Souvenirs. . . Bécamier, t. I, p
r)63 1() avril 1822.
A la duchesse de Duras
— Mardi, 16 avril 1822.
Vous savez que je vous ai quelquefois reproché de ne pas me «connoître sous certains rapports. Comment avez-vous jamais pu croire que j'étois arrivé avec cinq voitures, qu'il y avoit pour aue recevoir des pagres en habit d'écarlate et d'or, qu'un dîner splendidem'attendoit, etc. î Je suis arrivé modestement avec deux ihumbles voitures de Berlin. J'ai dîné avec mes pauvres secrétaires, assez tristement et assez mal; j'étois triste à mourir en •entrant à Londres, et je vous assure que je puis encore à peine •soulever le poids de cette tristesse. Ce sont les journaux fashio- Jiables qui ont fait tout ce tintamarre ; ils veulent me rendre à la mode, et je ne fais pas un pas que le lendemain on ne dise que inion Excellence a passé par telle rue et qu'elle est rentrée par telle autre. La frivolité de ce pays est incroyable.
Cependant je reprends un peu courage . Mes actions haussent, ï^ord Granville m'a écrit un billet dont je vous envoie la copie. Vous savez quel rôle lord Granville joue dans le pays. Lord Liverpool a eu la bonté de se déplacer pour venir me voir le pre- Tnier. Je dois cela à vous et à Lord Bristol. Je trouve tous les jours sur ma liste les plus grands noms d'Angleterre, en hommes -et en femmes. Dans la city le commerce parle de mon Libéral jïiind et je reçois des invitations à tous les dîners des clubs et des societies pour les arts, les lettres, les voyages, etc. Les journaux ne parlent pas de moi ou parlent bien. Il n'y a que le Morning-Herald qui m'a attaqué dans une correspondance privée, encore en disant que je ne resterois pas longtemps à Londres et que j'allois •être premier ministre en France parce que mes imbéciles d'amis 4ie sauroient plus que faire sans moi.
Je vous mande tout ceci puisque vous voulez tout savoir. Je vais avoir bien d'autres histoires à vous faire, la grande société
va s'ouvrir, les roiits vont commencer. Je serai présenté au Roi le 19. J'espère rendre ici d'immenses services à la France royaliste, elle a été bien méconnue et bien calomniée ; mais tandis, que je la sers à Londres, comment va-t-elle en France ? Je voudrois être partout à la fois, et la crainte que j'ai de nos sottises à Paris, me trouble au milieu de ce que je fais à Londres.
J'ai dîné hier chez le prince Estherazy avec Lady Glengall. Elle n'a fait que me parler de vous et de vos nouvelles. Elle veut que vous l'imprimiez.
Mais je vous quitte pour les affaires. J'ai reçu cette nuit une dépêche importante que m'a apportée votre protégé Rothschild. Je l'ai prié à dîner pour demain. ^
664 16 avril 1822.
Au marquis de Boissy.
Je vous remercie, monsieur, de la lettre que vous avez bien voulu m 'écrire et de la peine que vous vous êtes donnée. Gomme quelque chose vaut mieux que rien, prenons toujours le servicebleu, tout incomplet qu'il est. Dans la lettre que je vous envoie, et que vous aurez la bonté de remettre à M. de Lauriston, je luidemande de faire compléter ce service. Il suffira que ion garde, à la manufacture, une assiette pour modèle. Si cependant on voulait, avec ce service manqué, envoyer un autre service complet, il faudrait s'arranger de cela.
Nous aurons bien de la peine, je le crois, à obtenir l'ameublement du salon ; cependant je le sollicite encore. Quand on ne me donnerait [que des tapis et des tapisseries, cela diminuerait toujours mes frais d'ameublement. Il n'y a pas d'argent à débourser pour le roi, puisqu'il a certainement à lui des manufactures de tapis et de tapisseries.
i. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
Je vous renouvelle, Monsieur, tous mes remercîments. Vous viendrez nous rejoindre quand vous ne verrez plus d'espérance de succès. J'aurai mon audience du roi le 19, et dans les premiers jours de mai, nous commencerons à nous reconnaître dans la maison.
GlIATEAUIUUAND. •
665 18 et 19 avril 1822.
Au vicomte de Montmorency.
!'•'' Division Londres, le 18 avril 1828.
Politique N** 12 Monsieur le Vicomte.
Dans ma dépêche N^ 10, j'avois prévu que lord Londonderry ne donnerait pas au prince Esterhazy une réponse positive avant d'avoir pris l'avis des ministres ses coUèg-ues, et que le conseil ne pouvait être convoqué au plutôt que le jeudi ]H. En effet, il s'est assemblé aujourd'hui. J'ai essayé de voir Lord Londonderry qui est revenu hier au soir de la campagne ; mais il m'a fait dire que toute sa journée était occupée par des comités et par le conseil.
Je sors de chez le prince Esterhazy ; il m'a tenu parole et m'a raconté en détail sa conversation avec lord Londonderry. Il a mis dans son récit une candeur qui ne me laisse aucun doute sur la vérité de ce que je vais vous dire; j'ai trouvé dans le jeune ambassadeur d'Autriche une connaissance des affaires et une maturité de jugement dont il n'a pas la réputation.
Lord Londonderry a donc dit au prince Esterhazy que le comte Lieven était venu le trouver à la campagne pour lui faire aussi la proposition de rappeler de Constantinople, en cas de