‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 26 sur 149 · M™e Leiiormant avait lu « pourrons » par erreur · texte numérisé non relu

M™e Leiiormant avait lu « pourrons » par erreur

^. Souvenirs. . . Récamier, t. I, p. 401-03, — Ilerriot Rrcainier, II, 115.

706 21 mai 1822.

A la duchesse de Duras.

Londres, ce 21 mai 1822.

D'après votre avant-dernière lettre j'espérois une longue suite de lettres sans orage, et voilà qu'il m'arrive une lettre désespérante. En vérité je ne sais pas comme l'amitié la plus tendre et la plus profonde peut tenir à ces tempêtes éternelles. Quoi, fautil encore des explications ? Si dans un moment de véritable désespoir oùme jettent vos lettres, j'ai répondu avec quelque impatience, est-ce à vous à vous en étonner? Au nom du ciel, cessez cette manière d'être. Je n'y résisterois pas. Je continuerois à vous aimer de toute mon âme, mais je ne vous le dirois plus.

Vous dites qu'il ne faut écrire qu'à vous seule. J'écris ou je réponds à toutes les personnes qui m'écrivent. Je n'écris qu'à vous seule de longues lettres, et je ne dis qu'à vous seule que vous êtes ma première et ma plus anciennne amie.

Vous êtes sans doute réconciliée avec M^*^ de Montcalm. Son malheur vous aura fait oublier son billet (billet au reste que vous disiez m'envoyer et qui n'étoit pas dans votre lettre) ; je crois que M**^ de Mont[calm] aimoit véritablement son frère. Elle \a voir sa cour peu à peu se retirer ; et si elle a pris tous les hommages qu'on lui rendoit comme un tribut payé à sa personne, elle va apprendre à connoitre les amis du monde. C'est encore l'étoile de Villèle qui a tué ce pauvre Richelieu comme elle a fait la masse des élections. Le véritable danger du ministère étoit encore dans la coterie Richelieu, Pasquier, Roy, Mole. Elle est détruite à jamais par la mort du chef. Au reste, ce chef que je regrette en bonhomme que je suis, nous a fait un mal horrible, et c'étoit, à moi, mon véritable ennemi.

Il paroit qu'une de mes dépêches a fait du bruit en France. On m'en écrit de tous les côtés. 11 faut donc que le Roi et les ministres l'aient louée ou en aient parlé. Je continue à réussir ici. J'ai fait

la connaissance de lady Conyn^ham ; et j'espère qu'elle amènera le Roi à venir dîner chez moi. Mais c'est un grand secref . Le duc d'York y dîne dimanche prochain.

Je suis fâché que vous ayiez parlé du Congrès à Polignac. Cette affaire du Congères pour moi se traitoit dans le plus grand secret entre moi, Villèle et Hermann '. Villèle m'a formellement promis que j'irois, s'il y a Congrès. Ainsi il aura été mécontent si vous lui en avez parlé. Je cachois soigneusement cette allaire à Polignac et à Mathieu à cause d'Adrien, mais j'espère encore qu'il n'y a rien de gâté. Les ministres peuvent bien me refuser d'être ministre avec eux, mais tout le reste, ils sont forcés de me l'accorder. Toutes leurs dépêches sont remplies de remerciements et do compliments.

Je m'accoutume à vous écrire des volumes, et il faut m'en savoir quelque gré. Car si vous voyiez mon travail^ vous verriez que je suis obligé de prendre pour vous écrire sur les cinq ou six heures qui me restent pour dormir. Tous les secrétaires sont malades et d'ailleurs je ne leur laisse rien à faire, pas même les affaires des particuliers. Toute la correspondance est dans ma main. J'ai borné Marcellus à la simple copie. C'est d'ailleurs un excellent jeune homme et qui tient la maison dans un ordre parfait. Sous ce rapport il m'est d'un grand secours.

Bonjour, chère sœur, plus de gronderies. Je tombe de lassitude.

Je vous ai dit dans une de mes lettres que j'ai reçu les livres. Vos commissions seront faites. Je vais jeudi passer 2i heures avec cet excellent lord Bristol.

Demain je donne à dîner à M. M. de Staël, de Broglie, de Guiche", d'Haussonville. Cela m'amuse de faire boire du vin de Champagne à l'opposition.

Je rouvre ma lettre pour vous dire que je reçois un courrier extraordinaire qui m'apporte les nominations de Paris, de Lyon,. d'Orléans, de Beauvais et de Colmar. Celles de Paris et de Col-

1. Hermann, directenr des afTaircs politiques au ministère des Affaires étrangères.

mar sont détestables. Mais à qui la faute pour Paris? Aux ministres. Leurs candidats étoient pitoyables. Il n'y a peut-être pas grand mal pour moi que ces messieurs n'aient pas si fort le vent en poupe.

Ils vont nommer l'abbé Frayssinous à l'instruction publique. C'est un homme faible. Et que dira Delalot dans la Chambre ? Dans un gouvernement représentatif, il faut être les plus forts à la tribune. ^

101 23 mai 1822.

Au marquis de Londonderry.

Le soussigné, Ambassadeur de S. M. T. C. a l'honneur de transmettre à Monsieur le marquis de Londonderry des réclamations qui, ayant toujours paru justes au Gouvernement anglais, acquièrent aujourd'hui plus de force par les nouveaux documens sur lesquels elles sont appuyées. Pour exécuter les ordres précis de sa Cour, et pour épargner à Monsieur le marquis de Londonderry de longues recherches, le soussigné prend la liberté de remettre sous ses yeux l'exposé suivant :

Lors de la prise de la Guadeloupe par les troupes de Sa Majesté Britannique, le D"^" Abeille passa un marché avec le commandant anglais, lord Gray, pour recevoir et faire traiter dans ses hôpitaux les blessés et malades anglais. Les avances considérables qu'il lit dans cette occasion sont, depuis quatre ans, l'objet des réclamations du général Desfourneaux, succédant aux droits du D^ Abeille.

