre son parti, en toute matière, sans attendre pour se déterminer l'autorisation des exemples. J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le vicomte.

Votre très humble et très obéissant serviteur, Chateaubriand. ^

(W^ 16 avril 1822.

A Madame Récamier.

Londres, ce mardi 16 avril 1822.

Enfin voilà un billet de vous. Vous avez reçu ceux que je vous ai écrits de Calais et de Douvres. Ceux que je vous ai écrits de Londres vous seront sans doute aussi parvenus par l'entremise de ce bon M. Lemoine. Vous retrouvez là mon ancienne exactitude et cette parole qui n'est jamais violée. Je viens d'écrire à M. de Montmorency. Je n'ai pas été étonné de ce qu'on lui avait dit. Les gens qui aiment à brouiller sont fort communs. J'espère qu'il sera content de ma lettre.

Je suis sur les nouvelles du jour comme j'étais à Berlin. Vos amis les libéraux n'ont qu'une fausse joie. Nous les battrons, et si nous ne nous désunissons pas, notre triomphe est certain.

Je commence à voir des symptômes de faveur ici dans les hauts cercles politiques ; je ne sais rien encore de la société. Elle va commencer. Ce sera mon tourment.

Pensez à moi, écrivez-moi. Vos lettres m'arriveront par la poste, si elles sont affranchies jusqu'à Calais. ~

1. La signature seule est autographe. — Affaires étrangères, Angleterre 615, f° 156. — Publiée incomplètement parle comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 239-41.

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