Affaires étrangères : à votre souvenir
2. Chateaubriand Congrès de Vérone. — Affaires étrangères, France, 721, f» 342.
le roi et pour la France véritablement admirable. Le prince de Metternich est d'avis que j'aille moi-même rendre compte à Paris de ces conversations. J'avance donc, en conséquence, mon voyage de trois jours ; j'irai vite, et, sauf les retards au passage des montagnes, j'espère arriver du 18 au 20. En deux mots, les trois puissances ne retireront pas leurs notes et les feront partir pour Madrid, en nous accordant toutefois quelques jours pour agir avec elles, si nous le voulons. Mais elles conçoivent que le moment n'est peut-être pas opportun pour nous, et que nous pouvons désirer agir un peu plus tard qu'elles. Le prince de Metternich a saisi cette idée, que je lui ai suggérée, et vous voyez quel parti vous pouvez en tirer. On peut faire partir une note en même temps que celle des alliés, note à la fois comminatoire et conciliatrice. Notre ambassadeur peut rester un moment après la retraite de ceux des alliés, annonçant son départ et la ferme résolution de la France de ne se séparer jamais de l'alliance continentale, mais en même temps montrant toute la sollicitude de la France pour le salut de l'Espagne, et la suppliant d'écouter la voix de la raison avant de se précipiter dans un abîme de malheurs. Il me semble, mon cher ami, que si l'on saisit bien cette idée, une nouvelle route peut s'ouvrir devant nous ; nous pouvons arracher à l'Angleterre un rôle qu'elle se propose de jouer, celui de médiateur ; et si nous sommes repoussés, la guerre est justifiée aux yeux de tout homme raisonnable. Je vous développerai tout ceci ; et j'espère qu'aucune détermination n'aura été prise avant mon arrivée à Paris. Demain le prince de Metternich doit me lire la dépêche qu'il va adresser à M. Vincent. Je serais trop heureux, mon cher ami, si mes dernières paroles à Vérone n'étaient pas perdues pour le bonheur de notre pays.
Tout à vous pour la vie.
Chateaubriand.
J*espère que votre enfant se porte mieux. Vous avez été bien éprouvé depuis quelque temps. *
1. Congrès de Vérone. — Mémoires de VilUle^ III, 205. — Le post-scriptum ne se trouve pas clans le Congrès de Vérone.
Correspondance de Chateaubriand. T. III. 20
87^ 12 décembre 1822.
A Madame Récamier.
Vérone, jeudi soir 12 décembre 1822.
Je vais enfin vous revoir ! Je pars demain par le désir de M de Metternich et de l'empereur Alexandre. Celui-ci est convenu d'établir une correspondance avec moi. Vous voyez que j'ai regagné le temps qu'on a voulu me faire perdre. J'ai bien des choses à vous dire, et je ne suis pas aussi content que vous de votre ami. Que vais-je trouver à Paris ? Mais surtout comment serez-vous pour moi ? Songez qu'il faut changer notre vie ! On vient me demander mon billet. A bientôt ! Je serai à Paris vers le 20. A bientôt ! Le cœur me bat de joie. J'ai bien souffert ici, mais j'ai triomphé. L'Italie sera libre et j'ai pour l'Espagne une idée qui peut tout arranger si elle est suivie. ^
873 13 [décembre] 1822.
A la duchesse de Duras.
Vérone, 12 décembre 1822.
Je pars subitement après une longue conversation avec le prince Metternich et une autre avec l'empereur Alexandre. Le premier désire que je me rende à Paris pour rendre compte de ce que je sais. Je crois entrevoir une nouvelle route. Je l'indique aujourd'hui à Villèle par un mot en réponse à deux de ses lettres que j'ai reçues à la fois. Ce serait une singulière destinée si j'avais arrangé dans 24 heures des choses dont on a essayé pendant deux mois de m'empêcher de me mêler. L'empereur m'a demandé de
1. Souvenirs... Bécaniier, t. I, p. 453-4. — Ilerriot Récamier, II, 129.
lui écrire^ je tâcherai de faire le contrepoids aux correspondances par lesquelles on abuse du plus noble et généreux caractère qui soit au monde. Vous voyez ce que j'ai gagné quand j'ai été laissé à mes propres forces. Voyez Villèle et ne dites qu'à lui où j'en suis avec l'empereur de Russie.
Quel bonheur de vous voir dans quelques jours. Je serai à Paris du 20 au 22 selon les chemins et les chevaux. Henri ^ partira après-demain ou dimanche 45, s'il peut avoir des chevaux.
Je pars demain au soir, 13.
J'ai reçu une vieille lettre de vous du 28 et du 30 9^*"®. J'avais auparavant reçu votre lettre du 2 de ce mois.^
874 19 décembre 1822.
Au vicomte de Marcellus.
Paris, 19 décembre 1822.
J'ai repassé les Alpes et j'arrive. J'ai besoin d'oublier pour quelques jours la politique.
Savez-vous que le mobilier de notre grand salon revient à quarante mille francs, au lieu de vingt-quatre? J'espère au moins qu'il nous fera honneur. J'ai réglé avec M. Hérard. Toutes les choses restent comme vous les avez arrangées.
Je crois bien vous revoir à Londres dans le courant de janvier, sauf le chapitre des déceptions, toujours long dans ma destinée.