D'une autre écriture, au crayon
parti que j'ai pensé prendre en lisant le fatras que m*a apporté Hyacinthe. Mathieu et Villèle disent oui et non, non et oui. C'est comme on veut. Si c'est comme cela que l'on compte me payer de ma loyauté, on n'est pas au bout. C'est moi qui me suis livré tout entier et sans réserve ; je ne souffrirai pas qu'on se moque de moi.
Tout à vous.
Marcellus sait tout et expliquera tout. Il faut être d'une ignorance entière de ce pays pour croire que j'y suis utile dans ce moment.
Mercredi soir, 21 août'.
Politique Londres, le 21 août 1822.
1^^ Division
N° 53 Extraordinaire Monsieur le Vicomte,
Je reçois à l'instant deux nouvelles qui me paraissent assez importantes pour vous les envoyer par M. de Marcellus; si j'attendais le départ du courrier ordinaire, elles ne vous parviendraient que lundi 26 du courant.
La copie ci-jointe que vient de m 'écrire lord Liverpool vous apprendra la nomination de S. G. le duc de Wellington comme Ambassadeur au Congrès et le moment du départ du noble duc pour Vienne. J'ai tout lieu de croire qu'il sera accompagné par lord Clanw^illiam. Sa Majesté Britannique doit être de retour à
1. Victor Giraud Revue latine, 25 avril 1907, et Nouvelles études..., 301.
Londres le 27 de ce mois, selon les uns, et le 2 de septembre suivant les autres.
La copie également ci-jointe de la note de lord Clanwilliani vous apprendra, Monsieur le Vicomte, que mes réclamations ont été écoutées et que nos vaisseaux vont être renvoyés à Cherbourg.
Mon secrétaire particulier est arrivé ce soir même à 4 heures de Paris et m'a apporté vos dépêches n^^ 33 et 34 et vos deux lettres })articulières.
On croit que le duc de Wellington a totalement abandonné ridée de se faire nommer ministre des Affaires Etrangères, par la raison qu'il serait obligé de parler k la Chambre des Pairs, et qu'il n'a aucune habitude de la parole. On ne sait toujours qui remplacera lord Londonderry, soit comme ministre des Affaires Etrangères, soit comme chef de la Chambre des Communes. Le Conseil et le Roi se sont vite décidés pour la question du Congrès, parce qu'elle était urgente, mais rien ne les presse pour la seconde question, et quoiqu'il soit possible à la rigueur qu'elle soit tranchée vite, il est possible aussi néanmoins qu'elle soit remise à une époque plus rapprochée de la réunion du^Parlement.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Vicomte, avec une très haute considération,
^ otre très humble et très obéissant serviteur,
Chateaubriand. *
1. Affaires étrangères, Angleterre, G15, f« 385. — Publiée presque totalement par le comte d'Antioche Chateaubriand ambassadeur à Londres, p. 356-8.
— 23i — 806 21 [août 1822.]
A Madame Récamier.
Mercredi soir, 21.
J'envoie Marcellus à Paris porter deux nouvelles agréables : la nomination du duc de Wellington au congrès et la remise de vaisseaux que j'ai obtenue.
Hyacinthe est arrivé ce soir même. La lettre de Mathieu et la
lettre * disent oui et non. C'est comme on veut. Si Marcellus
ne finit pas cette affaire, il est très-possible qu'à son retour j'envoie ma démission. Mieux vaut n'être rien que de servir des hommes aussi peu capables de juger des événements et d'apprécier des amis. Votre petit m,ot m'a consolé, parce que c'est au moins votre écriture ! Je Fai baisée. Écrivez-moi. -
S07 21 août [1822].
A la duchesse de Duras.
