‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 94 sur 149 · Congrès de Vérone · texte numérisé non relu

Congrès de Vérone

S64 30 novembre 1822.

A Villèle.

Vérone, le 30 novembre 1822.

Je profite, mon cher ami, du départ de M. Ouvrard, qui se met en route demain pour Paris, pour vous écrire quelques mots. Les deux jeunes gens, Lagrenée et Castelbajac, sont arrivés ce matin. Ils nous ont apporté votre note à M. Ganning. M. de Garaman l'a montrée au prince Metternich, qui a dépêché sur le champ un courrier à Milan pour en instruire le duc de Wellington, qui nous a quittés ce matin, et qui est allé coucher à Milan. Vous sentez que le prince l'a trouvée vive. Vous devez en savoir maintenant les résultats.

M. de Montmorency a dû arriver aujourd'hui même à Paris, en sorte que vous pourrez prendre un parti du 1 au 3 décembre et que nous pourrons avoir un courrier du 8 au 10. Mille raisons me font désirer extrêmement qu'il arrive afin que je puisse partir. Je ne suis bon à rien ici, où il n'y a plus rien à faire, et je serai utile à Paris ou à Londres. L'empereur de Russie part le 13 ; et chacun est pressé de quitter Vérone. Les lettres que je reçois m'inquiètent un peu; il me semble qu'il y a à Paris de l'agitation et des divisions. Quoi qu'il arrive, mon cher ami, je suis à vous. Comptez sur moi. Mais il est temps encore de m'écouter : jetez de l'eau sur le feu ; placez nos amis ; tout finira. Quand les affaires du dehors sont si importantes, n'allez pas y faire intervenir les tracasseries de l'intérieur.

Après-demain lundi, nous vous expédierons un courrier avec les pièces diplomatiques qui sont demeurées ici.

Il est possible que je ne vous écrive plus avant de quitter Vérone, car je n'ai plus rien à vous dire, sauf dans un cas extraordinaire. Je vous le répète en finissant : mon parti est pris; vous ferez de moi ce que vous voudrez. Je suis déterminé à vous suivre

dans la bonne et dans la mauvaise fortune. Si vous restez, je reste ; je sors si vous sortez. Tout à vous et pour la vie.

Chateaubriand. *

865 30 novembre 1822.

A la duchesse de Duras

Vérone, le 30 ^3^''^ 1822.

Votre lettre du 24 ne dit rien en effet. Mais la tête vous tourne de vos romans. Je sais ce que c'est que cette manie. Je désire que vous la gardiez plus longtemps que moi. Je suis moi^ si préoccupé des affaires que je ne puis écrire pour une raison différente de la vôtre, mais de la même nature. C'est aujourd'hui même que Mathieu arrive à Paris, et Dieu sait ce qui sera déterminé. La réponse nous arrivera le 9 ou le 10, et je pourrai partir le 12. Je serai dans ce cas à Paris le 1 8 ou le 20 décembre. 11 faudra que je parte à l'instant pour Londres où les affaires deviennent de la plus haute importance.

De l'autre côté je ne suis pas sans inquiétude sur tout ce que j'apprends des royalistes. 11 y aura division. Chacun cherche déjà à m'at tirer de son côté. Mais malgré les fautes et l'énorme entêtement de Villèle, je ne me séparerai point de lui. C'est après tout le seul homme capable du ministère, et je l'aime cent fois mieux que la sottise envieuse, cafarde et tripotière de Mathieu.

Je quitterai Vérone laissant la réputation d'un homme capable et à craindre. On me recherche à présent, mais ces gens sont trop faibles pour m'aimer. 11 leur faut pour le courant du Mathieu et du Richelieu. Ils ont eu besoin de moi pour les colonies espagnoles. Je leur ai montré la route. Ils ont ouvert de grands yeux, ont suivi le chemin que j'avais trouvé et ont eu peur. Le

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