Mémoires de Villèle : « Le droit de vous importuner
finir, tout aplanir, en plaçant quelques hommes. Vous allez renommer votre Conseil d'Etat : placez Bertin sur le tableau ; mettez Delalot aux Cultes, Bouville à Rouen, préfet. Faites quelques autres arrangements ' et vous êtes ministre pour la vie. Quand j'insiste tant, mon cher ami, qu'ai-je en vue? Vos intérêts et ceux de la France. Que pourrait-il m'arriver à moi ? de me retirer avec vous ; et vous savez par expérience que je fais bon marché des places. Si quelque malheur arrive, mon cher Villèle, vous vous souviendrez des conseils persévérants d'une amitié aussi sincère que désintéressée.
Tout à vous.
Chateaubriand.
N'oubliez pas non plus de rendre à Vitrolles son ministère d'État. Si La Bourdonnaye est accessible, désarmez-le. Avancez Agier ; mettez-le au Conseil d'Etat, et qu'on lui rende l'arriéré de ses appointements.
Cette lettre vous sera remise par le jeune Flavig-ny, mon ancien attaché à Berlin ; il est plein d'esprit et d'intelligence. -
867 3 décembre 1822.
A Madame Récamier.
Vérone, ce 3 décembre 1822.
Le moment de quitter Vérone approche et je n'ai point de lettre de vous. Il faut donc aller à vous puisque vous ne voulez pas venir b moi. M. de Bourgoing, dont j'ai été charmé, vous remettra cette lettre. Il vous dira que je compte partir du 10 au 12, et être vers le 20 à Paris. Au milieu des grands événements de l'Europe, je n'ai qu'une pensée ; il faudra pourtant que nous prenions une
1. Les vingt-quatre mots précédents manquent dans le Congrès de Vérone.
2. Congrès de Vérone. — Mémoires de Villèle, III, 203. — Le post-scriptum n'est donné que par les Mémoires de Villèle.
résolution à Paris. Il est impossible de vivre comme cela. Vous aurez vu M. de Montmorency. J'ai hérité de ses succès ici. On dit qu'il se prépare des orages pour le ministère, mais ce sera des orages royalistes, car les élections ont tué vos amis les libéraux.
A bientôt. Ce mot me console de tout. ^
868 3 décembre 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, le 3 décembre 1822.
J'ai reçu vos lettres du 24 et du 25. J'admire la liberté de votre esprit au milieu de la crise où nous sommes. Vous étiez faite pour gouverner le monde. Vous avez la force de tête du cardinal de Richelieu, et votre prose vaut mieux que ses vers. J'entendrai Le Moine avec grand plaisir ; mais je ne l'entendrai pas longtemps, car on va sans doute me faire courir à Londres où les affaires vont devenir graves. Je n'ai rien à vous mander dlci, sinon que les affaires d'Etat sont arrangées d'une manière honorable pour les affaires de la France. Tout est maintenant à Paris, où M. et M"'^ de Montmorency même ont tout porté. Le courrier qui doit nous expédier part peut-être aujourd'hui même de Paris, nous l'attendons du 8 au 10, et le 13 nous aurons tous quitté Vérone. Vous voyez qu'il ne faut pas répondre à cette lettre qui vous arrivera le 9 ou le 10, puisque je quitterai Vérone le 10 même ou au plus tard le 12. Nous savons la déroute de l'armée de la Régence, vous avez reçu à présent toutes mes grandes et petites lettres. L'irrégularité des courriers est la cause de tous ces retards.
Je sais par toutes les lettres que je reçois de Paris, qu'on prépare des chamailleries et des oppositions au ministère. S'il y a guerre, c'est pourtant un coup du ciel d'avoir une Chambre si