‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 76 sur 149 · M™c de Duras · texte numérisé non relu

M™c de Duras

2. La suite manque. Souvenirs. . . Hécamier, t. I, p. 438. — Ilerriot Récamier, II, 119.

le petit intrigant de Genoude, a mis ma nomination au congrès, le jour même où Mathieu m'écrivait quatre pages pour m'apprendre que j'étais nommé. Le Moniteur le lendemain a répété l'article de l'Etoile. Que dites- vous de cela ? Tant de fiel entret-il dans Vàme des dévots !

Je verrai le Roi vendredi, mais je ne pourrai pas partir vendredi, et je ne me mettrai en route que dimanche huit. Je n'en suis pas très fâché, parce que j'aurai le temps de recevoir mon congé. Gela sera plus régulier; je ne paraîtrai pas très empressé et Villèle prisera cette marche mesurée. On n'aura rien à me reprocher. Je n'arriverai à Paris que le onze ou le 12, et c'est le terme même que Mathieu semblait me prescrire. Tous les procédés et toutes les patiences seront donc de mon côté et je serai même placé pour agir fortement si le cas l'exige. Je crains aussi comme vous Garaman et Pozzo à Vienne, mais je serai défendu par le comte Bernstorff et le prince Esterhazv, et d'ailleurs il faut bien que Mathieu revienne, et alors comment ne pas m'envojer à Vérone ? mais il faut absolument que je commence par Vienne. Ecoutez bien ceci, je vous prie : aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, sachez de Villèle s'il m'a fait expédier mon congé. Si par hasard il ne l'était pas, demandez le lui, et expédiez moi ce congé par un courrier qui m'arriverait dimanche matin à Londres dix heures avant mon départ. Je vais écrire à Villèle et à Herman. Je ne puis pas rester plus tard ici que le huit. Le d*ic de Wellington sera parti, le Roi retourne à la campagne. Je n'aurai plus rien absolument à faire ici et je serai trop tard à Paris, pour me rendre à Vérone. ^

1. D'après rorigliial autographe. — Archives du château de Mauercux,

8'J4 G septembre 1822.

A Villèle.

1'« Division Londres, le 6 7*^"^ 1822.

Politique N** 58 Monsieur le Comte,

Le conseil de Cabinet qui a eu lieu mercredi 4 du courant, paraît n'avoir rien décidé relativement ;iu choix du successeur de lord Londonderry ; les ministres entr'eux, et le Roi avec ses ministres, ne sont pas d'accord. Cet état de choses peut durer plus ou moins long^temps. D'un autre côté le duc de Wellington est tombé subitement malade. Je l'avais vu lundi dernier se portant à merveille. Il devait partir hier jeudi, et, tout à coup, il a été saisi, dit-on, d'un rhume accompagné de lièvre. Quelques personnes doutent beaucoup de la réalité de cette maladie ; elles croyent que le noble duc ne veut pas partir sans être ministre des Affaires Etrangères, ou, du moins, sans savoir à qui cette place sera confiée. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'un courrier a été expédié hier au soir par lord Bathurst à l'ambassadeur anglais en Autriche. Est-ce pour prévenir M. de Metternich que le duc de Wellington n'ira pas, ou ira plus tard à Vienne? Est-ce pour porter des pouvoirs à lord Stewart ou à M. Gordon ? Peu importe. Le duc de Wellington ne doit pas aller au Congrès, mais seulement à Vienne, et cela pour y dire à peu près que l'Angleterre ne veut se mêler de rien ; il peut donc, sans inconvénient pour l'Europe, s'épargner les frais du voyage.

Vous voyez. Monsieur le comte, une nouvelle preuve de la manière dont l'Angleterre se sépare de la politique du continent, par la mission de sir William A 'Court. Le moment où plusieurs Cours songent à rappeler leurs ministres de Madrid est précisément celui que l'Angleterre choisit pour y envoyer le sien. Les Jacobins espagnols tireront grand parti de cette circonstance ; ils diront, ce (juils disent déjà, que l'Angleterre les soutient, que

les puissances sont divisées, etc., etc. Ils en deviendront plus insolents pour la France, tandis que les Espagnols qui luttent contre l'esprit révolutionnaire, se sentiront découragés. Le général Alava, ancien aide de camp du duc de Wellington, ne sort pas à Madrid de chez M. Hervey, le chargé d'affaires d'Angleterre qui refusa de signer la note des ambassadeurs lors de l'insurrection des gardes.

J'aurai, Monsieur le Comte, une foule de choses à vous dire sur la politique anglaise. Il serait même heureux, dans le cas où le duc de Wellington se décidât à partir, que je pusse arriver à Paris avant lui. J'attends le congé demain par exprès, ou dimanche matin par le courrier ordinaire, et mon dessein est de partir dimanche 8 au soir. C'est demain, samedi, que je dois avoir l'honneur de faire ma cour à S. M. Britannique et de prendre ses ordres pour le continent.

J'ai l'honneur d'être, avec une haute considération. Monsieur le Comte,

Votre très humble et

P,-S. — On dit ce soir que le duc de W^ellington va un peu inieux, mais on ne fixe point encore le jour de son départ. — Je ne serais point étonné que l'Angleterre prît le parti de n'envoyer personne à Vienne.

Cii. 1

1. Affaires étrangères, Angleterre, 61o, f<'402. — Comte d'Antioche Chalenuhriand ambassadeur à Londres, p. 371-3.

S'25 [ri ou 6] « septembre 1822.

A Villèle.

Londres, [5 ou 6] septembre 1822.

Ma petite dépèche d'aujourd'hui, mon cher ami, vous apprendra où nous en sommes ici. Vous verrez que j'ai fini tout ce j'avais à faire, et qu'il ne me reste plus qu'à partir. Mais, comme vous paraissez désirer que je ne me presse pas trop, au lieu de partir vendredi (i, je ne partirai que dimanche 8 au soir, et n'arriverai à Paris que le 11, ou même le 12. Je rentre ainsi dans le temps que Mathieu lui-même avait désiré, et il ne me restera que le temps juste d'aller à Vérone en passant par Vienne^ ce qui importe autant à vos intérêts qu'aux miens. Le duc de Wellington ne va aussi qu'à Vienne et pointai; Congrès. Vous le verrez samedi ; il part d'ici jeudi. Ma dépêche vous dira qui j'ai vu et ce que j'ai fait. Ma nomination, que les journaux ont donnée ici, a produit un très bon effet, et a été très bien reçue du ministère anglais.

x\vez-vous envoyé le congé à Calais, comme je vous en priais? Si vous ne l'avez pas encore fait, chargez Herman de me l'expédier à l'instant même (c'est-à-dire Vendredi, jour oîi vous recevrez cette lettre) : je lui indique le moyen de me l'envoyer par estafette. Il m'arrivera à Londres dimanche matin, cinq ou six heures avant mon départ.

Bonjour, mon cher Villèle, je vous remercie de votre fidélité. Vous pouvez compter à jamais sur la mienne. J'ai bien des choses à vous dire.

Il paraît que le duc de Wellington retarde son départ d'un ou deux jours. -

1. Cette lettre esl datée du 23 dans les Mémoires de Villèle, mais cela est impossible.

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