Souvenirs . . . Récamier, t. I, p. 424-2ij
ments dont il s'agit ne peuvent être considérés que comme mesures d'administration intérieure, et par conséquent inapplicables aux bâtiments français, l'espèce de cordages trouvés à bord du Lancier en indique suffisamment la destination et l'emploi ; leur forte dimension démontre qu'ils ne peuvent être d'aucun usage pour la contrebande.
Le soussigné croit devoir insister de la manière la plus pressante pour obtenir la restitution immédiate du lougre le Lancier^ et solliciter du Ministère anglais des ordres qui empêchent à l'avenir que des Bâtiments français soient ainsi arrêtés et détournés de leur destination, lorsqu'ils ne présentent aucune circonstance qui justifie le soupçon de fraude.
Le soussigné saisit cette occasion de renouveler au marquis de Londonderry Tassurance de sa très haute considération.
Chateaubriand.
London le 10 juillet 1822.
P.-S. — Le soussigné a l'honneur de joindre à cette note la déclaration faite devant notaire par le Commandant du lougre le Lancier.
S, E. Monsieur le marquis de Londonderry. *
757 12 juillet 1822.
A la duchesse de Duras.
Vendredi, 12 juillet 1822.
Je n'ai point de lettre de vous aujourd'hui par le courrier ; je n'en suis point étonné. Mes petits mots après ma longue lettre vous auront paru suffisants, et vous aurez voulu attendre vous-
4. Fore ign- Office, France, 281. — Comte d'Antioche Chateaubriand amhnHHadeur à Londres^ p. 411-2.
même Timpression que m'aura causée votre réponse à ma bonne longue lettre : vous la connoissez maintenant.
Voulez-vous juger de ce que vous êtes pour moi? Il vient de paroître un ouvrage intitulé A Voice front S^ Helena, ou Napoléon in exile, par OWfeara, chirurgien anglois attaché à Bonaparte. Ce sont de prétendues conversations de ce dernier avec cetO'Meara, sur les choses et sur les hommes. J'y suis traité d'une manière abominable. Eh ! bien, que croyez-vous donc que j'aie fait? J'ai lu avec un froid mépris les plus lâches calomnies sur mon compte ; mais tout à coup la pensée m'est venue que votre nom pouvoit se trouver dans la foule des noms calomniés : j'ai couru vite à l'index qui est très exact et très détaillé, j'ai senti un poids de mille livres ôté de dessus ma poitrine quand je n'ai pas trouvé votre nom. J'ai parcouru tout l'ouvrage. Vous n'êtes nommée nulle part. 11 y a certainement dans cet ouvrage beaucoup de choses de Bonaparte. Votre Héros était un grossier caporal qui ne parle que de gueux, de polissons, d'espions, de bourreaux, etc. O'Meara a rendu un mauvais service à la mémoire de cet homme. On croit lire pour le ton, les mensonges et les fureurs, un mélange de lady Morgan, de la Minerve, de la Bibliothèque historique, du Miroir, etc.
Laissons cette infamie. Je suis toujours attendant le Congrès et toujours espérant y aller. Au reste j'ai pris mon parti, et l'avenir n'est plus pour moi un sujet d'inquiétude : il sera ce que Dieu voudra. Ce que je veux, c'est que vous m'aimiez, et que vous ne soyez pas injuste et que vous ne me grondiez plus . J'ai remis votre lettre à lord Bristol. M''® de Chateaubriand a été malade et j'ai été fort inquiet. ^
1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
Correspondance de Chateaubriand. T. III. , 11
758 12 juillet 1822.
A Madame Récamier.
Vendredi 12 juillet 1822.
Allons ! j'aime mieux savoir votre folie que de lire des billets mystérieux et fâchés. Je devine ou je crois deviner maintenant. C'est apparemment cettie femme dont l'amie de la reine de Suède vous avait parlé ? Mais dites-moi, ai-je un moyen d'empêcher Vernet, M}^^ Le Vert qui m'écrit des déclarations, et trente artistes, femmes et hommes, de venir en Angleterre pour chercher à gagner de l'argent ? Et si j'avais été coupable, croyez-vous que de telles fantaisies vous fissent la moindre injure, et vous ôtassent rien de ce que je vous ai à jamais donné ? Vous n'avez pas été ainsi punie, mais convenez qu'après quatre années de manque de paroles et de tromperies, vous mériteriez bien une légère infidélité. J'ai vu un temps où vous vouliez savoir si j'avais des maîtresses et vous paraissiez ne vous en soucier. Eh bien, non, je n'en ai pas. On vous a fait mille mensonges. Je reconnais là mes bons amis. Au reste, tranquillisez-vous : la Dame part et ne reviendra jamais en Angleterre , mais peut-être allez-vous vouloir que j'y reste à cause de cela? Soin bien inutile, car, quel que soit l'événement, congrès ou non congrès, ministère ou non ministère, je ne puis vivre si longtemps séparé de vous, et je suis déterminé à vous voir à tout prix.
Je n'écris jamais à Bertin ; La Borie quelquefois remet une lettre de moi à Villèle, et je ne m'explique de rien avec lui. Je désire toujours le congrès, quelle que soit la chose traitée, parce que je suis sûr de m'y faire honneur, et de n'agir que dans l'opinion de la France. Je suis sûr que c'est la meilleure marche pour moi ; c'est par là que je puis arriver au ministère. Vous vous flattez en vain, et on se trompe, et on vous trompe, si l'on vous fait entrevoir qu'il y a un moyen plus prompt d'arriver. Je veux certes bien le moyen le plus prompt, mais je n'y crois pas. Enfin, je suis
sur tout cela fort paisible. J'ai un plau lixe dans ma tète : à présent que j'ai montré que je pouvais réussir sur un grand théâtre d'affaires et de politique, mon amour-propre est en sûreté, et je n'aspire qu'à vivre en paix auprès de vous. A la moindre chicane, je prendrai mon parti. Je ne dis pas cela ; je ne menace pas, je suis cordial et ami dans ma correspondance, mais je guette l'occasion ; si on me l'olïre, je la saisirai.
Tandis que vous me faites une querelle d'Allemand pour je ne sais qui, M""^de D...^ me tourmente pour l'Abbaye. Sur ce point, je me sens coupable. Récompensez-moi donc, par de douces paroles et un aveu de vos injustices, des maux que vous me faites souffrir. Tant que je vivrai, je vivrai pour vous. -
759 12 juillet 1822.
Au vicomte de Montmorency.
I ■''^ Division Londres, le 12 juillet 1822.
Politique
Monsieur le Vicomte,
J'ai reçu par le courrier arrivé hier les différentes pièces que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, à savoir : votre dépêche N'*22, contenant un extrait des nouvelles d'Espagne; vos quatre lettres particulières du 8 juillet, la première faisant mention de la saisie de deux bateaux pêcheurs anglais ; la seconde relatant la poursuite de deux vaisseaux négriers ; la troisième demandant une carte des Pyrénées ; la quatrième réclamant une permission pour le mécanicien Turner. Le courrier qui part ce soir vous portera ma réponse à ces deux dernières lettres.