Intérieure » n'est donné que parle Congrès de Vérone
3. u Et les villages » ne se trouve que dans le Congrès de lérone.
en rendant le secours de la Russie inutile, diminuerait la jalousie de l'Angleterre, que notre modération d'ambition et de principes achèverait de désarmer. La guerre ne serait plus qu'une querelle de famille entre la France et l'Espagne, que la force et la bienveillance de la première auraient bientôt apaisée. Cette guerre aurait pour nous tous les avantages que je vous ai indiqués dans ma lettre du 31 octobre, sans parler de ce que nous pourrions faire pour notre commerce, de concert avec le gouvernement espagnol, dans les colonies. Toutes ces considérations font que, sans désirer la guerre, je ne la crains pas, et qu'en approuvant tout ce que vous faites pour l'éviter, je crois que, si vous y étiez forcé, elle consolerait le génie militaire de la France, effacerait chez nos soldats les souvenirs de l'usurpation et serait sous ce rapport extrêmement favorable au trône légitime.
M. de Montmorency vous dira où nous en sommes ici. Ce qui nous restera à faire après son départ est peu de chose, et, selon toutes les probabilités, le Congrès sera dissous le 10 ou le 15 du mois prochain. Espérons que ce Congrès sera le dernier. Je suis bien aise d'y avoir assisté, parce que cela achève mes études politiques. J'ai appris à connaître bien des choses et bien des hommes, dont je n'aurais jamais pu pénétrer le secret. J'ai vu avec une extrême satisfaction que la France donnera encore des lois à l'Europe quand elle sera bien conduite, en profitant des espérances et des craintes que notre force renaissante commence à inspirer de toutes parts. Nous causerons à fond de tout cela, et j'ai pris des notes qui nous seront utiles.
11 faut vous dire, mon cher ami, une chose qui ne vous fera aucune peine. Vous avez été accusé ici auprès de l'homme qui fait tout (ou plutôt de l'homme à qui l'on fait tout faire) d'une extrême modération. Je me suis trouvé enveloppé, comme votre ami, dans l'accusation de Pozzo et de ses pareils. ^ On m'a donc traité froidement, parce qu'on m'a soupçonné d'y regarder à deux
1. « de Pozzo et de ses pareils » n'est pas donné par le Congrès de Vérone.
fois avant de précipiter mon pays dans les chances d'une guerre, qui pourrait devenir européenne si elle venait à se compliquer d'une guerre dans l'Orient et de l'attaque des colonies espagnoles par les Anglais. Et puis, il arrive que je suis resté constitutionnel quand on ne veut plus de constitution. Ceux qui nous proscrivaient comme des ultras, qui voulaient qu'on nous chassât de toutes les administrations pour y mettre les hommes des Cent jours, sont aujourd'hui des ultras, et nous, nous sommes des libéraux, ou tout au moins des ventrus et des ministériels. Qu'y faire? Prendre tout cela en patience et en pitié. Cependant mes actions vont hausser après le départ de M. de Montmorency. J'aperçois déjà les symptômes d'une faveur à venir. Je réussirai, surtout si vous m'écrivez et si Ton sait que je suis votre homme ; car, tout en trouvant quelque chose à redire à votre prudence, on a la plus haute idée de votre capacité. En vous priant de m'écrire, dans votre intérêt et dans le mien, je ne vous engage pas à grand'chose, car à peine aurai-je le temps de recevoir une lettre de vous. Au reste, je dois vous dire, en finissant cette longue lettre que j'écris au courant de la plume, que l'Autriche et la Prusse ne sont nullement ardentes pour la guerre, et que si vous ne pensez pas que cette guerre doive être soutenue, il sera très facile de faire naître des obstacles de la part des cabinets de Vienne et de Berlin.
Vos élections seront finies lorsque vous recevrez cette lettre. La crise des fonds vous aura sans doute fait perdre quelques voix, mais il vous en restera toujours assez. N'oubliez pas MM. ' Delalot, Berlin, Vitrolles, Bouville,etc. - Tout cela doit être fait avant l'ouverture de la session. Souvenez- vous aussi de la pension de pair du petit Jumilhac, nouveau duc de Richelieu.
