M™o de Duras
2. Souvenirs... Récamier, t. I, p. 425-27. — Ilerriol liécamier, II, 117.
Les affaires générales étant restées telles que je vous les ai exposées dans ma dernière dépêche, je n'aurais rien, Monsieur le Vicomte, à vous mander aujourd'hui, si je ne croyais utile de vous communiquer divers renseignements puisés à une source particulière.
Une personne prétend avoir vu l'original d'un traité d'alliance entre le Danemark et l'Angleterre. Le résultat de ce traité serait la fermeture de la Baltique, le cas advenant d'une guerre entre l'Angleterre et la Russie.
Il paraît que de nombreuses dépêches ont été expédiées avanthier par le gouvernement britannique. S'il fallait en croire des bruits de bureaux, les cabinets de Saint- James et de Pétersbourg seraient sur le point de ne plus s'entendre. On se vanterait ici de pouvoir mettre en mer en moins d'une semaine une flotte de 60 vaisseaux (il y en a certainement 25 dont il ne faudrait pas plus de huit jours pour achever l'équipement). D'un autre côté on parlerait de grands mouvements dans le corps diplomatique : lord Stewart n'irait plus à Vienne, ni Sir W. A'Gourt en Espagne. Il serait possible qu'avec l'arrière-pensée de reconnaître l'indépendance des colonies espagnoles, l'Angleterre retardât l'envoi de son ambassadeur à Madrid.
Je suis loin. Monsieur le Vicomte, de vous garantir l'authenticité de ces nouvelles.
Il y a cependant quelque chose de vrai [dans le peu de bienveillance de l'Angleterre pour la Russie, comme j'ai été à même de le remarquer plusieurs fois. L'Angleterre désire sincèrement le maintien de la paix en Orient ; mais, la guerre une fois commencée, ses vœux, pour ne rien dire de plus, seraient pour les Turcs. Le gouvernement britannique ne serait pas fâché de voir Alexandre descendre de la hauteur où il s'est placé en Europe. Or, si les négociations se prolongeaient, si les Turcs n'évacuaient pas les principautés, la Russie perdrait beaucoup de sa réputation, et c'est peut-être ce que souhaite le Cabinet anglais ; mais les autres Cabinets doivent avoir une politique plus appropriée
aux besoins du continent ; et il importe, en ce moment, au bien général, que l'Empereur de Russie soit puissant. *
Je vous envoie, Monsieur le Vicomte, Napoléon in exile par O' Méara : c'est un infâme ouvrage contre les souverains, les peuples et les individus ; j'y suis traité en particulier d'une manière qui serait abominable, si les faits n'étaient les uns palpablement faux, les autres ridiculement altérés. Je tâcherai de mériter de plus en plus les outrages des ennemis du Roi, en redoublant de zèle pour le service de Sa Majesté. Le lil)elle du chirurgien de Buonaparte est bon à cacher : les trafiquants en calomnie ne l'auront que trop tôt découvert, traduit et publié. La police pourra peut-être en attendant tirer un certain parti de ce scandaleux catalogue, et recueillir quelques vérités dans un amas d'injures et de mensonges.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur le Vicomte,
Votre très humble et très obéissant serviteur Chateaubriand. -
760 16 juillet 1822.
Au vicomte de Montmorency.
l'"^ Division Londres, le 16 juillet 1822.
Politique NnO
Monsieur le Vicomte, Conformément aux instructions que vous m'avez fait l'honneur de me donner dans votre dépêche N^ 23, j'ai communiqué à lord Londonderry les nouvelles d'Espagne et je me suis entretenu
i. Le comte crAntioche [Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 292) a publié les treize lignes précédentes.