‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 25 sur 149 · SI · texte numérisé non relu

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p. s. J'ai rhonneur de vous envoyer, Monsieur le Vicomte, les deux exemplaires du Calendrier Royal que'vous aviez désirés •et qui n'ont paru que depuis trois jours.

GiiJ

M. le Comte de Lieven sort à l'instant de chez moi. Il est venu ■me demander au nom des autres ambassadeurs mes collègues ce qu'il était à propos de faire vis à vis du prince de Danemark nouvellement arrivé ; si nous devions attendre la visite du prince, ou si nous devions lui présenter nos respects les premiers, s'en rapportant d'ailleurs à ma décision. J'ai incliné, Monsieur le Vicomte, à la courtoisie, surtout dans un temps où l'on montre si peu de respect pour les Princes : en conséquence, nous allons tous aujourd'hui nous écrire à la porte du prince et de la prin- «cesse de Danemark.

Ch. 2

^1 ISon Excellence Monsieur le Vicomte de Montmorency . '^

101 17 mai 1822.

A Villèle.

Londres, 17 mai 1822.

Les élections, moucher ami, me font grand plaisir, voilà l'avenir assuré, sauf un seul écueil qu'il vous reste à éviter et qu'il est de mon amitié de vous signaler.

Vous n'avez plus à craindre désormais qu'une division dans le <iôté droit à l'ouverture des Chambres. Cette division, ne fût-elle que de dix voix, serait encore très malheureuse : un ministère royaliste ne doit pas avoir une opposition royaliste. Or vous pouvez tout arranger. Faites maintenant, après les élections, les

1 et 2. La signature et les paraphes sont seuls autographes. 3. Affaires étrangères. — Angleterre, 61"), f» 216.

Correspondance de Chateaubriand. T . III. 6

nominations que vous n'avez pas cru devoir faire avant. Satisfaites vos amis ; prenez Bertin de Vaux avec vous, c'est le moyen de le consoler de n'avoir pas été élu député. Ne laissez pas la session s'ouvrir sans que Delalot, Gastelbajac, Donnadieu soient placés. Rendez à Vitrolles ce que vous avez justement ôté à Louis. Je> voudrais aussi que ce pauvre Agier fût tiré d'affaires. Ses cris, vous sont nuisibles dans Paris. Enfin notre ami La Borie ne doit pas être oublié. Mon cher ami, pour achever votre ouvrage, il nes'agit plus que de prendre une demi-douzaine de têtes royalistes. Votre raison et votre connaissance des hommes ne doivent pas vous permettre d'hésiter à faire une chose de la plus grande utilité pour vous et qui n'a pas aujourd'hui le moindre danger.

11 paraît maintenant assez probable que, guerre ou non, il y aura un Congrès. Le prince Esterhazy, ambassadeur autrichien) ici, part dans un mois pour Vienne, et il m'a dit qu'il avait la promesse du prince de Metternich d'aller avec lui au Congrès à Florence ou en Allemagne. Ceci, mon cher ami, facilitera ma nomination à ce Congrès. C'est la chose que je désire le plus vivement et que je vous demande ; c'est là que j'achèverai d'acquérir dans vos intérêts cette prépondérance diplomatique qui augmentepour moi de jour en jour. Ainsi je marcherai auprès devons sans, vous gêner ; je serai sous votre main en cas de besoin, et si rien n'est encore assez mûr, je reviendrai, après le Congrès^ reprendre mon poste en Angleterre avec un accroissement de force et de considération. Je ne vois aucune objection raisonnable à ce plan et d'autant plus que parmi vos ambassadeurs vous, n'avez personne. On ne doit pas sous votre ministère recommencer les sottises de Laybach. Ne m'oubliez pas et croyez au dévouement de votre sincère ami. Vos affaires vont bien ici et j'ai pris, le dessus : depuis six ans on avait bien mal servi la France.

Chateaubriand. ^

i. .Wmo/ms- Villôle, 111,20.

U)'2 17 mai |1822].

A Madame Récaraier.

17 mai.

Le courrier d'hier ne m'a point apporté de lettre de vous. Il n'y a que moi dans le monde dont l'attachement soit toujours le même, et dont l'amitié soit toujours exacte. On me fait, quand on m'oublie, une peine que je ne veux faire à personne.

Voilà les élections à peu près finies. Les libéraux sont battus, et, en vérité, ils avaient bien des chances pour eux ! Croiront-ils encore qu'ils sont populaires, qu'ils sont les plus nombreux, les plus forts et les plus habiles ? Le petit ministère triomphera ; je l'ai prédit.