Mercredi soir 21 août. J'envoie Marcellus porter deux nouvelles ; l'une, la nomination du Duc de Wellington au congrès (ne le dites pas) ; l'autre, la remise des vaisseaux que j'ai fait rendre. Hyacinthe m'est arrivé avec vos lettres, celles de Villèle et de Mathieu. Brouillard, indécision, mauvaise foi, voilà tout, partout. Marcellus est au fait. 11 combattra toutes les objections, que je suis nécessaire ici et cent sottises de cette espèce. M. de Car aman au Congrès î C'est une stupidité qui n'est surpassée que par ce qu'elle a de
1. Probablement de M. de Villèle. Il y a des mots oubliés dans l'original, nous dit M™*' Lenormant.
2. Souvenirs... Récamier, t. I, p. 434-5. — Herriot Récamier, II, 119, note.
clioquaiit pour moi. — Voyez ce que vous pouvez, mais vous ne pouvez rien. Qu'ils y prennent g^arde. Ma démission arrivera, comme celle de Blacas, et nous verrons ce qui adviendra. Quels amis ! Quels politiques ! Je vous écrirai plus au long par le courrier ordinaire de demain. Mille remerciemensde vos lettres. *
SOS 23 août 1822.
Au vicomte de Montmorency.
J»^ Division Londres, ce 23 août 1822.
Politique N° o4 Monsieur le Vicomte
M. de Marcellus vous a porté dans ma dépêche n^ 53 la nouvelle de la nomination du duc de Wellington comme ambassadeur au Congrès. Si vous n'avez pas communiqué officiellement cette nouvelle à sir Charles Stuart, je vous prie de ne lui en parler que comme prohabilité, car le billet de lord Liverpool est confidentiel, et ma discrétion doit être en raison de la confiance qu'on m'a témoignée.
Tout a repris son cours naturel : les ministres qui étaient revenus sont repartis pour la campagne ; le corps diplomatique est presque dissous. On n'entend pas plus parler du nouveau ministre que s'il n'était pas à nommer. Ceci s'explique par le concours de diverses circonstances : l'absence du Parlement, celle du Roi et la solitude de Londres dans cette saison ; la politique des partis augmente cette tiédeur et prolonge l'interrègne ministériel.
L'opposition qui s'est trop avancée dans les dernières sessions sur la réduction des impôts et la réforme parlementaire ne convoite pas ardemment le pouvoir, parce qu'elle sait qu'elle ne pourrait donner ce qu'elle a elle-même demandé. Elle n'a ensuite dans ses rangs aucun homme d'état : on l'a déjà vu dans ce
1. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
ministère qu'on appelait tous les talents, ^i elle n'y put pas tenir.
Ce peu de chaleur de l'opposition laisse au parti ministériel tout le temps de faire son choix. Il peut même entrer dans sa politique que le ministre des Affaires Etrangères ne soit nommé qu'après la clôture de l'assemblée de Vérone ou de Vienne ; un intérim fournirait réponse égale au Congrès et au Parlement.
Le duc de Wellington dirait au Congrès : « J'attends mes « ordres du ministre que le Roi n'a pas encore nommé » ; et le ministre dirait au Parlement : a Je ne suis pas responsable de « ce qui s'est passé à Vérone, je n'étais pas ministre ». — J'ai bien étudié l'esprit du conseil britannique : prompt à prendre une résolution quand le moment le presse, il éloigne au contraire toute conclusion quand il a du temps devant soi.
L'événement, Monsieur le vicomte, peut détruire tous mes raisonnements et l'on peut avoir ici prochainement un ministre des Affaires Etrangères ; mais rien ne me porte à le croire. Un seul fait reste au milieu de mille conjectures, c'est que le duc de Wellington va au Congrès et qu'il ne partira que quelques jours après le retour du Roi.
Les arrangements ministériels se feront-ils alors ? Je l'ignore, mais le Roi ne revenant que dans les premiers jours du mois de septembre, le duc de Wellington ne peut guère partir pour le Congrès avant le 15 du même mois, pour arriver à Vienne du 22 au 25, au moment du départ des souverains pour Vférojne.^ Peut-être aussi M. de Metternich, sur la nouvelle de la mort de lord Londonderry, aura-t-il fait retarder l'ouverture du Congrès.
Les chances pour M. Canning se soutiennent.
J'ai l'honneur d'être. Monsieur le Vicomte, avec une haute
considération,
Votre très humble et très
obéissant serviteur
Chateaubriand. -