‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 42 sur 149 · Souvenirs. . . Bécamier, t. I, p · texte numérisé non relu

Souvenirs. . . Bécamier, t. I, p

3° la traduction de la réponse du Réïs-Effendi à lord Strang^ford. Cette réponse du Uéïs-Effendi est assez louche. Si lord Strangford n'a pas eu d'autres documents pour proclamer si officiellement la paix, il me paraît s'être un peu trop avancé. Quelques expressions de votre dépêche me laissent du doute sur l'évacuation de la Valachie et de la Moldavie; et la communication même de la Cour de Pétersbourg suppose que cette évacuation peut bien ne pas avoir lieu : cela confirmerait une nouvelle d'Odessa que le journal officiel, le Courier^ a répandue ici avec une sorte de complaisance, et qui sera sans doute répété dans vos journaux.

J'ai appris hier par une voie sûre que les Ministres, ou plutôt qu'un Ministre, on ne m'a pas dit lequel, a combattu vivement le projet du voyage du Roi sur le continent, et que le projet est abandonné. Mon opinion particulière a toujours été que S. M. Britannique resterait en Angleterre; mais nous verrons encore plusieurs fois les incertitudes à cet égard se renouveler et se détruire.

Je puis. Monsieur le Vicomte, vous donner des notions certaines relativement à l'opinion du ministère anglais sur les alTaires de Madrid. Dans diverses conversations que j'ai eues avec lord Londonderry, ce ministre m'a parlé de l'Espagne; il m'a demandé une fois si nous n'avions pas favorisé les insurrections de la Catalogne. 11 croit qu'il y aurait un grand danger pour nous à nous mêler des affaires de nos voisins. 11 m'a dit aussi quelques mots d'une certaine lettre, et il croit que l'existence de cette lettre est connue des révolutionnaires. J'ai toujours répondu à lord Londonderry que nous n'avions jamais voulu nous mêler et que nous ne nous mêlerions jamais des affaires intérieures de l'Espagne, mais qu'il nous était impossible pour mettre en paix l'esprit de quelques factieux, de laisser entrer en France la fièvre jaune et la révolution, en rompant notre cordon sanitaire. On affecte dans ce pays d'être inquiet sur ce cordon : « Croyez-vous, me dit-on, qu'il n'alarme pas les Cortès ? Croyez- « vous que vos soldats resteraient fidèles, et qu'en cas d'événement.

(( ils se battraient contre les Espagnols? » Il m'est facile de détruire les craintes et de répondre à ces questions. La vérité est qu'on est étonné et mécontent de nous voir une armée : ce n'est pas une raison pour nous en passer.

Le parlement s'occupe depuis plusieurs jours des mesures qui lui paraissent les plus propres à préparer des changements dans l'administration intérieure de l'Irlande ; ces changements sont devenus tout à fait nécessaires au rétablissement définitif de l'ordre et de la tranquillité dans ce pays. Le système des dîmes a principalement appelé l'attention des Chambres, mais rien n'a encore été décidé à cet égard.

Hier, la Banque a fait connaître la détermination qu'elle venait de prendre d escompter à 4 au lieu de 5 pour cent. Cette mesure a produit une hausse immédiate d'un pour cent sur les fonds. Le commerce, en général, recueillera des fruits de cette décision qui n'aura des inconvénients momentanés que pour les banquiers ; ceux-ci vont sans doute être obligés de diminuer dans la même proportion l'intérêt de leur argent.

On discute ce soir dans la Chambre des Pairs le bill pour l'admission des pairs catholiques. Il sera rejeté, les uns disent à une majorité de 22 voix, les autres à une majorité de 40. J'assisterai à la séance qui se prolongera fort avant dans la nuit.

J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Chateaubriand. ^

P. S. Leurs Altesses Rovales le duc et la D**^ de Clarence, se rendent à Bruxelles sous le nom du Comte et de la Comtesse de Munster. Ils traverseront Calais ; je préviens les autorités de cette ville de leur passage.

A S. Exe. Monsieur le Vieomte de Montmorency .'^

Page 1