Je suis toujours très-bien ici, et je prends chaque jour plus d'empire. J'espère pourtant, quoi qu'il arrive, vous voir bientôt soit en congé, soit en allant au Congrès, s'il y a Congrès, soit en devenant ministre. Enfin, je vous verrai quand vous voudrez.

M. de Broglie et M. de Staël sont venus me voir. Je les ai priés à dîner pour mercredi prochain. J'espère que dimanche j'aurai un mot de vous. J'en ai grand besoin. ^

lOS 17 mai [1822J.

A la duchesse de Duras.

Vendredi 17 mai.

Enfin voilà une bonne grosse lettre de vous, mais pour vous punir de votre méchanceté passée vous n'aurez aujourd'hui que quelques mots de moi. Le fait est que le courrier du vendredi me laisse à peine le temps de répondre. Il arrive le jeudi de Paris et il repart de Londres le vendredi. Je n'ai que 24 heures pour les dépêches et les courses chez les Ministres, quand les dépêches sont importantes comme elles le sont aujourd'hui.

1. Souvenirs... Récamier, l. I, p. 399-400. — Ilerriot, II, H3.

I*^ Ce n'est pas ma voiture de cour, ce sont mes deux voitures qui, avec les harnais, me coûtent 28.000'; elles m'en auraient coûté 16 a Paris, c'est juste le double, mais la faute est au Pays,

2^ Le grand salon pour lequel on me demandait ici 100.000 ou au moins 60.000 m'en coûte 20.000. C'est encore réussite. Je n'ai fait et ne ferai pas un sou de dette. J'aurai sur mon année, malgré les diners et les bals, 20.000*^ pour M***' de Chateaubriand.

Mon premier diner a été superbe, le second qui aura lieu le 26, sera honoré de la présence du duc d'York, on dansera le 7 février. Je suis très bien avec le Roi, les Ministres et la Société. Mais je voudrais être avec vous. M. d'Argenson n'est pas venu me voir. M. de Broglie, de Staël, le duc de Guiche et le marquis de Lansdowme dinent chez moi mercredi ! Je suis assez content des élections. Au milieu de tout cela je m'ennuie et je vous aime.

Rappelez moi vite au Ministère. ^

104 21 mai 1822.

Au vicomte de Montmorency.

1»« Division Londres, le 21 mai 1822.

Politique

Monsieur le Vicomte,

Ayant obtenu samedi dernier 18, une audience particulière du Marquis de Londonderry, je lui ai lu, comme vous m'y aviez autorisé, cette partie de votre dépêche du 13, N^ 9, destinée pour lui.

Il a pris son parti en véritable diplomate, loin de paraître blessé du refus que fait notre cabinet d'entrer en négociation avec le cabinet de Saint-James pour les colonies espagnoles. Il a fort applaudi au paragraphe, l'a trouvé bien raisonné, bien écrit, et m'en a demandé copie pour le mettre sous les yeux de sa

1. D'après rori<j^inal autographe. — Archives du château de Maucreux.

Majesté Britannique. Gomme vos instructions me défendaient formellement de donner cette copie, ma position était assez embarrassante. Je savais que plusieurs de mes collègues avaient en pareil cas outrepassé les ordres de leur cour; moi, je n'ai pas cru devoir le faire: j'ai répondu que, n'étant autorisé qu'à communiquer partie de mes dépêches, je ne croyais pas pouvoir aller plus loin sans en référer à mon gouvernement . ^

Je pense, Monsieur le Vicomte, qu'il n'y a aucun inconvénient à livrer copie du paragraphe précité : il est très bien, et ne peut rien compromettre ; il me suffira d'y retrancher quelques mots. Refuser copie d'un passage dont nous avons cru pouvoir donner connaissance, serait nous soupçonner de manquer de cette franchise qui doit être le caractère distinctif d'un ministère royaliste. J'ai demandé à M. le Marquis de Londonderry ce qu'il comptait faire à l'arrivée de M. Zéa : « Ce que j'ai fait avec son secrétaire, « m'a-t-il répondu ; celui-ci m'a demandé une audience, je la lui « ai accordée, non comme à un agent politique, mais comme à « un simple particulier. Je lui ai dit que nous ne nous opposions (( pas à la liberté du commerce, mais qu'il était impossible de « décider si vite sur le reste, que nous ignorions la position juste « des colonies espagnoles, que l'Angleterre ne pouvait ni agir « sans connaissance de cnuse, ni nuire à l'Espagne, ni blesser les « intérêts des alliés sur le continent. »

