Mémoires de Villèle, III
Correspondance lie Chateaubriand. T. III. 17
8% [6 septembre 1822.]
A la duchesse de Duras.
Vendredi 6 Tbre 1822.
J'ai reçu votre lettre du 2. Je compte partir dimanche au soir 8 si le congé m'arrive demain ou après demain matin. Je vous ai dit, je crois, que le duc de Wellington n'allait qu'à Vienne, et point au congrès où les Anglais n'auront qu'un chargé d'affaires. Aujourd'hui même il y a des retards. On a dit le duc malade (je ne le crois pas).
Le ministère ne se compose pas et on ne sait encore quand les nominations auront lieu. J'avais prévu et mandé tout cela à Mathieu, mais Mathieu lit-il les dépêches ? Son escapade à Vienne sans avoir reçu même des nouvelles de l'effet qu'aurait produit la mort de Lord Londonderry lui fera tort, on en rit
Enfin, chère sœur, je vais vous voir. Gela me consolera de tout. Je suis très déterminé à passer le Rubicon et à avaler toutes les couleuvres qu'on voudra me servir, si le cœur me le permet.
Dieu veuille que quelque entrave ne prolonge pas encore mon très inutile séjour ici !
Si vous m'avez dépêché ou fait dépêcher un courrier, ou si vous m'avez écrit par le courrier de jeudi o, je recevrai encore votre lettre dimanche matin avant de partir. *
S^7 6 septembre 1822.
A Villèle.
Londres, le 6 l^''"" à 10 h«^ du soir.
Monsieur le Comte, Votre lettre en date du 4 septembre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser à Calais, et qui m'annonce le congé que Sa
1 , D'après l'original autographe. ~ Archives du châleau de Maucreux.
Majesté veut bien m'accorder, m'arrive à rinstant à Londres. Rien ne pouvant plus retarder mon départ, puisque le Roi nie lionne audience demain, je partirai certainement dimanche 8 du courant, dans la journée.
J'ai l'honneur d'être, avec une haute considération, Monsieur le Comte,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Chateaubriand. '
^'JS 6 [septembre 1822].
A la duchesse de Duras.
Vendredi G, 10 heures.
Je reçois le congé. Villèle a réparé très cordialement et très bien la légèreté de Mathieu, voilà donc tout réglé et je partirai 1res certainement dimanche. Allons ! je vous verrai mardi ou mercredi ! c'est une grande joie î -
^'29 [12 septembre 1822.] ^
Me voilà arrivé. Je vais aller vous voir aussitôt que je serai tin peu débarbouillé.
Six heures.
Madame Madame la /)'^^^*^ de Duras, ^
1. Affaires étrangères, Anglelerre, 015, f" 404. — Comle d'Aiitioclio (Jhn- ^eaubriand ambassadeur à Loncireti, p. 37.3.
2. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
3. La lettre porte de la main de la duchesse de Duras, cette mention : Angleterre 1822.
4. La suscription est d'une autre main. — D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
SSO 12 septembre 1822.
Au comte de Marcellus.
Paris, 12 septembre 1822.
J'arrive. Vous savez mieux que personne combien j'ai désiré aller à Vérone, et pour quels motifs. Eh bien ! maintenant j'hésite ; et je regrette Londres, où j'aurais peut-être mieux fait de rester.
Il y a dans le cœur ou dans l'esprit humain bien des retours inexplicables, ou des pressentiments. Puis, la vie va vite !
Paites-moi savoir, de grâce, ce qui va se passer pour la nomination de M. Ganning".
Quant à moi, rien n'est encore décidé pour mon départ. Je ne me soucie pas daller à Vienne, ce qui me donne le temps de m'arranger pour Vérone.
Ghateaubriaîsd.^
SSi [Vers le 13 septembre 1822.]
Je vais ce matin chez Mathieu et chez Herman. J'irai vous. dire à 2 h. 1/2, ce qu'ils m'auront dit. Je ne sais rien de nouveau.
Madame de Duras. -
1. Marcellus Politique de la Restauration, p. 89-90. — Cette lettre est sans doute apocryphe. Elle me semble être une amplification oratoire d'uneplirase de la lettre du 16 septembre 1822.
2. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.
SS'2 16 septembre 1822.
Au comte de Marcellus.
Paris, ce lundi 10 septembre 1822.
T Je vous remercie, Monsieur, de vos deux lettres. Aussitôt que la nouvelle ofïicielle de la nomination de M. Ganning nous sera parvenue, je lui écrirai pour le complimenter. Ayez la bonté de le lui dire. Rien n'est encore décidé sur le jour de mon départ. Je ne me soucie pas d'aller à Vienne, ce qui me donne le temps de m'arranger pour Vérone. Je ne sais rien non plus de ma légation. Je ne sais qui on me donnera, il est pourtant à peu près sûr que j'aurai une légation prise en dehors de l'ambassade de Londres. Dites je vous prie k MM. de Gazes, Billing et Bourqueney que je les remercie des lettres qu'ils m'ont écrites et que je leur répondrai avant de quitter Paris. On vous expédie aujourd'hui la lettre qui vous accrédite comme chargé d'affaires. J'espère bien vous embrasser tous le premier janvier. Je n'ai encore vu ni M. Bresson ni M. Erard et ne sais rien du matériel de mon affaire.
Tout à vous, Monsieur, et comptez sur mon dévouement ■entier .
333 19 septembre 1822.
Au comte de Marcellus.
Paris, jeudi 19 sept. 1822.
On s'occupe de mes instructions qui seront les instructions générales pour le Congrès, car M. de Montmorency n'a rien
1. D'après roriginal autographe. — Communication de M. de Montbron.
arrêté ni rien emporté avec lui. Je partirai toujours le 24 ou le 25 pour Vérone. J'ai refusé d'aller à Vienne où on ne fera rien et où je n'aurais point de mission, aimant mieux être à peu près chargé de tout au véritable congrès. Le matériel de mon affaire n'est point encore arrangé, mais il le sera à votre satisfaction et à la mienne. Il paraît décidé que ma Légation sera prise en dehors et qu'on me donnera MM. de Rauzan et d'Aspremont. J'en suis bien fâché pour M. Bourqueney. Je lui écrirai ainsi qu'à M. de Gazes et à M. Billing avant mon départ.
Tout à vous, Monsieur, bien sincèrement.
Chateaubriand.
Ci-jointe une lettre pour M. Canning.
J'espère que l'on peint la maison. ^
8S4 22 septembre 1822.
AM. Érard.^^
1. D'après l'original autographe. — Le comte de Marcellus a imprimé^ Politique de la Restauration, p. 92, une prétendue lettre datée du 46 septembre 1822, qui n'est que la transcription fautive, « revue et modifiée ))^ de la lettre réelle que nous donnons ici. Voici ce développement de Marcellus :
Paris, 16 septembre 1822.
Écrivez-moi souvent, Je vous prie. Tenez-moi au courant de tout. Envoyezmoi, si vous en avez le temps, un résumé, ou même des extraits de vo» dépêches. Il n'y a nul inconvénient, puisque V ambassade de Londres na cessé ni de m'' appartenir, ni surtout de m' intéresser .
On s'occupe de mes instructions, qui seront les instructions générales pour le congrès ; car M. de Montmorency n'a rien arrêté ni rien emporté avec lui.
J'ai refusé d aller à Vienne, où on ne fera rien, et où Je n'aurais point de mission; aimant mieux être à peu près chargé de tout au véritable congrès.
2. D'après une fiche d'un catalogue d'autograplies, communiquée par le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul.