‹ Correspondance générale (volume 2)Chapitre 97 sur 149 · Souvenirs... Récamier, t. I, p · texte numérisé non relu

Souvenirs... Récamier, t. I, p

royaliste et qui n'entravera pas le gouvernement dans les opérations militaires. Un échec sous la cocarde blanche serait la fin des Bourbons. Mais avec de bons députés cela ne peut arriver. Quant aux. ministres, je ne regretterai cjue Villèle, Peyronnet et Victor, je me retirerai avec les premiers ; attendez ; nous n'en sommes pas encore là. Il fait un temps affreux ici ; c'est pourtant un grand bonheur que de vous revoir. '

S(}9 9 décembre 1822.

A la duchesse de Duras

Vérone, ce 9 X^'^ 1822.

C'est un grand tourment d'écrire le matin même ou la veille du jour où l'on attend un courrier qui vous apporte la paix ou la guerre. Tous mes raisonnemens aujourd'hui seraient horsd'œuvre, pour ce qui s'est passé et ce qui se passe maintenant à Paris, et pour ce qui sera arrivé le jour où vous recevrez cette lettre. Aussi je vous les épargne. Tout le Congrès fait ses paquets. Nous partons tous du 11 au 16. Je vois l'empereur de Russie demain et jedine aujourd'hui chez M. de Nesselrode. Je continue à gagner du terrain, et j'ai pas mal contribué à terminer honorablement pour la France les affaires d'Italie, les seules qu'on m'avait laissées à traiter. Le Piémont sera évacué et l'évacuation commence le l*''" janvier prochain et sera terminée au mois de septembre, Alexandrie remise au roi de Sardaigne &c. On retirera 17 mille Autrichiens du Royaume de Naples. On diminuera les contributions de guerre. Il ne restera dans toute la Sicile qu'une garnison autrichienne dans le château de Palerme. La Consulta sicilienne et la Consulta napolitaine qu'on n'avait pas voulu convoquer, seront enfin appelées, et ce malheureux royaume aura du moins un commencement d'administration. Il avait été question d'établir une espèce de Commission centrale d'enquête

1. D'après roiiginal autographe. — Archives du château de Maucreux.

contre les Carbonari et révolutionnaires en Italie, comme à Mayence. Les petits états italiens étaient consternés. J'ai parlé contre, hier, à la séance du Congrès, et elle n'aura pas lieu. iVinsi ce que l'on m'a confié avec regret, les notes sur les colonies espagnoles, la traite des nègres et les libertés de l'Italie, a été mené à bon port. Je suis donc content de moi. On me demande tous les jours ici si je suis ministre. J'ai beau dire que je me rends à Londres, on ne me croit pas : c'est pourtant la pure vérité.

Vous faites des romans au milieu des bruits de guerre, et moi des vers. Mais je me donne bien garde de le dire. J'ai fini mes stances sur les Alpes et sur l'Italie. Voici les quatres premières strophes :

Donc reconnaissez-vous dans vos profonds abymes ^

Ce voyag"eur pensif, Au cœur triste, aux cheveux blanchis comme vos cîmes,

Au pas lent et tardif?

Jadis de ce vieux bois qui couvre un roc aride, ^

Je sondais l'épaisseur, Hardi comme un aiglon, comme un chamois ^ rapide

Et gai comme un chasseur !

Alpes ! vous n'avez point subi mes destinées !

Le temps ne vous peut rien :

Vos fronts légèrement ont porté les années

Qui pèsent sur le mien.

Pour la première fois quand rempli d'espérance,

Je franchis vos remparts, Ainsi que l'horizon un avenir immense

S'offrait^ à mes regards.

L'Italie à mes regards, et devant moi le monde ! &c. -*

Page 1