‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 90 sur 149 · Souvenirs... Récamier, t. I, p · texte numérisé non relu

Souvenirs... Récamier, t. I, p

856 19 novembre 1822.

A la duchesse de Duras.

Vérone, ce 19 novembre 1822.

• C'est bien dommage que votre tête ne soit pas aussi parfaite que votre cœur. Vous ne tomberiez pas dans ces frayeurs éternelles ; vous ne verriez pas tout perdu, parce qu'on peut avoir la paix ou la «i^uerre. L'un et l'autre système peuvent avoir des avantages et des inconvéniens qu'il est permis aux hommes d'Etat de peser. Et si des hostilités, d'ailleurs peu dangereuses, avec l'Espagne, si une guerre qu'elle nous forcerait à soutenir, devaient avoir pour résultat de nous faire reprendre notre rang militaire en Europe et de faire oublier la cocarde tricolore, il ne faudrait pas trop nous plaindre. D'ailleurs tout est encore éventuel. Vous dites que les révolutionnaires triomphent à la pensée de la guerre ? J'en doute, et il me sufïit de lire les lamentations du Constitutionnel. Les fonds sont tombés ? Ils se relèveront. Enfin, c'est un moment de crise ; il faut savoir le passer, ne pas crier comme si tout était désespéré, ne pas tout abandonner, jeter le manche après la cognée, et perdre la tête à la première difficulté qu'on rencontre sur sa route. J'ai meilleure opinion de Villèle : s'il se décide à la paix, il saura la maintenir ; s'il croit devoir faire la guerre, il la continuera de sorte à s'assurer un triomphe : nous en finirons avec le jacobinisme ; les Espagnols seront libres sous une bonne constitution, et nous aurons une armée sous la cocarde blanche.

Calmez-vous donc. Mathieu part très certainement cette semaine, peut-être jeudi 21. Mes affaires à moi vont mieux ici, et, comme je l'espérais, mes actions commencent à hausser. J'espère vous voir le dix du mois prochain. Pozzo part en même temps que Mathieu. C'est un furieux ultra : quantum mutatus I *

1. D'après Toriginal autographe. — Archivesdu château de Maucreiix. — Publié incorrectement par Bardoux La duchesse de Duras, p. 117.

Sol 20 novembre 1822.

A Villèle.

Vérone, ce 20 novembre 1822.

Je vous ai écrit hier une petite lettre, mon cher ami, par le courrier anglais, je veux vous en écrire une un peu plus longue aujourd'hui. Nous avons signé hier au soir un procès- verbal que M. de Montmorency, qui part demain, vous portera. Je crois que vous serez content de cette espèce d'acte, et qu'il aura l'approbation du Roi, il est tout entier ' en notre faveur. Le second paragraphe du prernier article admet seulement une faible réciprocité, et il était impossible de refuser deux ou trois mots de courtoisie à des alliés qui faisaient tout pour nous et jDour la famille des Bourbons, et qui ne nous demandaient rien. - Nous voilà donc parfaitement en sûreté contre la guerre, si elle doit éclater, en même temps que nous restons les maîtres de l'attendre, et que rien dans les engagements de l'alliance ne nous oblige à la déclarer.

Ne croyez pas, mon cher ami, qu'en vous parlant des avantages de cette guerre, dans le cas où nous serions forcés de la soutenir, je ne sente pas néanmoins les graves inconvénients qu'elle pourrait entraîner, surtout si elle n'était pas terminée dans une campagne. L'Angleterre se radoucit et paraît dans ce moment moins opposée aux résolutions ^ de l'Europe continentale ; mais si nos flottes étaient longtemps en mouvement et les soldats russes en marche ^, la double jalousie de nos voisins insulaires pourrait se réveiller. Vous aurez '^ donc bien raison de ne pas vous précipiter tête baissée <' dans des hostilités dont il faut

Page 1