A la suite du rapport d'une commission nommée ad hoc en 1820, une décision de la Chambre des Communes porta à 20.000 i sterling la somme due par le Gouvernement au général Desfourneaux; mais quelques jours après, la Chambre parut

4. D'après Toi-iginal autographe. — Archives du château de Maucreux.

croire que la convention conclue n'avait été ni approuvée par lord Gray, ni exécutée entièrement par le sieur Abeille; en conséquence, elle adopta un amendement qui réduisait la créance à 3.500 i.

Le soussig:né s'empresse d'adresser à Monsieur le marquis de Ldndonderry l'enquête originale qui vient d'être dressée à la Guadeloupe, et par laquelle il appert que le sieur Abeille a exactement tenu les conditions du marché légalement conclu entre lord Gray et lui.

Ce document détruisant ainsi les données sur lesquelles la Chambre des Communes avait cru devoir adopter son amendement, le soussigné espère que Monsieur le marquis de Londonderry voudra bien s'en tenir à la première décision de la Chambre.

La Cour de France attache un grand prix à ces réclamations et elle est pleine de confiance dans l'équité du Gouvernement anglais.

Le soussigné saisit cette occasion de renouveler à Monsieur le marquis de Londonderry l'assurance de sa haute considération.

Chateauijriand.

Portland Place le 23 mai 1822. ^

W8 21 mai 1822.

Au vicomte de Montmorency.

!•■« Division Londres, le 24 mai 1822.

Politique N« 25

Monsieur le Vicomte, Je n'ai aujourd'hui rien de bien intéressant à vous mander. La nouvelle des élections départementales est venue corriger l'effet

1, Forcign-Office, France, 281. — Comte d'Aiiliocho (Ihateauhriand ambassadeur à Londres, p. 400-1.

qu'avaient d'abord produit les élections de Paris. Je m'applique à diriger l'attention vers leur résultat général, et je n'ai pas de peine à prouver combien ce résultat est avantageux au ministère.

Le Roi a donné hier à Garlton-House un grand dîner pour le prince et la princesse de Danemark. J'avais l'honneur d'y être invité. Sa Majesté Britannique m'a adressé plusieurs fois la parole pendant le repas. Après le dîner, elle m'a pris à l'écart et m'a exprimé toute son admiration et son attachement pour le Roi, mon maître. Cet entretien a duré trois quarts d'heure, et il n'a fini que par l'intervention d'un ministre. Je me suis retiré très flatté pour le crédit politique de la France d'un accueil que je n'ai pas été le seul k remarquer.

Je m'occupe, Monsieur le Vicomte, des différentes affaires par~ ticulières que vous m'avez recommandées dernièrement : j'aurai l'honneur de vous rendre compte des résultats qu'elles pourront avoir.

Les ministres triomphent à la Chambre des Communes. Le bill des pairs catholiques sera discuté vendredi Si de ce mois à la Chambre des Pairs. Lord Liverpool m'a dit hier qu'il serait très certainement rejeté. 11 est fort question de transactions commerciales avec les Etats-Unis et les colonies espagnoles.

MM. Rothschild sont à la paix sur les affaires d'Orient. Le comte de Liéven m'a communiqué des dépêches qui ne disent pas autre chose que ce dont vous m'avez instruit.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Chateaubriand. ^

A son Excellence Monsieur le vicomte de Montmorency. '*

2, Affaires étrangères. — Angleterre, 516, f° 227.

— î)3 — 709 24 mai 1822.

A Madame Récamier.

Londres, ce2i mai 1822.

Point de lettre encore de vous par le courrier d'hier ! Vous n'êtes pas malade, car M. de Broglie et A. de Staël qui ont dîné hier chez moi m'ont dit que vous vous portiez bien. Qu'est-il ■donc arrivé ? Quavez-vous contre moi ? Que vous ai-je fait ? En vérité, cela n'est ni bien ni tendre. Quand on prétend aimer, on s'explique lorsqu'on croit avoir des sujets de plainte. Je ne songe qu'à arranger ma vie pour vous ; je vous ai laissé entre vos mains l'histoire de cette vie. Je me suis livré sans réserve, et vous rompez tout cela par un froid silence, comme si jamais je n'avais été rien pour vous. Je me tue à chercher ce que vous pouvez avoir. Je m examine et je ne trouve rien à me reprocher. Je vous ai parlé des jalousies de M'"® de D... \ jalousies que j'ai cru entretenues par Adrien. En quoi cela peut-il vous affecter? Je vous ai priée, je crois, de vous méfier un peu d'Adrien qui aime les tracasseries et qui vit de petites choses : est-ce une injure et un tort ? Ecoutez. Voici mon dernier billet. Je ne vous écrirai plus que je n'aie reçu une lettre de vous. Je vous épargnerai la peine de chercher un prétexte pour vous éloigner de moi. Mais non, vous ne le pourrez jamais ! -

7iO 24 mai 1822.

A la duchesse de Duras.

Londres, ce 24 mai 1822.

Vous m'aviez trouvé le cœur aussi dur qu'à VitroUes. J'avoue qu'en rendant justice à quelques qualités de M. de Richelieu, je

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