Tout à vous, mon cher ami, et pour la vie.
ClIATEAUMRIAND
d. « MM. » seulement dans le Congrès de Vérone, 2. « etc. » seulement dans les Mémoires de Villèle
P. -S. Cette lettre a retardé de vingt-quatre heures. On a retenu Delalot et le jeune Fitz-James jusqu'à aujourd'hui, 21, et M. de Montmorency ne part que demain 22. Je crains qu'il ne soit assez long"tenips en route et que l'on ne veuille attendre ici des nouvelles de son arrivée et votre réponse sur le parti que vous prendrez relativement aux notes ou dépêches à envoyer aux ambassadeurs en Espagne. Quelle que soit la résolution du Conseil des Tuileries, les autres cabinets paraissent décidés à envoyer leurs notes et à retirer leurs agents en Espagne, si les notes ne produisent aucun effet. Mon opinion est que nous devons sacrifier beaucoup au maintien de l'alliance continentale, et je pense aussi, contre ce qui paraît être votre opinion, que le rappel de notre ambassadeur ne serait pas la guerre ; mais c'est chose à examiner. Dans ce moment par exemple, la Russie n'a point d'ambassadeur à Constantinople, et ce n'est pas la guerre : on négocie ; à plus forte raison l'Espagne pourrait faire des réflexions, si les ministres de Russie, d'Autriche, de Prusse et de France se retiraient à la fois. Le Roi, souverain juge et souverainement sage, prononcera sur cette grande question. ^
858 20 novembre 1822.
Vérone, ce 20 novembre 1822.
Quoique je vous aie écrit hier par un courrier anglais, je ne puis me résoudre à laisser partir un de mes attachés, sans vous dire que j'attends un mot de vous avec la plus vive impatience pour régler ma marche et ma destinée. Mathieu part demain. Le
1. Congrès de Vérone. — Mémoires de Villèle, III, 231. Aff. étr. France, 721, fo 158 (mais ce n'est qu'une copie d'après le Congrès de Vérone). — Les textes offrent des variantes que j'ai signalées en note. — Chateaubriand avait envoyé à la duchesse de Duras une copie de cette lettre (fui se trouve encore aux archives du château de Maucreux.
congrès finira du 5 au 10 du mois prochain. Cinq jours après sa clôture, je serai ii vos pieds dans la petite cellule, ou sur le chemin de Milan à vous attendre. Je vous le répète, prononcez. Je suis à vous pour la vie. J'ai été charmé de voir M. de Hourgoing à cause de vous. Il a prononcé votre nom et m'a fait battre le cœur.
Je ne donnerai point de lettre pour vous à Mathieu. '
S59 20 novembre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, 20 novembre 1822.
Je vous ai écrit hier par le courrier anglais. Je vais vous donner aujourd'hui une preuve de ma confiance en vous. Je vous envoie la copie de la lettre que j'écris à Villèle par Delalot et Fitz-James qu'on expédie en courrier et qui précèdent le départ de Mathieu de 24 heures. Souvenez-vous que cette communication doit être ignorée de toute la terre, et que surtout on doit ignorer l'existence du procès-verbal dont je parle dans la première page de ma lettre. C'est un secret qui ne doit être connu que dans le cas d'un événement que vous redoutez et qui peut encore être prévenu. Quand vous aurez lu cette copie, je vous recommande de la brûler, n'y manquez pas, et rendez moi procédé pour procédé et confiance pour confiance. Vous pouvez seulement engager Villèle à m'écrire comme je le lui dis.
Je viens d'attaquer Mathieu pour la lettre de votre gendre, il m'a répondu qu'il voulait faire mieux ; qu'une simple lettre de lui comme pour un attaché ne suffirait pas, et qu'il voulait m'envojer de Paris une nomination signée du Roi. Il le fera, soyez en sûre, pressez le en arrivant, car à peine aura-t-il le temps de