Le dessein de lord Londonderry est de tirer cette affaire en longueur. Il a parlé à M. d'Onis, ambassadeur d'Espagne ; il lui a dit que si les Gortès voulaient prendre un parti à l'égard des colonies, elles mettraient à l'aise toutes les puissances du Continent. « Au reste, vous verrez bientôt, a ajouté lord Londonderry, le « bill qu'on prépare relativement aux intérêts commerciaux. « Dans ce hill on dira simplement que les vaisseaux des colonies « indépendantes pourront être reçus dans les ports de l'Empire « Britannique. Mais on évitera avec soin de se servir du mot a pavillon, afin que rien ne soit reconnu. »

1. Le comte d'Ant'ioche {Chateaubriand anihassadeur à Londres, p. 27 13 a publié quelques lignes de ce paragraphe.

Il j aura donc un Bill.

Voilà au juste, Monsieur le Vicomte, la position des choses: j'attends vos ordres.

Le secrétaire de M . Hyde de Neuville qui a passé ici avec des dépêches vous aura informé de tout ce qui est relatif à la même question, aux Etats-Unis.

Nous ne savons rien de nouveau sur les affaires d'Orient, si ce n'est l'arrivée de M. de Tatischeff à Pétersbourg. On croit généralement à la guerre.

La nouvelle de la mort de M. le Duc de Richelieu que nous avons apprise avant-hier par un courrier expédié à M. Rothschild a fort touché. M. de Richelieu était un honnête homme, généralement estimé.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Chateaubriand, i

P. S. M. Billing arrive avec votre dépêche N*' 10, Monsieur le Vicomte. Elle ne m'oblige à faire aucun changement à la mienne. La conservation de la paix en Orient serait une chose très désirable ; on était ici dans la joie de vos élections ; celles de Paris et de Colmar ont un peu diminué cette joie, d'autant plus que les journaux de l'opposition vont triompher, et que les journaux royalistes de Paris ne disent pas ce qu'ils devraient dire.

Vous savez maintenant que le ministère anglais a obtenu la victoire sur l'opposition dans la question des ambassadeurs. Je vais faire droit aux deux lettres particulières du 6 et du 20 mai, qui

accompagnaient votre dépêche.

Gh.2

A son Excellence Monsieui^ le Vicomte de Montmorency.^

1 et 2. La sig-nature et le paraphe sont seuls autographes. 3. Affaires étrangères. — Angleterre, 615, f^ 221.

105 2! mai 1822.

A Madame Récamier.

21 mai 1822.

Avec quelle joie j'ai revu la petite écriture ! Tous les courriers <jui arrivaient sans un seul mot de vous me crevaient le cœur. Suis-je assez fou de vous aimer ainsi, et pourquoi abusez-vous tant de votre puissance ? Pourquoi avez-vous cru un moment ce iju'on a pu vous dire ? Je hais mortellement ceux qui m'ont fait tant de mal, quels qu'ils soient. Nous nous expliquerons, mais «n attendant aimons-nous, c'est le moyen de nous défaire de nos «nnemis. Si vous étiez allée en Italie, je vous y aurais suivie.

A propos d'Italie, le congrès paraît plus probable que jamais. Je vais avoir besoin de vous pour attaquer Mathieu. Je vous donnerai le signal. Le prince d'Esterhazy, ambassadeur d'Autriche à Londres, ira au congrès. Vous sentez combien nous pouvons * faire valoir cette circonstance. Ce Congrès a l'immense avantage de me ramener à Paris, et toute cette politique ne signifie ^utre chose, sinon que je meurs du besoin de vous voir. Je ne vous ai point écrit par le dernier courrier, j'étais trop triste et trop malheureux de votre silence. Vous le verrez bien par les lettres que vous aurez reçues avant celles-ci.

Je tiens toujours que nos amis triompheront malgré leurs innombrables fautes. J'aime beaucoup Tabbé Frayssinous, mais je crois que l'opinion n'est pas encore mûre pour mettre un prêtre -à la tête de l'éducation publique. On mécontente Delalot, et Delalot est une puissance dans la Chambre. Une division dans le «côté droit peut seule perdre nos amis. Il faut donc vous dire encore que je vous aime. ~

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