‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 33 sur 149 · Souvenirs. . . Récamier, t. I, p · texte numérisé non relu

Souvenirs. . . Récamier, t. I, p

T<24 î juin 1822.

A la duchesse de Duras.

i juin 1822.

La note sur Edouard est très inutile. D'ailleurs, est ce que vous comptez imprimer ? vous ne dites pas tout. Vous êtes un peu honteuse de votre faiblesse, vous lisez souvent Edouard que vous ne désirez montrer à personne. Vous Tavez lu à Madame de Dino et à M*^*" de Vintimille, Frizel y était. Prenez garde à M^*' de Dino, je ne vous la voudrais pas pour amie. Quant à M**^ de Vintimille, c'est une femme d'esprit que j'ai beaucoup connue, mais vous, vous la connaissez à peine, et votre confiance me paraît extraordinaire. Je ne sais aussi comment vous avez pu envoyer votre manuscrit à une personne aussi aigre et aussi moqueuse que M**® de Montcalm. Mais je reconnais là toutes les faiblesses que j'ai eues moi-même ; quand vous serez comme moi un vieil auteur, vous prodiguerez moins votre talent et vos ouvrages.

Je vois avec joie la saison s'avancer, dans un mois je serai débarrassé des dîners et des bals ; je vous avoue que c'est un supplice auquel je ne puis m'accoutumer, mais enfin le temps de la délivrance approche, on fait déjà des préparatifs de départ, et dans un mois Londres sera désert pour six mois. Que deviendrai-je ? Dieu le sait, mais si je suis seul, je travaillerai un peu, en cas que la politique le permette et qu'il faille renoncer au Congrès.

Je n'ai jamais douté du succès des élections parce que j'ai constamment été persuadé que le fond de l'opinion est excellent en France. La rage du vieux Ministère doit être à son comble. L'amour propre, en France, est le mobile de tout. Or des gens qui avaient toujours dit et toujours cru que rien ne pouvait aller sans eux, doivent être furieux de voir que les choses marchent sous des royalistes. C'est le plus cruel démenti à donner à leur vanité et à leur doctrine, ils tenteront tout pour renverser un

ministère qui blesse si fort leur orgueil, mais ils ne réussiront pas, je l'ai dit dès le premier moment, et par une raison toute simple, toute naturelle, c'est que le ministère appartient à une opinion et que cette opinion le porte et le soutient quoiqu'il n'ait ni grands talents ni grand caractère. Le ministère actuel est fort comme le sens commun, et il ne peut être renversé que par une catastrophe. Les intrigues et l'humeur n'y feront rien. II suffît qu'il sache garder sa majorité et qu'il ait assez d'esprit pour empêcher une division dans la droite. Rien de nouveau ici. Nous attendons avec impatience les nouvelles de l'Orient, dans huit jours la question de la guerre sera décidée ; j'ai bientôt achevé Benvenuto, quel brigand ! le dîner avec Michel Ange m'a charmé. Le prix de Rome est curieux comme morceau d'histoire. — J'attends Léontine dans huit jours. ^

7^5 6 juin 1822.

A Madame Récamier.

JeudiG juin 1822.

Je pars pour Windsor où je suis invité à coucher et à dîner chez le roi. Je ne puis vous écrire qu'un mot pour vous dire que le courrier ne m'a rien apporté de vous. Mais j'espère que vous m'écrirez bientôt. Le moment du congrès approche. Quel bonheur si je pouvais vous voir dans un mois! ^

ne 6 juin ri822J.

A la duchesse de Duras.

Jeudi 6 juin.

Je reçois votre lettre du 3, je ne puis vous écrire qu'un mot, je pars pour Windsor, où je suis invité à aller dîner et coucher

1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

Page 1