La signature seule est autographe
2. Affaires étrangères. — Angleterre, 615, f° 269. — Le comte d'Antioche {Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 284-9) a publié la majeure partie de cette dépêche.
736 18 juin 1822.
A la duchesse de Duras.
18 juin 1822.
Les aiïaires et les dépèches m'accablent aujourd'hui. Je ne puis vous écrire qu'un mot. Votre dernière lettre est aussi un mot, et le mot est comme de coutume maussade et rude. Vous useriez la patience d'un saint, et vous vous feriez haïr si cela était possible. Léontine est arrivée, elle dine chez moi aujourd'hui. Je chercherai à lui plaire, mais je n'y réussirai pas. Je sais par cœur le discours de M. de Mouchy.
Si je ne m'étais fait une loi de vous écrire par tous les courriers, vousn'auriez rien de moi aujourd'hui, car vous ne manquerez pas de me faire une querelle de mon billet, et ce qui vous devrait toucher vous mettra en colère. Vous ne me saurez aucun gré d'interrompre et de suspendre les dépêches, pour vous dire que je vous aimerai toute ma vie, malgré tout ce que vous faites pour faire rentrer mon amitié au fond de mon cœur. ^
737 21 juin 1822.
A Madame Récamier.
Londres, ce 21 juin 1822.
Il me serait impossible, sans la plus inexcusable inconvenance, de demander un congé dans ce moment ; les affaires sont trop graves pour que je puisse les quitter. La longue lettre que m'a écrite Mathieu est bien peu raisonnable, et il me dit des choses bien faciles à réfuter. Mais il y avait un mouvement d'humeur dans son fait, et quoiqu'il ne dise pas oui, il ne dit pourtant pas non. Ainsi, avec de l'adresse et de la prudence, nous pouvons venir à bout de notre affaire. Dans tous les cas, je serai en me-
1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
sure de demander un congé dans six semaines, après le renvoi du parlement et le départ du roi. Je vois que Mathieu a envie lui-même d'aller au Congrès. 11 aurait grand tort. Un ministre , dans un gouvernement représentatif, ne peut assister à un Congrès où il s'agirait de laisser l'Italie au pouvoir des Autrichiens. Mathieu se perdrait et deviendrait impopulaire dans les chambres et en France. Je suis très-mécontent d'Adrien, sa vanité blessée l'a rendu méchant ; je me repens d'avoir été si bien pour lui ; je sais qu'il fait cent paquets et cent tripotages.
N'allez pas vous mettre en tête que vous pouvez me fuir. J'irai vous chercher partout. Mais si je vais au Congrès, ce sera l'occasion de vous mettre à l'épreuve, et de voir enfin si vous voulez tenir vos promesses. ^
138 21 juin 1822.
\^^ Division Londres, ce 21 juin 1822.
Politique N** 33 Monsieur le Vicomte,
Ma dépêche N** 32 répond parfaitement sur un point essentiel à votre dépêche N^ l7, que le courrier m'a apportée hier. Dans cette dépêche N** 32, j'ai eu l'honneur de vous faire part de ce que j'avais appris des dispositions de lord Londonderrj, relativement aux conférences, ou pourparlers de Vienne : le ministère anglais n'enverra point de pleins pouvoirs à son ambassadeur en Autriche, et le cabinet de Saint- James ne prendra point de mesures collectives^ avec les autres cabinets.
Le comte de Liéven m'a apporté hier les dépêches qu'il avait reçues de Saint-Pétersbourg ; elles consistent en trois pièces : 1** la communication aux cours alliées ; 2^ une note du chevalier Bagot au ministère russe pour lui annoncer la dépêche de lord Strangford ;